Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Bien choisir son député dans la 9e circonscription Alfortville-Vitry !

Publié le par ruraledeprose

Le sénateur-maire d’Alfortville déclare sa candidature aux élections législatives prochaines, dans la foulée de son mentor Manuel Valls, lui, pour la primaire du parti socialiste. M Luc Carvounas veut être député et déplore, dans Le Parisien de ce jour, que la Loi ne permette plus d’être parlementaire et maire. Il devra donc démissionner pour éviter le cumul de mandat.

 

Pourtant cela a vertu car les députés sont des élus nationaux et devraient s’occuper exclusivement d’élaborer les Lois, de les voter et de veiller à leur application, à l’équilibre des territoires sur le sol de la République, et à rendre compte régulièrement de leur mandat devant la population de la circonscription où ils ont été élus.

 

A ma connaissance, le candidat, durant son mandat de sénateur, mais de même pour le député d’Alfortville-Vitry et ancien maire, ils n’ont pas rendu compte de ce qu’ils ont voté pendant cinq ans, c’est-à-dire des deux mains tous les projets du gouvernement Hollande qui accentuent le recul social dans notre pays et le recul des libertés fondamentales. Les deux parlementaires se sont par ailleurs forts bien accommodé du charcutage Pasqua qui a coupé Vitry en deux.

 

Pour ces élections, nous devons parler de Vitry-sur-Seine, première ville du Val-de-Marne en nombre d’habitants et du rôle national de ses députés, du programme de ses candidats. Les parlementaires d’Alfortville ne peuvent plus ignorer une population de près de 100 000 citoyens (45 000 électeurs) au coeur d'une ville d'intérêt national par ses projets en cours ou à venir !

 

A Vitry, nous avons à cœur de nous rassembler avec les Alfortvillais, comme nous l’avons fait en 2012, pour enfin séparer les compétences respectives mais complémentaires des élus nationaux et locaux, loin de toute magouille politique et d’accords de basse-cours de partis obsolescents.

 

Luc Carvounas est le candidat de Valls et de sa politique désastreuse pour notre pays et nos villes menée sous le gouvernement Hollande ! Ils en partagent le bilan pleinement et leurs discours pour une gauche rassemblée (sur quoi ?) comme rempart contre les inégalités et pour notre modèle social n’en sont et  n'en seront que plus indécents !

 

Il nous faut Alfortvillais et Vitriots retrouver la parole et son sens, la prendre pour soutenir une alternative de gauche face à la casse sociale en cours au service du MEDEF et des actionnaires, face à l’épouvantail de la droite dure et de l’extrême-droite.

 

Face aussi à une gauche du verbe, une gauche sociale libérale et démagogique, arrogante et qui trompe et a trompé le peuple de France avec Hollande !

 

Pour nombre d’entre nous, à Vitry, Alfortville et ailleurs, cette gauche d’alternative est en marche avec la France insoumise pour une 6e République et soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidence de notre pays et les candidats aux législatives soutenant son programme et investis par cette France insoumise.

 

 

Voir les commentaires

VALLS[e] avec le MEDEF… [Poème-tract 1]

Publié le par ruraledeprose

Voilà-t-y pas que l’on peut énoncer tout et son contraire

Envelopper de mots tordus un projet autoritaire

Faire croire à la foule que l’on va faire

L’inverse de ce que l’on n'a pas fait et encore défaire

Qui en tire les bénefs

Valls avec le MEDEF

 

Manuel Valls parle à gauche et des pauvres gens

Qui souffrent mais il oublie son ministère

Les politiques de casse sociale il ment

Son ambition lui gonfle les viscères

Valls danse avec le MEDEF

Qui en tire tout bénef

 

Il dit vouloir rassembler la gauche et le PS

Enfin ce qu’il en reste après son tournant libéral

Alors qu’il a tout fait avec Hollande pour le mettre à mal

Dépecer ses valeurs servir le MEDEF

 

Valls n’est pas de gauche ses discours transpirent

D’intolérance avec une morgue de mentor menteur

Il peut affirmer n’importe quoi et cacher le pire

Chemin à prendre qui conduit au malheur

 

Du peuple il se fout comme de ses compagnons

Il veut juste grimper au sommet de l’Etat

Pour le démolir encore et encore jusqu’à

Noyer toute souveraineté sur l’autel du pognon

Valls danse avec le MEDEF

Le peuple en tire des nèfles

 

Valls se gauche vous voulez rigoler ou à en pleurer

Et n’allons pas pour autant voter à la primaire

Croire qu’un mieux sortira du chapeau troué :

Une gauche est morte elle s’est suicidée

 

Mais il reste l’autre la rebelle l’insoumise

Comme seule alternative possible

Aux droites et à l’extrême-droite nuisibles

Celle de la France qui souffre déchire parfois les chemises…

Valls avec le MEDEF

Le peuple en tire des nèfles…

 

5 décembre 2016  - Prose inspirées par la candidature de Valls à Evry.

Voir les commentaires

Boutelis au théâtre Jean-Vilar : un cirque poétique à Vitry-sur-Seine

Publié le par ruraledeprose

Au départ un univers clos d'où des personnages baroques, reptiliens, essayent de sortir. En vain, où les pieds devant, tirés par un majordome hybride à talons hauts. Une sorte de nymphe va tenter de trouver une issue au huis clos. En une succession de sauts et d’acrobaties, les personnages tentent d’élever celle-ci au-dessus de l’espace fermé et s’ébauche la possibilité d’un envol. L’imaginaire et la poésie dansent, virevoltent sous les yeux des spectateurs de tout âge et ravis. De prouesses en prouesses physiques, ponctuées de quelques onomatopées, les six personnages nous enveloppent d’une magie contagieuse vers la légèreté symbolique d’un cerf-volant.

 

Le monde replié, mais non sans humour, s’ouvre à l’univers grâce à la vertu de l’utopie déployée avec ivresse jusqu’au dénouement final. Le réveil à la réalité s’effectue sans bruit, Icare dépose ses ailes mais sans renoncement à un nouveau départ vers un nouvel horizon. Avec Boutelis, la force du Cirque ici, avec cette création sur le plateau du théâtre Jean-Vilar, réside dans le parti pris de la Compagnie Lapsus, la mise en scène efficace de son metteur en scène Johan Lescop. Les comédiens sont superbes d’agilité et l’on ne voit qu’eux sur la grande scène presque dépouillée d’artifices. Un beau spectacle pour rêver et voyager en poésie.

 

Patrick Pérez Sécheret – Copyright 5 décembre 2016

Voir les commentaires

Tombeau pour Leader Maximo

Publié le par ruraledeprose

Ce matin,la nouvelle ne laisse personne indifférent, Fidel Castro est mort.L'atelier d'écriture de l'urbaine de poésie a consacré une partie de son temps à l'écriture d'un texte libre en vers ou en prose, récit, écrit journalistique. Les participants ont choisi la poésie en prose. Les textes seront publiés sur urbainedepoesie2.overblog.com

Tombeau pour Fidel Castro

Sa part de vérité est peut-être son ombre

des paroles fascinées au reflet de son ombre

Il n'est plus qu'une part de l'ombre de nous-mêmes

à l 'abri du grand soleil de la Révolution

Comment un homme devient ce héros collectif adulé et craint

ficelant une société de misère de bordels qui lui lègue les mots de la multitude

comment l'espérance de liberté se noie pour finir

en mascarade dans l'ombre de l'ombre d'une seul

le peuple devenu faction foule la mémoire livrée 

aux nouveaux chapitres d'une épopée sans rêve

l'utopie jetée en prison

L'homme est ainsi qu'il a besoin de guide d'être subjugué

de paroles de discours fleuves

où il peut marcher sans penser par lui-même

puisque l'on parle et pense pour lui

n'être qu'un grain de sable sur l'immense plage

des idéologies castratrices

Et le peuple accompagne son leader Maximo

s'identifie à son ombre charismatique

sous le soleil la pluie la trique

Le peuple entend plus qu'il n'écoute

les discours-fleuves du Leader Maximo

qu'importe demain et le ressac des mots en déroute

le peuple est bercé de salves dialectiques

enivré de syntaxe

Puis tout ce découd à force de temps

la Révolution s'endort sur les paillassons

la caste au pouvoir oublie sa promesse

des matins bleus

la grangrène bureaucratique avance ses pions

le goût de liberté prospère à l'ombre de l'ombre

La Révolution s'accoquine au marché au libre-échange

la prostitution réinvestit les rues

Ne restera que l'absence des anges

des cendres et des larmes

face à l'idole dissoute 

le catafalque désuet tristement triste

des idées mortes d'un espoir avorté

sur le front de la fraternité inachevée

Sa part de vérité est peut être notre propre ombre

une ébauche de l'ombre

sans dieu ni maître à penser

un soupçon de l'ombre

où enfin la lumière recouvre l'humanité nue

où s'ouvrent les portes et les fenêtres

sur un monde défasciné

un monde sans béquille à la pensée

sans regard vers l'oubli

où les paroles respirent la liberté

un monde à inventer

Hasta la vista Fidel !

 

patrick pérezsécheret - copyright 25 novembre 2016

Voir les commentaires

Rue de l’Industrie (5) : la guerre d’Algérie et la mort du père

Publié le par ruraledeprose

 

Je suis épuisé d’humanité, plein de soleils d’amitiés. L’enfance me vient par vagues intrépides, je ne sais plus comment saisir ces moments fugaces et précis, passés et si vifs devant mes yeux et ma plume, ce parti qui se présente vivant, ce film de vivre qui n’est que de la souvenance pourtant, effritée par endroits, des lambeaux d’existences défuntes. Je n’invente rien, les choses viennent en chemins, en saisons diffuses, des odeurs oubliées, des chansons murmurées dans l’ombre d’arbres indéfinis, des pommiers surtout courts sur tronc et quelques cerisiers noirs aux billes acides. L’enfance est ainsi et surtout peuplée des autres, des aimés dont personne ne se soucie, mes racines, mes verroteries sublimes et mon amour qui grandit comme cet écheveau incandescent d’absences, de fragrances d’hier.

 

Et pourtant, nous sommes déjà et toujours demain, le temps fuit, s’espace en soubresauts de ce que nous étions mon frère, mon grand frère, de ce que nous fûmes, apprêtés trop tôt dans des costumes trop grands pour nous séparer de l’enfance, nous clore le bec sur l’autel des réelles réalités sociales. Et nous n’aurons jamais joué ensemble aux osselets, aux soldats de plomb, six années lourdes nous séparèrent irrémédiablement. Tu es né au sortir de la guerre en 1945, la période était dure et la vie se mesurait au pécule qui revenait au foyer des parents dans la désolation de la crise du logement, de la reconstruction du pays. Je vins plus tard comme un accident ou une providence inattendue.

 

J’apparus comme l’enfant désiré, comme si toi, mon frère, tu ne l’avais pas été. J’ai entendu des choses tristes de la bouche de proches, relatives à tes yeux bleus, comme si, au sortir de l’enfer de la guerre et des privations, certaines langues s’évertuaient à jeter de l’huile sur le feu, à vouloir tout salir. Grand-père maternel, Julienne sa femme, avaient les yeux bleus, c’était une marque de fabrique dans la famille. Mais qu’importe ce qu’est j’ai entendu quelques fois dans ces apartés de réunions de famille. Peut-être as-tu été un accident Ogino et alors, venu trop tôt ou pas au bon moment, et du coup sur tes épaules pesa, je l’imagine et l’ai ressenti adolescent, une grande injustice. Que l’exigence des circonstances d’après- guerre est conduit nos parents à une sorte d’incompréhension vis-à-vis de toi, à vouloir de voir entrer dans la vie active le plus tôt possible, n’a pas aidé à te sentir vraiment aimé. En tout cas, j’ai ressenti les choses ainsi. D’autant que plus tard, les parents t’imposèrent de t’occuper de moi quoi qu’il arrive. Ta jeunesse était scellée à ma vie, ta responsabilité établie sur mon devenir.

 

Je revois nos soirées rue de l’Industrie, avec presque toujours du monde à table en dehors de nous et des parents et de Grand-mère. Des cousins, des oncles de passage et moi de filer vers le lit me blottir en chien de fusil au signal de maman pour être en forme à l’école le lendemain. Et le souvenir, une fois la saga partie, que l’on poussait la table, que l’on tirait le lit de dessous l’autre lit et que la pièce unique où nous vivions rétrécissait à vue d’œil. Papa dormait dans le lit une place à côté du tien. Je dormais avec maman confirmant ainsi ma place de petit prince. Nos parents s’aimaient mais faisaient lit à part et je n’ai pas d’explication à cela. Quand Papa est mort, j’ai vu maman dans sa tristesse douloureuse et parler de lui avec des mots de véritable amour lorsqu’elle évoquait un ou deux ans plus tard son absence et comment il aurait été heureux d’aller pêcher en bord de Seine, à deux pas de notre nouvelle maison, à Orly. Elle en parlait toujours comme d’un sémillant jeune homme, toujours bien mis mais qui fumait trop.

 

Avant la mort de Papa, nous nous sommes un peu rencontrés. J’en ai parlé par ailleurs dans quelques écrits. C’était juste après l’été soixante-trois dans la Vienne. La présence de Papa avec nous, alors que je n’ai pas d’autre souvenir de vacances ensemble, me bouleversa. J’en profitais pour l’approcher, pour qu’il me raconte sa vie, sa guerre des tranchées, l’époque où il était boxeur professionnel poids coq ou plume, je ne sais plus trop bien. Il me narra beaucoup de choses avec sa voix voilée de gazé, son souffle court. Je ne savais pas qu’il était malade et qu’il souffrait déjà. Il me demandait de l’eau de temps à autre avec du citron. Il me parla d’Algérie et de la forge où travaillait son père à Blida, de sa mère sévère et revêche, de son besoin de partir pour la France, de fuir la colonie où il ne supportait pas les injustices.

 

Tu te souviens sans doute mon grand-frère qu’il fréquentait dans notre quartier quelques berbères qui tenaient le café du coin et m’offraient pour goûter de délicieux gâteaux, des dattes à Noël et de grosses oranges. Il parlait dans leur langue avec eux, leurs relations étaient empreintes d’un grand respect. La guerre d’Algérie était finie mais notre quartier avait subi les affres de la répression avec la torture, aujourd’hui avérée, au commissariat de la Butte-aux-Cailles, qui n’existe plus. Dans le champ des curés, La Poterne des peupliers, j’ai souvenir de poursuites par des policiers, de ratonades et même, en partant à l’école un matin, d’un homme assis contre le mur à l’angle de la rue du Tage et de notre rue, un homme qui baignait dans son sang, un algérien.

 

Je partis confus, horrifié à l’école. J’avais dix ans je crois. Toi tu étais en apprentissage rue Moulin des Près et bientôt tu irais sur les chantiers auxquels tu as consacré ta vie pour vivre certes mais aussi par passion. Autant dire que nous n’échangions pas beaucoup en ces années et qu’à part la corvée pour toi, imposée par maman, d’aller me chercher dans la rue où je jouais aux cow-boys avec les gamins du quartier, Gérald, Jean-Jean… Car je ne voulais pas monter faire mes devoirs. Je te donnais du fil à retordre, fuyant entre les quelques voitures garées dans la rue et tu ne pouvais même pas me filer une gifle : maman t’aurait fusillé ! Je m’amusais de ces poursuites et j’étais heureux de pouvoir gravir l’escalier en colimaçon jusqu’au 3e étage sans que tu es réussi à m’attraper. Je franchisais la porte de la maison en nage, conquérant. Je t’aimais mais tu représentais l’autorité, l’empêcheur de jouer en rond.

 

Bon, quoiqu’il en soit, la vie passa entre les ronds de famille et les poursuites et Papa malade qui restait à la maison souvent alité. Après, on l’hospitalisa à Bicêtre pour l’opérer de la prostate mais le cancer avait trop avancé, à l’époque on n’était pas très regardant. Il était mince et tout à coup il devint maigre. Il finit en quatre mois dans une salle commune comme un vieillard prématuré à souffrir atrocement. Il se pinçait les lèvres au sang de douleur, j’ai vu cela. Je me souviens de Maman demandant à une infirmière pourquoi on avait retiré le goutte-à-goutte. La réponse tomba cinglante et froide : il n’en a plus besoin.

 

Papa était presque parti ailleurs. Quelques jours plus tard, je me retrouvais devant son cercueil encore ouvert avec la famille. Je crois que c’est toi mon frère qui me conduisit jusqu’à lui et je vis mon premier mort, notre père. Il semblait apaisé, reposé, les traits tirés mais calme. J’entends encore le petit bruit des vis qui scellèrent le cercueil. Il y avait du monde. Après je ne sais plus, il y eut un repas à la maison. Tout à coup je compris pourquoi un camarade de classe de la communale pleurait lorsque l’on préparait quelque chose pour la fête des pères. Le sien était mort. A qui pouvait-il offrir son collier de nouilles ou son dessin ? Et j’éprouvais pour lui tout à coup une grande solidarité alors que nous étions en compétition pour le prix d’excellence. Bref, on ne tira plus le lit le soir. Tu rentrais tard, parfois j’allais au cinéma avec toi voir un film de Jerry Lewis ou autre. Je fis ainsi connaissance de Liliane dont tu étais amoureux et de sa sœur Nicole qui disait que j’étais mignon et que d’ici quelques années… Mais bon. Tu portais une moustache noire mon frère. C’était l’époque des Chats sauvages et des Chaussettes noires. Les grands se peignaient à la Elvis ou Eddy Mitchell.

 

Les dimanches avec Maman, nous prenions le bus jusqu’à Villejuif où habitait tante Lulu et l’oncle René qui avaient enfin quittés leur petit appartement insalubre de la rue des deux avenues dans le 13e arrondissement. Avec les cousins et cousines on jouait tout l’après-midi aux billes, à je te déclare la guerre et autre. Le goûter était souvent un clafoutis confectionné par tante Lulu. Tout cela s’est perdu au fil du temps. On a grandi et l’on s’est perdu de vue comme on dit. Il en fut ainsi de toute la famille d’ailleurs après la mort de maman comme si devant l’adversité on nous avait laissé seuls face à nous-mêmes, à notre fratrie.

 

Je ne sais plus trop comment se fit le déménagement à Orly en hiver de soixante-cinq mais j’étais heureux d’avoir ma chambre et une salle de bain et des WC dans l’appartement. Nous habitions au 9e étage, dans une barre aujourd’hui démolie par un projet de rénovation urbaine. Il y avait beaucoup de gens rapatriés d’Algérie comme nos cousins germains qui logeaient à Gonesse dans le nord de Paris. Nous les avons fréquentés quelques temps puis nos différences de pensée, de mode de vie, ont fait que cela n’a pas duré. Nous n’étions pas pied-noir, nous n’avions pas fait suer le burnou.

 

J’avais raté ma 6e de lycée mais je n’avais plus le latin par bonheur en 5e. Etant un peu en échec scolaire pour dire, je n’en ramais pas une, absorbé dans mes rêveries secondaires, Maman opta pour l’internat à Vitry-sur-Seine où je redoublais ma 5e. On s’était aperçu de ma myopie et je portais enfin des lunettes qui me permettaient, c’est tout con, de suivre ce qui était écrit au tableau vert. Je fis des progrès signifiants et reçu en fin d’année tous les prix dans toutes les matières y compris en musique, sauf les maths. Hélas, tous ces prix que je me faisais une joie d’offrir à Maman, devinrent, après sa mort brutale en décembre soixante-cinq devant nous, sans aucun intérêt pour moi. Je m’imaginais alors que quelqu’un viendrait un soir me sortir de l’internat stupide et de sa discipline militaire en dehors des cours, quelqu’un qui serait un vieil oncle venu de l’étranger et qui règlerait tout sur le pouce avec autorité et un phrasé chantant et que nous partirions loin de tout cela, enfin loin de tout.

 

Il me restait Grand-mère Julienne et ses câlins mais elle perdait la tête et Lulu décida avec ses frères et sœurs de la placer à Limeil-Brévannes dans un hospice. Elle se sauvait régulièrement pour nous rejoindre à Orly et nous étions bien embêtés. Nous ne pouvions pas la garder. On la retrouvait parfois assise sur un banc public, songeuse, le chignon blanc un peu défait et ses bas de laine tombant sur ses chevilles en plein hiver. Elle fut alors surveillé de près et en quelques semaines ne s’alimenta plus et s’accrocha chaque jour à une bougie qui brûlait sur sa table de chevet. La bougie finit par s’éteindre et Julienne rendit l’âme en l’année soixante-sept et rejoignit à Civray Grand-père Octave dans le petit caveau de famille. Je perdais un grand amour, je fus inconsolable dedans comme un ciment qui aurait pris place. Ma Julienne était pour moi un grand soleil disparu et je me sentis alors dans un abandon immense, à ne plus croire en Dieu si j’y avais cru par moments, dans les instants de grand chagrin où il faut bien se raccrocher quelque part, à quelque chose même aux branches.

 

Ainsi soit-il, je fus orphelin complet et la famille, enfin les oncles et les tantes qui pouvaient faire quelque chose pour moi, certains en avaient les moyens, me laissèrent au bon soin de la DASS (direction des affaires sociales rue des Morillons). Mais il fallait que la chose soit décidée en justice, devant un tribunal où la famille devrait trancher sur mon avenir. Toi, mon grand-frère, tu voulais tenir parole faite à notre père de te porter garant de moi mais tu n’avais pas la majorité, pas vingt et un ans. Pour pouvoir être mon tuteur et m’éviter la DASS et un placement arbitraire en des mains inconnues, il fallut que le tribunal fasse dérogation et te déclare majeur à dix-huit-ans avec le consentement de Grand-mère Julienne. Ainsi, mon grand-frère, avec Liliane ta compagne et son accord, et alors que vous étiez déjà en charge de Valérie, vous avez choisis de m’entourer, de m’élever au-delà de mes quatorze ans maigrichons. Vous étiez jeunes, Valérie était née en 1964 l’année de votre mariage et nous voguions comme faire se peut dans ces trente glorieuses d’après-guerre. Toi sur les chantiers tôt le matin et rentrant tard le soir, Lili s’occupant du reste, Valérie ma petite sœur me donnant cette tendresse que je croyais perdue pour moi à tout jamais.

 

Les souvenirs sont ce qu’ils sont ni gris ni blanc ni noir. A tout venant de la mémoire. Je revois souvent les choses de la vie d’alors : mes jeudis avec toi sur les chantiers, les vacances en Espagne en septembre soixante-sept je crois que pour ma part j’ai dus écourter pour la rentrée au lycée. J’ai pris le train de Barcelone à Paris tout seul et c’était une grande aventure pour moi. A la frontière car à l’époque il fallait changer de train à Port-Bou, en raison que l’écartement des voies ferrées était différent en Espagne et en France. Jusqu’à la frontière, j’ai voyagé dans un train en bois parmi des gens qui avaient des poules dans des paniers. Tu m’avais remis un petit pécule pour acheter de la nourriture bien qu’à l’internat pendant la semaine je ne manquais de rien. J’ai tout dépensé en cigarettes et pourtant je ne fumais pas. Je revendis les paquets de la cartouche avec mon petit bénéfice auprès des copains fumeurs. Puis, je décidais de ne pas aller au lycée et je restais à rêver à la fenêtre du 9e étage pendant des heures et à lire des poésies. Quand vous êtes rentrés d’Espagne, j’ai dû avouer mon forfait. Devant tes questions et tu ne m’en posais pas souvent, je confirmais haut et fort que je voulais travailler et ne plus aller à l’école. Alors, pour la première et seule fois tu m’as giflé. J’étais sonné et réveillé. Fuir l’école était pour toi impensable, tu regrettais de ne pas avoir fait trop d’études je crois et, en tout cas, pour moi, tu faisais le pari d’une réussite sociale en obtenant le BAC.

 

J’ai repris le chemin de l’internat après avoir négocié que devenu grand dans ma petite tête, il faudrait m’en sortir vite. Je vivais pourtant assez bien la promiscuité et j’avais de bons amis qui m’ouvrirent des portes de connaissance insoupçonnées. Je lus énormément. Je rentrais à l’internat le lundi matin après avoir pris trois bus différents et j’en sortais le mercredi soir pour y retourner le vendredi jusqu’au samedi midi. Ce ne fut pas l’enfer mais l’école de la vie pour moi. Je m’ouvrais aux autres et me fis beaucoup de potes dans la cité d’Orly qui étaient un peu plus âgés que moi et parmi eux des voyous, des blouson-noir comme on disait. De vrais gens que j’ai aimés comme ils m’ont protégé. Bref, Grand-frère les années ont vite passées et je nageais dans le bonheur d’avoir une petite sœur et des amis et même des amoureuses. Tu achetas une DS et j’étais scotché par la suspension hydraulique. Cela n’empêcha pas que j’ouvre avec une lime à ongle en métal, de temps à autre pour des voyous, des portes de Dauphine. Ils refourguaient les véhicules et en échange j’avais compte ouvert à la brasserie du centre commercial où je ne payais ni mes P4, ni mes laits fraise, ni le baby-foot. J’étais protégé comme un ange et amoureux d’une Claudie.

 

Pendant ces années, je fus aussi seul et interrogatif sur mon avenir. J’eu la chance de franchir la porte de la maison des jeunes et de la culture sur les conseils de mon ami Gaston Viens et surtout de Marie-Josèphe, ma grande amie alors professeur de français au lycée. Mes rencontres furent peuplées de bels gens, de belles âmes : Jean-Jacques mon professeur de mime qui me donnait à chaque cours un livre de sa bibliothèque personnelle, de la poésie, du théâtre, Gérard, aussi qui ressemblait à Philippe Gérard et en jouait, mon professeur de diction et de dynamique corporelle, Rémy danseur classique qui m’enseigna mon corps et son rapport aux autres… Ames chéries dans mon cœur à tout jamais et qui furent mon école d’humanités.

 

Je prenais ma distance alors avec vous, ma famille. Je volais un peu de mes propres ailes, je me frottais aux débats politiques prémonitoires de soixante-huit et je m’engageais contre la guerre au Vietnam puis en soixante-neuf au parti communiste français. J’ai dû grandir d’un coup de percevoir les réalités du monde et que j’y avais ma place et mon rôle. J’ai eu le BAC malgré un militantisme étudiant de tout instant en ne portant mes efforts que sur les matières de la première partie, sans moyenne suffisante, à la seconde partie, j’aurai été recalé vu les matières que j’avais séchées : gestion administrative des entreprises, droit fiscal et social… J’ai gagné mon pari et cela m’ouvrit les portes de l’Université. Je sais que tu en tirais une grande fierté pour moi qui, depuis la gifle magistrale et salvatrice, avait l’ambition de ne pas te décevoir. Mon départ d’Orly fut assez triste. Je devais ne plus être une charge pour vous, voler de mes propres ailes mais je n’y étais pas tout à fait prêt. J’ai trouvé des boulots d’étudiants pour payer mes études, ma chambre, j’ai mangé de la merde aux restos U midi et soir, je volais des livres utiles à mes études.

 

J’ai alors découvert une passion pour le journalisme et j’ai laissé tomber les études théâtrales à Censier pour des piges dans des hebdomadaires communistes. J’écrivais sur n’importe quel sujet et de temps en temps je pouvais produire une chronique littéraire. Puis, un peu trop critique, on m’a censuré et j’ai quitté le PCF. J’ai passé ma vie à écrire sur tout, des milliers d’éditoriaux et de discours pour les politiques mais j’écrivais aussi pour moi, beaucoup de poèmes et des essais de romans qui donnent aujourd’hui de vrais livres édités où notre saga filtre entre les lignes au fil des souvenirs. En tentant d’écrire ou de réécrire Rue de l’Industrie, je veux laisser à nos enfants et petit- enfants notre histoire, notre récit commun même si, les six années qui nous sépareront toujours laissent des blancs. J’aurais tant aimé pouvoir te raconter, revivre tes grands chantiers comme celui d’Orléans, tes aventures dans les boyaux de la terre, dire mon admiration pour tes mains habiles qui ont fait notamment de la petite maison de Charraud un château de vie. J’ai appris beaucoup près de toi ces dernières années car finalement nous nous sommes retrouvés assez tard et avec des souvenirs ou des impressions différentes sur notre vécu familial. Cela n’a plus d’importance, la relève est là et il était important qu’elle sache d’où nous venons, quelles sont nos valeurs dans un monde en perdition où l’égoïsme, l’individualisme prennent le pas sur les solidarités humaines.

 

Nous sommes partis dans la vie sans rien, avec juste nos volontés et nous avons bâti notre maison mais sans jamais écraser personne. Solidaires nous avons souvent été solitaires dans un monde bouleversé par les avancées technologiques, à tenir bon contre vents et marées.

 

Aujourd’hui, en écrivant ces épisodes pour toi mon grand-frère, j’éprouve un sentiment de fierté et de reconnaissance infinie pour le parrainage inouï que toi et Lili m’ont apporté pour affronter la vie si tôt, me donner confiance en moi-même alors que tout m’abandonnait. Il fallait que ce soit dit même si les mots restent assez pauvres pour décrire des réalités.

 

Voir les commentaires

Rue de l’Industrie, le respect républicain et la rechute de tuberculose (4)

Publié le par ruraledeprose

 

A l’école communale, on me surnommait l’espingouin, l’originaire d’Espagne où je n’avais jamais mis les pieds, ni Joseph mon père non plus. Les autres avaient droit à macaroni. Je ne savais pas mes origines, mes racines paternelles. Elles restent vagues d’ailleurs, elles sont liées au voyage de la misère andalouse, à la fuite vers les colonies d’Algérie où la terre s’offrait à de possibles réussites. Mais j’étais français à cent pour cent. Maman, Antonine Cécile, me faisait écouter à la TSF Les Misérables en feuilleton, Les Mystères de Paris. Elle me lisait des poésies de Lamartine, de Victor-Hugo, de Coppée. Franchement, je ne percevais rien d’étranger dans ma vie. Je m’appelais Pérez, fils de pierre, c’est tout et cela suffisait à une forme de rejet d’autrui, du nom pas français.

Mais il y avait aussi mes potes, Gérald Cohen et, lui aussi, c’était lourd de sous-entendus avec son père dans le commerce. Mais vu qu’ils avaient perdu des leurs dans les camps, on temporisait sans doute. Et donc, il me fallut être parmi les meilleurs, les premiers de la classe à prouver rien du tout, obtenir chaque année de façon monotone soit le prix d’honneur soit le prix d’excellence. Gérald, lui, c’était le prix de camaraderie. Je n’ai souffert en rien de ces mesquineries, j’ai travaillé, raflé les prix jusqu’au lycée Gabriel-Fauré. L’idée d’immigration ne voulait rien dire pour moi, on n’en parlait pas à la maison. Je n’avais pour repère que la Vienne, la Haute-Vienne, les origines paysannes et petite boutiquière d’artisan à cause de Grand-Père qui était tailleur d’habits et Grand-Mère Foucaud couturière.

On ne parlait que le français à la maison avec quelques mots qui me rapportaient à la campagne, aux coteaux du fleuve, à la Charente aussi : les cagouilles, la « moulaga », cette lune qui m’effrayait et m’attirait dans le falot de la lumière de l’escalier de la rue de l’Industrie. Je n’avais aucune racine ethnique, aucune langue autre que le français, la poésie. Maman s’évertuait à me rendre l’envie poétique, férue de poésie classique, de respect de la syntaxe.

 

Je vécus donc heureux, bercé de vers et de caresses. Celles de maman, celles plus bourrues de Grand-Mère Julienne, l’œil toujours allumé et par grand bleu pâle où je noyais mes rêveries accrochées à son chignon blanc, attentif à ses pattes-mouilles toujours prêtes à l’emploi avec le fer posé sur la cuisinière à charbon qui chauffait l’unique pièce de concierge où elle vivait depuis la guerre. Jamais nous n’évoquions Octave, mon grand-père, son époux, mort en 1936 d’une crise cardiaque. Un gras et gros monsieur à moustache qui avait eu bien du chagrin quand Julienne le quitta pour Paris, fuir une certaine médiocrité comme en élague la petite ville de Civray encore aujourd’hui. Finie la couture, l’échoppe d’habits dans la petite rue montante. Grand-père serait mort d’amour j’ai entendu dire. On le piqua au doigt de pied pour être sûr qu’il était bien mort. Il avait voté au congrès de Tours pour la naissance du parti communiste français, un parti bolchévique qui se rendrait très tard à l’évidence de la dictature stalinienne. J’ai appris cela pour mes quarante ans de la bouche de Lucienne, sœur de ma mère. Des histoires de famille, disait-on, des mémoires en lambeaux, des récits perdus que je recouds comme je peux au fil du temps.

Et du coup, Lucienne racontait comment avec maman elles distribuaient des numéros de l’Humanité clandestine, comment papa fut spolié de ses affaires dans le sud de la France à cause de la milice et de la maffia affidée. Il rencontra de cette façon maman à Paris dans le quartier de la Butte où il logeait rue Lepic. Il achetait même des violettes à une certaine Piaf qui poussait la chansonnette sur le trottoir et n’était pas connue… Lui et maman se marièrent en 1943 et on leur offrit un livre un peu expurgé : Mon Combat d’un certain Hitler. J’ai gardé le livre, je l’ai lu après l’adolescence au moment où, nous étions avant soixante-huit, des camarades étaient attirés par les mouvements d’extrême-droite, Ordre nouveau notamment, et d’autres par les communistes. J’ai choisi alors la fédération anarchiste pour quelques mois avant de rejoindre le PCF. J’avais beaucoup lu les classiques de la Révolution de Jaurès à Marx en passant par Babeuf et Thomas Moore. Je n’étais pas issu de la classe ouvrière mais je sentais que pour peser et transformer un peu le monde en mieux, il fallait s’engager, ne pas être seul. Je me suis trompé pour partie car le récit collectif mène à l’idéologie et à avaler des couleuvres les unes après les autres. Mais comment faire pour en finir un peu avec les inégalités et la misère ?

Papa considérait Jésus comme le pionnier du communisme, mais sans l’enfermement idéologique. Papa était une sorte de communiste-anarchiste, il avait vu le monde, le vrai dans les tranchées de Verdun, les mutins fusillés. Le monde pouvait s’ouvrir à présent sur des tonnes de cadavres vers un futur plus gai. Ce fut donc La Belle époque et une certaine insouciance autour des tombes qui avaient fleuri partout dans le moindre petit hameau ou village. Je n’étais pas instruit de tout cela à part quelques mois passés à échanger avec Joseph au retour des vacances de 1963 où nous nous étions, pour la première fois, retrouvés maman et lui et moi. Le reste du temps, papa travaillait et faisait des extras chez des bourgeois pour arrondir les fins de mois. Il était chef cuisinier et on appréciait son talent. Mais à la maison, il ne pouvait toucher une casserole car maman était aussi bonne cuisinière et veillait au grain dans son univers. Parfois, il me monte au nez l’odeur du pot-au-feu qu’elle préparait avec trois viandes, du civet de lapin à la moutarde. Et cela se mêle à l’odeur d’encaustique de notre petite maison, une odeur de propre, de promiscuité tendre.

Je n’ai eu pour éducation politique que mes lectures précoces notamment de Marx : La Guerre civile en France, Le Capital et Matérialisme et empiriocriticisme de Lénine. Un peu de Bakounine et de Gramsci, Lucien Sève. J’étais ébloui par les possibilités de la rhétorique et par les mystères de la dialectique ! Je gardais un œil attentif pourtant sur les évangiles et l’Ancien testament. J’avais vécu dans mon enfance deux moments formateurs et équivoques dans mon comportement d’après : le préventorium et l’aérium, à cause de la tuberculose qui sévissait à Paris, dans les quartiers populaires aux usines polluantes. L’expérience de la vie, les choses vécues, rencontrées, vous scellent une personnalité, vous arment pour votre éternité et vous vaccinent des illusions sur la nature humaine même si l’on ne renonce pas pour autant à croire en l’humain.

Je devais avoir six ou sept ans lorsque l’on m’envoya guérir à La Queue-les-Yvelines. Autant dire le déchirement de l’attache familiale car je me trouvais chez les sœurs avec une solitude mortifère, un sentiment d’abandon terrible. Du coup, je me mis à uriner dans mon lit et je devais me réfugier jusqu’au matin sous le lit avec ce qu’il restait de sec pour tenir une chaleur supportable et poursuivre mes rêves en des contrées rebelles et belles. Je rêvais de grandes tribus indiennes, de plumes et de chevauchées fantasques. Il m’arriva de rejoindre dans son lit un camarade de chambrée, je dis chambrée mais il s’agissait de grand dortoir impersonnel avec une espèce d’alcôve où dormait la surveillante de nuit. Collés l’un à l’autre nous écoutions nos respirations, parfois une caresse entre nous scellait la nuit d’un voile tranquille et apaisant. Il fallait prier, confesser, frôler les sœurs avec leur tchador bleu marine, leurs sandales de cuir. Ce petit monde me semblait militarisé, uniformisé, étouffant. Je ne restais par bonheur que quelques mois dans ce lieu maudit mais adapté à mon bien. La cuti virée se laissa oublier avec les germes de tuberculose. Je repris l’école communale et ma petite vie de famille doucereuse. J’oubliais vite l’adversité, les moments mauvais passés.

 

Hélas deux ans plus tard, je fis une rechute assez sévère et l’on dut m’expédier dans la Vienne au château de Gurons où, dans le parc, il y avait une réplique de la grotte de Bernadette de Lisieux en pierres meulières. Maman venait me voir ainsi que tante Jeanne qui habitait peu loin à Couhé-Vérac. J’ai vécu en ce lieu l’épouvante sans savoir l’épouvante. Il faut en effet la rencontrer pour mesurer, après, avec du temps, que ce fut bien elle en personne. J’ai tu cette rencontre par pudeur et par blessure béante pendant des années. Sans doute, depuis quelques temps, les bouches s’ouvrent, l’église reconnaît ses crimes. De vieilles personnes de soixante-dix-ans ayant vécu l’épouvante se décident à en parler, l’omerta du monde religieux se brise un peu. J’étais donc à Gurons, au château, dans un monde trop vaste pour moi, sans chaleur humaine, les jours rythmés par les offices religieux et la classe : je revois tout en noir et blanc monotone, mon uniforme bleu foncé quotidien, mon habit de Cœur-Vaillant marron beige, les couleurs à lever au garde-à-vous, les prières du soir sans saveur ni passion. Trois ou quatre mois de douleur intensive passèrent où je mâchais mes larmes entre les draps, pris de colère froide et de fièvre révoltée.

Il y avait dans le château des séminaristes qui nous tenaient lieu de surveillants ou de professeur de gymnastique, des jeunes hommes athlétiques et souriants avec lesquels nous jouions à la balle en récréation et qui nous menaient promener le jeudi à travers la campagne embrumée fleurant l’odeur des bouses de vaches fraîches avec parfois un relent de pomme pourrie. La campagne était fort belle, à perte de vue, offrant cette impression d’espace à conquérir sous la semelle de nos godasses, terres vierges jusqu’à l’horizon bouché de nuages et d’arbres inquiétants. Nous faisions halte pour le goûter, assis en rond, et bénis soit Dieu le père, son fils, le  Saint-Esprit et Marie pleine de grâce... Il faisait froid dans ces prés venteux, je voulais fuir ou disparaître. J’appelais maman en sourdine, qu’elle vienne vite me sortir de ce capharnaüm horrible, de cette solitude peuplée de prières dévotes, de soutanes noires à faire trembler le moindre oiseau. Tout me semblait négritude, sombrement sombre, si n’était la verdeur du pré, des touffes jaunies d’herbe humide, des boules de gui dans les arbres. Je n’y comprenais rien, j’étais seul, tristement seul et Jésus d’aucun secours.

Les soirs étaient encore plus mortifères encore que les journées. On passait à la chapelle pour la messe avant d’aller au réfectoire dans le château glacé. Le prêtre était d’une gentillesse sans nom, il décochait des sourires à chacun et l’hostie était douce au palais sitôt ses doigts quittée. Il portait une belle étole avec des dorures dessinées comme des fleurs. La chapelle fut sans doute le seul endroit où une paix intérieure s’installait en moi et m’apaisait du temps sans câlin de maman. Le temps tout à coup n’était plus une éternité froide et sans saveur aucune. Une petite lumière caressait ma vie doucement et brièvement, j’avais pour quelques moments le cœur au chaud et en paix avec le monde.

 

Après le repas du soir, nous allions en file indienne de chaque côté des couloirs comme des fourmis, jusqu’au ciroir. Ensuite, nous allions vers le vestiaire et les douches dans la même posture après avoir déposé l’essentiel de nos vêtements dans le dortoir et pris nos pyjamas. L’eau des éviers était froide, les dalles du sol étaient froides, il faisait froid partout. Le surveillant planait autour de nous comme un corbeau. Les dents brossées, je claquais des dents, l’impression sourde d’épées dans le dos. Le surveillant séminariste inspectait son petit monde : les mains, dessus et dessous, la zézette lavée toute recroquevillée de froid, le rouge au front quand il passait sa paume sur vos fesses avec une certaine insistance.

Toujours en rang d’oignon, nous regagnions le dortoir pour la prière au pied des lits après avoir vérifié le pliage des vêtements qui rejoignaient l’armoire métallique. Le surveillant tapait des mains pour donner le la du couchage avant d’éteindre les lumières. Il ne demeurait qu’un petit espace clos éclairé derrière des tentures blanches et sinistres. On ne pouvait lire qu’en étude. Un long silence s’imposait sous nos draps tirés sous le menton. Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu une respiration sur une autre, un mouvement de corps dans cet avant sommeil. L’immobilité totale semblait être la règle observée par tous dans un même temps commun. Une règle juste bousculée par les prières sourdes du surveillant avant qu’il ne fasse le tour du dortoir à pas  feutrés, longue silhouette noire portée sur les murs, glissante, fuyante et inquiétante. Je crois que chacun retenait sa respiration et faisait semblant de dormir. Le séminariste s’asseyait sur un lit comme choisi au hasard. On entendait à peine un froissement d’étoffe ou on l’imaginait en espérant ne pas être choisi par le hasard mais l’on gardait les yeux fermés, les poings le long du corps dans une posture de gisant.

Pas un mot ne filtrait entre nous, personne ne racontait quoi que ce soit des promenades nocturnes du séminariste mais tout un chacun ou presque en vivait les conséquences dans ce silence de mort protégé des dieux. Que se passait-il en vrai qui devait sans doute marquer nos existences à tout jamais d’opprobre puis, avec le  temps passant, de dégoût de soi-même et du sexe présenté comme une bénédiction de Jésus-Christ : ce bout de chair dur comme la pierre qu’il fallait caresser, téter et boire à s’étouffer, cette semence divine déversée en nous comme la source sacrée de toute chose sur la terre et dans le ciel. Ce doigt forant notre intimité tremblante de peur et d’incrédulité et surtout, surtout, ce sentiment d’impuissance, le langage éteint en soi, l’évanouissement terrible de toute pensée.

Il en fut ainsi et des jours et des jours dans le silence monacal du château où les ombres de bien des enfants malades furent violées. Je ressens aujourd’hui un besoin lugubre de dire ce que furent ces jours de détresse, de dépouillement de toute dignité si tant est que nous ayons eu  conscience d’une dignité bafouée. Il arrivait que l’un de nous se réfugie dans le lit d’un camarade pour répéter la mascarade du sucre d’orge divin, ce doigt de Dieu qui protège du malheur et répand sa neige gluante purificatrice. Voilà, ce qu’il en fut de ces jours vécus, de l’oubli longtemps au fond du crâne comme un désespoir indicible. L’oubli qui tient la mémoire à l’abri du traumatisme incompris d’alors car personne n’a évoqué quoi que ce soit, personne n’a parlé. Le silence a ensommeillé ces jours pour jamais, pour évacuer l’ignorance, la béatitude de l’enfance devant un calvaire qu’elle ne savait nommer. Il en reste la blessure soudée, le temps aura eu raison d’elle-même au tableau noir et dessiné par bonheur une autre visée du monde et du genre humain.

Je n’ai aucune rancune. Ma mémoire s’éveille lentement au seuil de la vieillesse, elle me donne à comprendre certaines peurs, l’incrédulité d’autrefois est devenue un veilleur sur la rive de ma vie, une sentinelle de lumière contre toutes ténèbres. J’aurai dit tardivement mais j’aurai dit ce qu’au nom d’un Dieu inventé on aura infligé à l’enfance.

 

 

Voir les commentaires

Le paradoxe de la dictature turque sur les mœurs et la moralité

Publié le par ruraledeprose

 

Dans le même temps où le président turc confirme et assoit un régime dictatorial sur son pays avec la volonté d’islamiser toute la société en la privant donc de libertés fondamentales, en muselant toute forme d’opposition, il entend à présent dépénaliser les agressions sexuelles sur les mineures !

Au nom d’une morale religieuse, la dictature se voudrait exemplaire du respect des mœurs, celles qu’elles préconisent pour un retour en arrière inouï de la condition des femmes (port du voile dans tous les lieux publics, universitaires, interdiction voilée de l’avortement…), de la laïcité et, dans le même temps elle va absoudre les violeurs, les membres de son entourage mêlés à des scandales financiers ou autres.

Les violeurs en liberté, les journalistes en prison (la Turquie détient le record mondial en ce domaine), les médias interdits ou fermés, des intellectuels en garde à vue ou exilés, les femmes à la maison, les turcs kurdes poursuivis, déchus de leur droit civique… Et  l’Europe se tait.

Une solidarité sans faille doit être apportée au peuple turc dans ce contexte terrible du régime autoritaire et fascisant. Un grand peuple où résonne pour toujours la voix de Nâzim Hikmet.

Ô mes amis au loin, mes camarades et compagnons démocrates et progressistes, je pense à vous, je vous soutiens en fraternité. Il faut que l’Europe se réveille !

Que mes poèmes édités chez vous, dans votre langue**, puissent servir votre juste combat pour la démocratie et les libertés tant qu’ils ne seront pas interdits, que le proche avenir vous permettent de recouvrer vos droits de l’homme et de citoyen dans une Turquie pacifique, éclairée et laïque.

Patrick Pérez Sécheret – copyright 2016.

 

* vers de Nâzim

** Nerede Olursa

Voir les commentaires

tribune politique surl'état du monde et sa pensée dominante (au secours fuyons!)

Publié le par ruraledeprose

 

Partout le conservatisme, la réaction, le populisme progresse sur les forces de progrès et de gauche, en partie grâce au fourvoiement de la social-démocratie avec les forces du capital, de la banque et de l’ensemble du système financier mondialisé.

 

Partout où la gauche a le pouvoir le bordel s’installe, le recul social s’instaure. C’est le cas au Venezuela, pays aux ressources immenses, où de nouvelles mafias ont tissé leur toile, où les médias d’opposition sont interdits…, au Brésil où les « camarades » ont trahi, au Chili où le désarroi s’installe alors que la mémoire n’est pas recousue, à Cuba où les bordels et la prostitution se réinstallent...

 

En Europe, de la Pologne à l’Autriche, l’extrême-droite fasciste progresse. Autre part c’est la guerre : en Ukraine, au Proche-Orient  et Moyen-Orient, en Afrique. Le monde va mal du capitalisme mondialisé et de la maîtrise de ses richesses géographiques. La France y tient un rôle subordonné aux intérêts des grands groupes financiers industriels (AREVA notamment) soucieux non des droits de l’homme mais des matières premières des sols et sous-sols.

 

Que reste-t-il du rêve sud-américain d’une gauche différente capable de rompre avec ce système et d’organiser la société dans le respect des besoins essentiels des populations : éducation, santé, culture, emploi-formation, etc. Un peu d’espoir en Equateur ?

 

Notre monde est malade de l’argent, du chacun pour soi, de l’idéologie véhiculée par les médias, les réseaux internet, l’absence d’une vision alternative crédible.

 

Au Maroc, la mort d’un jeune vendeur de poisson a réveillé toutes les colères contenues contre un régime de droit divin dictatorial masqué à bout de souffle et qui s’en sort jusqu’à présent grâce à la colonisation (la dernière en Afrique) du territoire du Sahara Occidental spolié de ses richesses, de son droit à l’autodétermination.

 

Au Liban, une éclaircie avec l’élection de Michel Aoun qui peut permettre de renouer avec un Etat pluri-religieux pour à nouveau tenter une alchimie entre factions belliqueuses. Pourvu qu’il réussisse. En Turquie, la dictature s’installe inexorablement face au silence européen…

 

En Islande, le parti pirate pourfend les partis traditionnels par une alternative heureuse et prometteuse pour l’Europe : la prise en main par les citoyens de leur vie, de leur avenir…

 

Que faire, que dire de plus ?

 

Il n’y a pas de fatalité tant que les hommes, les femmes ont une conscience.

 

Les enjeux écologiques de notre planète méritent un sursaut que les réalités quotidiennes des peuples, leur indigence, leur précarité, empêchent de se mobiliser politiquement. Il faut travailler en ce sens, faire qu’émerge un humanisme rénové, une solidarité de classe (j’entends le front des défavorisés et des couches moyennes qui sont multitudes contre le capital mondialisé) autour d’un projet qui change les règles du jeu d’une démocratie faussée.

 

Il faut aux médias conditionnés pour faire les opinions opposer la parole, le dialogue non conforme, utiliser les urnes tant qu’il y en a encore avant ces gouvernances pré-élues dans une mascarade d’électorat préalable payant.

 

Il faut de la lucidité, du courage moral, des valeurs intrinsèques d’humanité. Le reste est soumission, manipulation, régimes autoritaires librement consentis.

 

Ouvrons nos yeux et nos oreilles, écoutons-nous sans intermédiaire.

 

Le monde va mal ce n’est pas irréversible. L’humanité a encore de beaux restes mais ils sont trop silencieux pour s’unir et agir.

 

Chez nous, en France, on nous prépare au remake d’une droite face à l’extrême-droite. On peut faire autrement mais cela arrange toutes les forces réactionnaires et sociaux-démocrates : que survive le capitalisme dans sa forme odieuse actuelle, que les profits continuent sur le dos des peuples.

 

En face, pas grand-chose, un homme avec ses défauts et ses qualités, un homme qui parle pour ceux qui n’ont pas la parole et qui leur demande de prendre la parole : Jean-Luc Mélenchon. Il va falloir choisir, Mesdames et Messieurs, entre le néant, la poursuite d’une descente aux enfers ou bien la possibilité d’une éclaircie sociale, culturelle, d’un pas en avant pour endiguer les maux dont souffrent notre société, les gens et la nature, la planète. 

 

Voir les commentaires

Politiquement : on peut choisir la route

Publié le par ruraledeprose

 

Partout le conservatisme, la réaction, le populisme avancent sur les forces de progrès et de gauche, en partie grâce au fourvoiement de la social-démocratie avec les forces du capital, de la banque et de l’ensemble du système financier mondialisé.

 

Partout où la gauche a le pouvoir le bordel s’installe, le recul social s’instaure. C’est le cas au Venezuela, pays aux ressources immenses, où de nouvelles mafias ont tissé leur toile, où les médias d’opposition sont interdits…, au Brésil où les « camarades » ont trahi, au Chili où le désarroi s’installe alors que la mémoire n’est pas recousue, à Cuba où les bordels et la prostitution se réinstallent...

 

En Europe, de la Pologne à l’Autriche, l’extrême-droite fasciste progresse. Autre part c’est la guerre : en Ukraine, au Proche-Orient  et Moyen-Orient, en Afrique. Le monde va mal du capitalisme mondialisé et de la maîtrise de ses richesses géographiques. La France y tient un rôle subordonné aux intérêts des grands groupes financiers industriels (AREVA notamment) soucieux non des droits de l’homme mais des matières premières des sols et sous-sols, et des ventes d'armes.

 

Que reste-t-il du rêve sud-américain d’une gauche différente capable de rompre avec ce système et d’organiser la société dans le respect des besoins essentiels des populations : éducation, santé, culture, emploi-formation, etc. Un peu d’espoir en Equateur ?

 

Notre monde est malade de l’argent, du chacun pour soi, de l’idéologie totalitaire de la classe dominante véhiculée par les médias, les réseaux internet, l’absence d’une vision alternative crédible des forces de progrès.

 

Au Maroc, la mort d’un jeune vendeur de poisson a réveillé toutes les colères contenues contre un régime de droit divin dictatorial masqué à bout de souffle et qui s’en sort grâce à la colonisation (la dernière en Afrique) du territoire du Sahara Occidental qui spolie de ses richesses, un peuple et son droit à l’autodétermination.

 

Au Liban, une éclaircie survient avec l’élection de Michel Aoun qui peut permettre de renouer avec un Etat pluriel pour à nouveau tenter une alchimie entre factions belliqueuses. Pourvu qu’il réussisse ! En Turquie, la dictature s’installe inexorablement face au silence européen…

 

En Islande, le parti pirate pourfend les partis traditionnels par une alternative heureuse et prometteuse pour l’Europe : la prise en main par les citoyens de leur vie, de leur avenir sur les décombres des partis traditionnels faillis.

 

Que faire, que dire de plus ?

Il n’y a pas de fatalité tant que les hommes, les femmes ont une conscience.

 

Les enjeux écologiques de notre planète méritent un sursaut que les réalités quotidiennes des peuples, leur indigence, leur précarité, empêchent à se mobiliser politiquement. Il faut travailler en ce sens, faire qu’émerge un humanisme rénové, une solidarité de classe (j’entends le front des défavorisés et des couches moyennes qui sont multitudes contre le capital mondialisé) autour d’un projet qui change les règles du jeu d’une démocratie faussée.

 

Il faut aux médias conditionnés, pour faire les opinions opposer la parole, le dialogue non conforme, utiliser les urnes tant qu’il y en a encore avant ces gouvernances pré-élues dans une mascarade d’électorat préalable payant (les primaires débiles qui assassinent la démocratie directe et nous préparent aux grands électeurs à l'américaine).

 

Il faut de la lucidité, du courage moral, des valeurs intrinsèques d’humanité et de solidarité. Le reste est soumission, manipulation, régimes autoritaires librement consentis à petits pas.

 

Ouvrons nos yeux et nos oreilles, écoutons-nous sans intermédiaire.

Le monde va mal ce n’est pas irréversible. L’humanité a encore de beaux restes mais ils sont encore trop silencieux pour s’unir et agir, se fédérer sur l'essentiel.

 

Chez nous, en France, on nous prépare au remake d’une droite face à l’extrême-droite. On peut faire autrement mais cela arrange toutes les forces réactionnaires et sociaux-démocrates : que survive le capitalisme dans sa forme odieuse actuelle, que les profits continuent sur le dos des peuples.

 

En face, pas grand-chose, un homme avec ses défauts et ses qualités, un homme qui parle pour ceux qui n’ont pas la parole et qui leur demande de prendre la parole : Jean-Luc Mélenchon. Il va falloir choisir, Mesdames et Messieurs, entre le néant, la poursuite d’une descente aux enfers, ou bien la possibilité d’une éclaircie sociale, culturelle, d’un pas en avant pour endiguer les maux dont souffrent notre société, les gens et la nature, la planète. 

Voir les commentaires

Des « maux » pour le dire : on peut guérir de son enfance

Publié le par ruraledeprose

Les Mots pour le dire est une adaptation du livre de Marie Cardinal réalisée par Jade Lanza, comédienne, et qui interprète l’auteur sur la scène. Un sujet grave sur une jeunesse difficile qui conduira l’auteur à la transcender par l’écriture aux moments où la maladie l’accable. Le sujet de l’œuvre, théâtralisée et créée à l’Espace Sorano reste d’actualité. Le récit personnel de Marie Cardinal est porté par Jade, et partagé, avec énergie sur un plateau un peu sombre. Les mots fusent au fil d’une mémoire enfouie qui se déroule, se révèle peu à peu par l’intermédiaire de la psychanalyse. Le corps blessé s’ouvre en bondissements du corps sur la scène, en projection d’images, de ressentiments, de phrases, de jubilation aussi. Jade ne lâche pas les spectateurs un seul instant. Il faut cheminer ensemble dans ce raccordement du corps et de la pensée (l’inconscient), de la mère et de l’enfant, avec cette histoire de famille explosée où la jeune fille, le personnage, est meurtrie, repoussée dans les limbes d’une éducation autoritaire qui nie sa personnalité naissante, la courbe à poursuivre un chemin de soumission, à épouser un rôle de femme conforme à la société.

 

Mais l’actrice, avec la belle complicité de Françoise Armelle (la mère), exprime la maltraitance physique et verbale qui brise l’envol d’une jeune fille, elle ne peut résister aux consignes formatées et s’y plie contre son gré. Pour guérir de sa blessure, l’enfant grandie, gravement malade, trouvera un chemin de rédemption au-delà du bistouri : par la parole, sa parole recouvrée. Daniel Mesguich prête sa voix pour faire écho à « ce travail sur soi », qu’entreprend le personnage/l’auteur avec lui-même, son vécu, ses perceptions sensibles d’une réalité accomplie. Jade Lanza se donne entière dans son personnage. La mise en scène cède au recours de quelques artifices dans l’air du temps et sans doute inutiles. Mais ce spectacle est à la hauteur du propos-témoignage, tout à fait d’actualité, qu’avait délivré Marie Cardinale en 1975 dans son livre, et perçu par les spectateurs comme tel. La mise en scène, le décor chargent un peu trop l’espace là où un peu de dénuement serait bienvenu. Les mots sur les maux, le jeu des actrices sont suffisants pour porter, avec un certain optimisme le goût de la vie, la beauté du possible épanouissement d’un être humain. Malgré tout.

 

Patrick Pérez Sécheret

Poète-écrivain

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>