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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Carnet de silence

Publié le 14 Août 2015 par ruraledeprose

Carnet de silence

Le vrai poète est seul. C’est la condition de sa vérité. Sa nudité inspire son écrit. Il ne peut être attaché à aucune école, fusse-t-elle de Rochefort.

Le poète flirte avec les idéologies par humanité, quand le sens de l’histoire confine au pire, nécessite de prendre parti mais, sa voix s’éteint parmi les slogans. Le poète est une solitude peuplée d’humanités. Il ne peut être partisan hormis ces instants de drame, de gravité où il faut bien choisir d’être du côté des victimes contre les bourreaux, même si les victimes n’ont pas toujours raison du monde qu’elles envisageaient de construire pour fabriquer d’autres victimes…

Tout est là dehors. Nos rêves, nos chimères, l’idée de l’amour valent toute guerre, les sanglots des fosses où ceux que l’on aime sont jetés pour l’éternité, ce truc inventé pour nous faire passer le temps de vivre… Tout est là dehors. Le vrai poète n’est d’aucun club, d’aucunes poubelles mondaines. Il écrit en silence. Sa parole s’étiole à meubler les silences bruissant afin que l’autre mélange ses propres voix, adhère à l’écho de sa propre intimité. Les silences disent davantage que les paroles souvent mais leur tessiture est imperceptible pour autrui. Les silences sont lieux de prière universelle.

Le poète, vous n’avez pas remarqué sa présence dans votre wagon, juste au-dessus de vous, tel un lamparo, une protection rapprochée du bonheur. Pourtant, il est là fragile et doux, attentif à vos paupières qui se ferment, à vos rêveries secondaires. La prairie diaphane après s’estompe bercée par le roulis du train.

Dans ce monde du poète, s’aimer est attendre un peu, beaucoup, avoir hâte de se voir, se parler, s’entendre, se toucher. S’aimer n’est pas meubler une vie, ne pas être seul, aimer est cheminer dans l’inédit, l’improvisé. Aimer n’est pas une organisation, la perfection de l’éphéméride, l’absence de miettes sur le parquet, aimer est désinvolture, rébellion, coups de gueule dans les étoiles.

Aimer est peut-être l’essence de la poésie, de l’existence, son manque d’audace, l’immédiat brut de pomme, sa radiance, ses messes bleues inventées des lèvres, des sexes et des cœurs. Le poète y croit et sa solitude fleurit.

Copyright 2015 patrick pérez sécheret.

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