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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

La vérité et la lucidité n’engendrent pas le désespoir des peuples

Publié le 16 Octobre 2015 par ruraledeprose

La vérité et la lucidité n’engendrent pas le désespoir des peuples

Un seul son de cloche, une seule solution, un seul modèle possible… et quelques-uns qui disent le contraire s’appuyant sur de vieilles lunes du passé. Que faire ? Dire aux gens la vérité, attiser leur lucidité citoyenne, l’éclairer, mais, comment ? Le discours politique ne suffit pas, n’y suffit plus. Il faut des actes et ces actes nécessitent des désobéissances civiles, des résistances, peut être violentes même, contre l’ordre établi qui génère le désordre en fait.

Tout le corps social, du chômeur au policier, du pilote de ligne au retraité, du fonctionnaire à l’artisan, tous en ont ras le bol des politiciens, de l’inertie à gérer la cité, le pays dans l’intérêt général c’est-à-dire à répondre aux besoins des populations en plaçant l’être l’humain et le devenir de la planète au centre d’une seule préoccupation.

Cela passe-t-il par des nationalisations, une appropriation collective des moyens de produire des réponses aux besoins, en industrie, en agriculture, en culture, en éducation, en matière de santé ? Certainement puisque l’accaparement des richesses produites entre quelques mains, quelques holdings, quelques banques et bourses, n’a pour unique but le profit, l’enrichissement et donc pour élargir le résultat de toujours pressurer davantage le peuple, de le précariser à outrance, d’œuvrer à sa mise en esclavage en réduisant la démocratie et l’expression du peuple à néant.

Ainsi, dans ce but ultime et invariablement capitaliste et mondialisé, toutes les technologies sont utilisées, tous les rouages mis en place pour diviser le peuple, les gens entre eux, pour créer une situation de chaos social où chacun devient l’ennemi, le bouc émissaire des autres, livré aux vindictes raciales ou religieuses...

Les jeunes diplômés se plaignent ainsi que les vieux vivent plus longtemps et coûtent à la société, les employés se plaignent des chômeurs, les chauffeurs de bus se plaignent des notaires… Bref, la société se désagrège et les politiques menées conduisent à la pénurie dans tous les domaines, à l’extinction même des sources du profit béni. Alors, devant le saccage de la planète, la surdité des Nations Unies ou son impuissance, la myopie des grandes puissances à ne défendre que des intérêts à court terme, où va-t-on, où peut-on aller ?

Ou, plutôt, où veut-on nous conduire, puisque le but n’est pas en finalité pour l’humain et ses besoins ? Une supranationalité mondiale avec sa gouvernance autocrate maîtrisant à la fois les ressources naturelles, la démographie, se partageant au bénéfice d’une caste auto-élue, les fruits de la terre et des mers au mépris de l’ensemble de l’humanité réduite à l’esclavage, aux épidémies, aux meurtres massifs à venir comme il en fut et en est déjà au Soudan sud, au Yémen, en Syrie...

Etre lucide est dire ces vérités, cela, même si les termes paraissent forts. Et ce n’est pas enrichir la désespérance sociale mais l’inviter à la révolte pendant qu’il est temps encore et qu’elle le peut. Le nazisme et son concept d’espace vital* revient à grands pas sous les fioritures d’une démocratie en liquidation. La guerre mondiale des ressources, des espaces, des territoires viables, est en marche. Pour la bonne conscience humanitaire, on intervient militairement certes, mais de fait, on laisse les populations locales s’entretuer ou se faire tuer, on accueille des migrants au compte-goutte sans d’ailleurs mettre en place les dispositifs pour leur intégration rapide…

Notre monde marche sur la tête, la répétition de la barbarie a changé d’échelle, les génocides se succèdent, les droits des peuples sont bafoués comme au Sahara Occidental par une recolonisation, on assiste même dans des pays dits civilisés comme Israël, à la mise en place de véritables ghettos de sinistre mémoire. Il en est bien ainsi à Jérusalem-est où 300 000 palestiniens sont pris en otage et considérés comme terroristes…

On peut se taire face à ce panorama désolant de punitions collectives, attendre et jouir des belles choses de la vie qui demeurent encore, en pérorant sur nos semblables différents, nos boucs émissaires commodes et cacher ainsi son égoïsme criminel vis-à-vis des générations à venir.

Je crois qu’à contrario il faut parler, il faut que les yeux s’ouvrent sur la réalité, il faut, oui, partout, investir de paroles vraies l’espace public et sans modération. Je le fais.

Patrick Pérez Sécheret

* Lire à ce propos l’ouvrage de Timothy Snyder, Terre noire, l’Holocauste comme histoire et perspective, même si cela fait froid dans le dos.

Copyright octobre 2015 – patrick pérez sécheret.

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