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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Les Penseurs pensifs... (2)

Publié le 6 Octobre 2015 par ruraledeprose

Les Penseurs pensifs... (2)

« Il ne faut pas désespérer Billancourt." Les Penseurs pensifs en sont encore là même si Billancourt a rendu l’âme depuis des lustres. Mais comment être un tant soit peu espérant quand l’armée israélienne tire à nouveau sur des jeteurs de pierre palestiniens qui protestent d’être expulsés de leurs maisons, de Jérusalem, de leur lieu de prière, pour permettre l’installation de colons israéliens ? Comment être un peu espérant quand un chef de gouvernement prétend ainsi chasser les terroristes fanatiques, quand ce gouvernement, de bric et de broc, joue sa survie en surfant sur la violence d’Etat, la négation du droit international ?

Comment croire qu’il peut y avoir un jour un Etat palestinien sur un territoire réduit à l’état de gruyère ? Comment admettre qu’un peuple et qu’une nation comme Israël sont issus d’un génocide, de la Shoah, et puissent perpétrer une forme de racisme et de colonialisme dont leurs familles, leurs proches furent victimes des nazis ? Les penseurs pensifs préconisent qu’il faudra en venir à un seul état où vivront ensemble israéliens et palestiniens, un état laïc comme le fut Israël avec quelques millions de palestiniens citoyens de seconde zone depuis des décennies. Les penseurs pensifs sont affligeants et déclarent : « Hommes et femmes d’aujourd’hui deviennent capables de se diriger sans tuteurs abusifs. L’heure vient de sortir enfin de notre préhistoire »*, alors que l’on y retourne doucement…

Je préfère demeurer un penseur silencieux, loin du marmiton fugace des agit-prop qui n’en sont plus, persuadé qu’en l’humain certes est une ressource inouïe contre le mal mais que celle-ci pourrie sur pied à force de banalisation de la vie humaine. Nous vivons un temps de décomposition qui nous rapproche des cavernes, les fresques de Chauvet en moins : elles sont déjà en vente ou en découpe, à emporter comme les vieilles fripes de Monory au Musée… Après quoi, que Jean Rouaud trouve à dénoncer, dans L’Humanité*, une gauche désabusée aux regrets de son temps où le peuple se laissait guider par une avant-garde éclairée... C’est assez juste et très tendance. On ne déplore pas d’emblée le temps d’avant sous prétexte qu’il fut autre faute d’être mieux qu’aujourd’hui, mais on doit quand même tenter le faire avec un peu de pudeur, non ?

Pour ma part, je ne sais pas s’il est encore des penseurs de gauche ou des penseurs de droite mais je m’insurge en permanence d’un pouvoir des mots qui ressemble à des balles et à la nostalgie de temps concentrationnaires, de droite ou de gauche… Cela ressemble un peu même si les gens ne marchent pas encore du même pas, en cadence, la conscience sous le semelles et la réflexion au pré carré de l’idéologie dominante…

* Lucien Sève, philosophe, dans L’Humanité du 6 octobre 2015, à propos de l’appropriation des puissances sociales par leurs acteurs eux-mêmes… Mais bon, le titre doit être dû à la rédaction… Jean Rouaud, même lieu, même date, dans sa chronique Les tout ça pour ça

Copyright octobre 2015 – patrick pérez sécheret.

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