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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Les Penseurs pensifs poussifs... (1)

Publié le 6 Octobre 2015 par ruraledeprose

Les Penseurs pensifs poussifs... (1)

Rien n’y fait. On a beau se retourner le monde dans la tête, être persuadé que le capitalisme demeure le fossoyeur de notre humanité par une course aux profits dévorant notre planète en perdition climatique, la course ne s’infléchit pas et de nouvelles normes de concurrence sont mis en route pour exploiter les dérèglements de notre écosystème, faire toujours plus de ronds sur le dos des malheurs de notre monde… Des penseurs pensifs nous disent qu’il faut inventer de nouvelles formes d’appropriation sociale, investir l’espace public… Bigre ! Mais l’espace public, précisément, est pollué et polluant, les médias nous déversent des tombereaux de nouvelles et d’images sordides où la mort s’étale dans une impudeur redoutable.

Du zoo de Milos Forman, nous sommes passés à la jungle organisée, si je puis dire, avec quelques foyers de guerre entretenus ici ou là, des alliances contre nature entre les démocraties et les autocraties qui tranchent les gorges, arrachent les yeux et nous achètent nos beaux avions de guerre… sans rien à envier à ceux de Daech ou autres fascistes des nouveaux temps… On occupe les esprits, on commente au vol tels ou tels propos de tel personnage sur le racisme, l’entorse aux droits humains, pour refermer la boite jusqu’à demain et plus soif, avec des interludes sur le thème du comment faire pousser des carottes sur votre toit d’immeuble ou le concours de la plus grosse crêpe du monde…

Mais bon, les penseurs pensifs nous invitent à l’action publique, exhortent les intellectuels à cesser de décrire un monde à vau l’eau où tout repère éthique bat en quenouille, où toute vie humaine n’est plus qu’une marchandise, qu’un esclavagisme flambant neuf, où en bref tout est noir, morbide, achevé dans un marasme global et sans retour de flamme humaniste plausible. C’est bien, j’y pense, comme Poutine ou Assad d’obtenir le prix Nobel de la Paix pour leur combat contre Daech, comme Netanyahou à l’avenir de l’Etat d’Israël en incitant à la haine et à nouveau à l’Intifada le peuple palestinien opprimé et spolié…

Que faut-il en penser du monde pour redonner des couleurs d’espoir à nos vies, l’envie d’agir pour le sauver d’un naufrage annoncé de catastrophes humanitaires et climatiques ? On y peut peu et encore moins seul à penser. En fait, il faut libérer la parole sur tous les fronts du chantier, à commencer par sa rue, son pâté de maisons, la boulangerie du coin… Cela suppose de passer juste au-dessus des systèmes en place, des organisations sociales, politiques, religieuses, de reconquérir l’espace public, je me répète, accaparé par les marchands, les publicistes, les politicards de tout bord.

Car enfin, quelle morale s’impose à nous, entre Morano qui dit tout haut ce que les siens pensent tout bas, comme mon voisin d’immeuble d’ailleurs et mon buraliste, entre elle et le Front de gauche qui part dans le brouillard des régionales fleur au fusil au 1er tour, sachant qu’au second, une partie de lui-même choisira de soutenir un parti socialiste vendu au libéralisme et donc un gouvernement tant décrié qu’il devrait s’auto-dissoudre et redonner la parole au peuple qui peut être souverain quand il voudra…

Les Penseurs pensifs poussifs nous invitent à l’action dans une dialectique où les contradictions sont submergées de contradictions ! Bien. Pendant ce temps, en Grèce, on privatise le port du Pirée, les aéroports, comme chez nous d’ailleurs. Pendant ce temps en Syrie le chaos se poursuit avec sa cohorte de milliers de fugitifs civils fuyant la mort…

Je pense donc je fuis n’est pas une posture satisfaisante car l’espace où fuir se rétrécit, comme peau de chagrin et l’accueil n’y est pas folichons. On rajoute de la précarité à la pauvreté qui s’installe partout en Europe, on aiguise les relents nauséabonds racistes, on s’en sert même. Je pense donc je lutte mais l’instinct de survie prend le pas et je me protège, donc je fuis…

Je me disperse un peu, j’en conviens. Je laisse aux penseurs pensifs leur droit d’interpeller les intellectuels, aux médias la censure qu’ils imposent par le silence à l’expression des artistes de toute discipline, des poètes surtout. Et, je vais déjeuner car il est l’heure. Nous reprendrons les digressions tantôt, à l’heure du thé si l’humeur en dit. A propos, il faudra me dire ce qu’est un exilé, fugitif, migrant en situation irrégulière…

Illustration : André Masson –

Lansquenets et courtisane, encre de couleurs, 1964, in Les Lettres françaises, n° 1239 du 5 juillet 1968.

Copyright octobre 2015 – patrick pérez sécheret.

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