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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Turquie : le rôle d’un intellectuel est de prendre la plume !

Publié le 12 Octobre 2015 par ruraledeprose

Turquie : le rôle d’un intellectuel est de prendre la plume !

Certains diront qu’il faut laisser aux spécialistes l’analyse de ce qui se passe dans le monde, voire laisser faire l’ONU… quand elle fait ! Mais rien ne m’est étranger de ce qui se passe sur la planète même si j’essaie de ne pas perdre de vue ces pauvres gens qui dorment dans la rue, dans mon garage depuis quelques jours. Ce qu’il faut c’est ne pas perdre de vue les perspectives proches ou lointaines car tout se tient, il n’y a pas d’enclos privilégié pour les droits de l’homme. Le particulier et l’universel sont mêlés en conséquences des causes d’une mondialisation confisquée par les technocrates et les Etats à leur service, celui de l’argent-roi, de l’exploitation des hommes, des richesses de la planète. Perdre de vue les colossales fortunes concentrées en quelques mains ou holdings, dans les paradis fiscaux, et la précarisation du monde, son oppression éhontée des peuples jusqu’à mettre en cause la survie de l’humanité est tout simplement criminel, scandaleux, inhumain.

Comment taire la situation en Turquie, ce peuple ami, mes amis depuis plus de 40 ans, un pays que l’Europe n’a pas voulu intégrer alors qu’elle l’a fait avec zèle pour d’anciens satellites des pays de l’Est qui ressemblent à des dictatures dirigées par de grands magnats des affaires et pour certains font la chasse aux migrants… Au nom des libertés, au nom des droits de l’homme ?

Comment ne pas voir que pour des raisons de pouvoir celui d’Ankara joue le double jeu de l’allié de l’OTAN (entendre les intérêts américains) avec le rêve d’un califat ottoman pour un président, certes élu mais qui a perdu les élections à ce sujet, mais dont la constitution du pays l’empêche de l’être à vie et de museler toute la société en jetant aux orties la laïcité de la république turque et le jeu des terroristes de Daech qu’il soutient, a soutenu contre les forces progressistes turques et syriennes ?

Comment accepter que les forces démocratiques turques, fortes des derniers résultats électoraux soient la vindicte et le coupable désigné du pouvoir d’Erdogan ? Les turcs, les kurdes turcs démocrates ne veulent pas d’un califat, d’un régime despotique où s’impose le fait religieux dans tous les rouages de la société, le peuple turc dans sa diversité ne veut pas retourner aux temps des dictatures militaires ni entrer dans un monde clos où les libertés individuelles, de pensée, d’expression philosophique, politique ou religieuse sont régentées par un dictateur.

J’aurais voulu dire ici juste et simplement ce poème de Jean Tortel, peut-être suffisait-il…

Selon que le ciel est noir

Ou que le dégage la chance

Je suis un autre et je parle autrement.

Mais selon le silence ou l’ordre

Des mots se connaissent ou bien

Ne savent plus ce qu’ils sont là.

Puisque cela ne dépend pas de moi

Qu’il fasse beau ou qu’un mot signifie

Il est étrange que ma main

Soit le lieu de passage

Ici, et qui ne tremble pas.

Etrange aussi que je consente

A provoquer mon envahissement.

Jean Tortel, Relations, Gallimard.

Je ne veux donc ici que redire ma solidarité au peuple turc, à son destin démocratique, à son courage en ces jours sombres où la mort frappe parmi les siens pour des intérêts qui ne sont pas l’avenir mais le crépuscule du progrès. Que ce grand peuple jeune, cette république moderne, puissent vivre en harmonie dans le respect de ses composantes, participer au concert des nations libres, tel est mon vœu le plus cher. Ce sera ainsi que la Turquie moderne participera au chemin de la Paix dans la région et non au chaos enclenché. La guérilla kurde malgré les opérations militaires déclenchées à son encontre, car désignée comme terroriste par Erdogan, vient de décider une trêve jusqu’aux élections de novembre.

L’ennemi de la Turquie ce ne sont pas les kurdes turcs mais le délire d’un nouveau pacha, de sa clique de profiteurs du pouvoir, pour nombre d’entre eux englués dans les affaires, la corruption, qui plonge peu à peu son pays dans l’engrenage de la terreur. Ce pays, son peuple, celui de Nâzim Hikmet, de Aziz Nesin, de Abidine Dino, et de tant d’autres simples gens des fabriques et des mines, de la presse qui résiste à la censure, des universités muselées, mérite notre solidarité sans faille.

Je suis près, pour ma part, à participer à une soirée de solidarité.

Turquie, solidarité, fraternité, amitié !

Copyright octobre 2015 – patrick pérez sécheret – poète.

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