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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

L'Art, les artistes en Etat d'urgence

Publié le 21 Décembre 2015 par ruraledeprose

L’art se trouve parfois confronté à la montée de l’autoritarisme qui conduit parfois à la barbarie. Et cela parce que le peuple a peur et qu’à sa peur (des autres, des terroristes aujourd’hui) la réponse d’Etat est l’état d’exception au droit, la réduction des libertés fondamentales.

L’art ne doit pas servir cette peur ni cet Etat. L’artiste ne doit en rien le servir, s’asservir. Il doit créer, donner à voir, confronter sa visée de la réalité et de l’utopie, imaginer, résister sous toutes les formes au déclin de la pensée.

L’art est positif par essence et progressiste. Il exprime l’intime conscience humaine. Il ne doit rien céder de sa liberté d’expression qui est aussi sa liberté d’opinion et de création car, alors, il se dégénère. En répondant à des normes totalitaires du beau et du laid, il fabriquera alors des œuvres de commande au service d’un pouvoir d’oppression. Il basculera dans la barbarie à quelque degré qu’elle soit par une servilité stérilisante.

Cette servilité dans l’art est représentée par de créateurs en général aigris, non considérés ou refoulés, sans succès, mais pas seulement. Certains, dans l’exaltation d’une pureté raciale ou idéologique, dans l’exultation d’un homme nouveau supérieur, choisiront l’élégie aux nouveaux maîtres, l’apologie du nouveau règne et accepteront d’être promus par leur soumission, par pur ego, persuadés de leur talent. Ils ont alors perdu leur conscience humaine et cédé à la peur collective qui les érige artistes officiels et serviteurs d’une caste dirigeante.

L’art est toujours un état d’urgence de dire, d’exprimer. Une peinture, une sculpture, une photographie, un écrit, ne sont jamais neutre. Toute création de l’esprit, par le geste et l’outil qui le prolongent autant qu’ils participent à la création de l’œuvre elle-même, ne peut être libre sans une inconditionnelle foi en l’Humanité avec laquelle l’œuvre dialogue sans cesse et qui pour finir lui est destinée dans sa matérialité ou spiritualité.

Pour demeurer libres, n’ayons pas peur, faisons reculer la peur qui annihile toute capacité de jugement personnel et rapproche ainsi l’homme de son animalité enfouie, l’autre devenant l’ennemi, la future victime. Ne renonçons jamais aux valeurs humanistes et opposons la création à l’autorité intrinsèquement.

Pour ma part, j’essaie de répondre à la terreur de la peur du lendemain existante. Non seulement par la dénonciation des causes -qui ne sont pas que sociales d’ailleurs et dont nous subissons les conséquences- mais aussi, face à la peur de l’autre, l’ennemi désigné ou fabriqué, le bouc-émissaire commode pour masquer l’action politique de l’Etat, par une écriture d’espoir, de lucidité, constructive. J’essaie de répondre à ce qui est et ce qui vient.

En cela, je crois, il ne faut laisser aucun effort de côté, ne pas faire le gros dos en attendant que l’orage passe et que les décombres se soient installés. L’art ne peut être pessimiste.

Il faut sourire à la vie et aux autres, nos semblables, faire preuve de solidarité et d’écoute, de persuasion, de pédagogie, encourager la prise de parole, dialoguer, ouvrir de nouveaux espaces de réflexion et de partage.

Car en toute lucidité, nous croyons en l’homme mais nous savons, toute l’histoire l’enseigne, de quoi il est capable, hier et aujourd’hui, dès que les conditions sont réunies.

Aucun artiste, aucun intellectuel ne doit démissionner face à la montée de l’épouvante oppression et soumission des esprits et des corps qui s’annonce, qui progresse et qu’il faut dénoncer et combattre.

L’art, la création, la culture sous toutes ses formes, peuvent et doivent prétendre à cela, dans l’adversité d’aujourd’hui, sous peine d’aider au recul du savoir déjà en cours, de la connaissance, au recul de la culture face au limon rampant et obscène de l’autoritarisme pouvant ouvrir les portes à l’intolérable, à l’odieux, à la sauvagerie sans nom même.

Patrick Pérez Sécheret – copyright 21 décembre 2015.

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