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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Pascal Bruckner ou le recours à la haine de classe ?

Publié le 23 Mai 2016 par ruraledeprose

Dessin de Abidin Dino
Dessin de Abidin Dino

Dans un entretien que le philosophe a accordé au Figaro du 21 mai dernier, les mots ressemblent à des tirs de kalachnikovs. Ils sont pesés, blessants, irrespectueux de la liberté de pensée et d’expression d’autrui. Pourquoi un tel acharnement à dénigrer ceux qui pensent et font Nuit debout et qui seraient en addiction avant de s’en prendre à la police avec « une sinistrose arrosée à la bière ».

Puis, « Citez-moi, dit-il, une seule phrase intelligente sortie de ce monologue incessant qu’est Nuit debout ». Je ne cite pas tout, lisez vous-même cet entretien torchonné de haine de classe, pas moins, où il qualifie les participants : « des bolcheviks d’occasion (on dirait du regret…), des Che de bas de gamme dont la seule passion n’est pas la liberté mais la servitude »…

Et de procès d’intention, sans doute au nom de la grandeur, Bruckner en arrive à l’invective qui dénonce (délation) ceux qui auraient (il en est sans doute certains certes) lancé « un crachat au visage des victimes de janvier et novembre 2015 ». Pas moins. L’amalgame est pernicieux et puis, j’en passe, on en vient à la culture, la vraie, celle qui « ne peut pas mettre sur le même plan le rap, la pop, le jazz et Bach ». Là encore, la hargne viscérale inspirée du regret du temps passé, des Beaux-arts, par l’incompréhension des réalités d’une époque présente en mutation : « Pourquoi pas une rave-party à Hiroshima ou une « teuf » à Dachau ? » Quel mépris.

Enfin, si « le gauchisme est devenu la maladie sénile du socialisme », Bruckner n’apporte en rien un vent neuf, ni frais, aux vieilles recettes capitalistes du 19e siècle éculées, vantées par son ami Macron, et qui ne représentent en rien une modernité ou un progrès pour l’humanité. L’histoire repasse les plats du conservatisme et de la réaction, du gauchisme sans doute aussi, lorsque la démocratie est à bout de souffle, l’Etat et les politiques impuissants.

Nous en sommes là et ce n’est pas l’autoritarisme, la restriction des libertés fondamentales qui sauraient ou sauront la restaurer mais des réponses concrètes aux besoins humains de notre temps dans une société solidaire et de meilleur partage des richesses produites, des biens communs. Une autre philosophie que celle qu’exprime Bruckner prônant celle de l’accaparement global de ces richesses par une minorité, à son seul bénéfice et des miettes pour la multitude et qu’elles s’en accommodent !

Allez, vous aurez compris le message philosophique délivré au Figaro, par un intellectuel talentueux qui vient de publier un essai significatif : La Sagesse de l’argent. Donc, populace, circulez, quittez les places de République, rentrez dans vos tanières bandes de gauchistes chroniques avinés !

Enfin, j’irai voir sur place ce qu’il en est de tant de haine qui monte du gratin de la société devant ces formes d’intervention citoyennes directes que constitue, notamment, Nuit debout. Je peux partager beaucoup de choses mais pas la haine de classe, d’où qu’elle vienne d’ailleurs. Je fais le pari de la fraternité malgré tout.

Copyright patrick pérez sécheret.

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