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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Des « maux » pour le dire : on peut guérir de son enfance

Publié le 22 Novembre 2016 par ruraledeprose

Les Mots pour le dire est une adaptation du livre de Marie Cardinal réalisée par Jade Lanza, comédienne, et qui interprète l’auteur sur la scène. Un sujet grave sur une jeunesse difficile qui conduira l’auteur à la transcender par l’écriture aux moments où la maladie l’accable. Le sujet de l’œuvre, théâtralisée et créée à l’Espace Sorano reste d’actualité. Le récit personnel de Marie Cardinal est porté par Jade, et partagé, avec énergie sur un plateau un peu sombre. Les mots fusent au fil d’une mémoire enfouie qui se déroule, se révèle peu à peu par l’intermédiaire de la psychanalyse. Le corps blessé s’ouvre en bondissements du corps sur la scène, en projection d’images, de ressentiments, de phrases, de jubilation aussi. Jade ne lâche pas les spectateurs un seul instant. Il faut cheminer ensemble dans ce raccordement du corps et de la pensée (l’inconscient), de la mère et de l’enfant, avec cette histoire de famille explosée où la jeune fille, le personnage, est meurtrie, repoussée dans les limbes d’une éducation autoritaire qui nie sa personnalité naissante, la courbe à poursuivre un chemin de soumission, à épouser un rôle de femme conforme à la société.

 

Mais l’actrice, avec la belle complicité de Françoise Armelle (la mère), exprime la maltraitance physique et verbale qui brise l’envol d’une jeune fille, elle ne peut résister aux consignes formatées et s’y plie contre son gré. Pour guérir de sa blessure, l’enfant grandie, gravement malade, trouvera un chemin de rédemption au-delà du bistouri : par la parole, sa parole recouvrée. Daniel Mesguich prête sa voix pour faire écho à « ce travail sur soi », qu’entreprend le personnage/l’auteur avec lui-même, son vécu, ses perceptions sensibles d’une réalité accomplie. Jade Lanza se donne entière dans son personnage. La mise en scène cède au recours de quelques artifices dans l’air du temps et sans doute inutiles. Mais ce spectacle est à la hauteur du propos-témoignage, tout à fait d’actualité, qu’avait délivré Marie Cardinale en 1975 dans son livre, et perçu par les spectateurs comme tel. La mise en scène, le décor chargent un peu trop l’espace là où un peu de dénuement serait bienvenu. Les mots sur les maux, le jeu des actrices sont suffisants pour porter, avec un certain optimisme le goût de la vie, la beauté du possible épanouissement d’un être humain. Malgré tout.

 

Patrick Pérez Sécheret

Poète-écrivain

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