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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

lettre au Père Noël

Publié le 18 Novembre 2016 par ruraledeprose

 

Je vous écris une lettre Monsieur le Père Noël. Oui, je suis un peu en avance, mais après vous serez submergé, et de plus la Poste fonctionne moins bien de nos jours.

 

J’ai vu votre maison et caressé vos rennes voici quelques jours, enfin je crois que cela était vrai. Je ne crois plus en vous depuis mes onze ans. Et pourtant, au grand malheur de la mort de mon père, Joseph Balthazar, succéda l’arrivée de ce train électrique tant attendu, avec ses gares, ses passages à niveau, les petits bonhommes figurines. J’en ai pissé sur moi de joie. Pourtant, Noël pour moi c’était foutu.

 

Rien ne pourrait remplacer à jamais l’odeur de tabac sur la gabardine gris bleu de papa, nos baisers du soir qui piquaient un peu sur ses joues creusées pour cause qu’il avait perdu beaucoup de dents à la guerre de 14-18 et que celles en or qu’il avait pu s’offrir, à la Belle époque grâce à ses combats de boxe professionnelle, avaient fondues pour survivre sous l’Occupation nazie et nourrir la famille.

 

Monsieur le Père Noël, je vous ai donc maudit des années durant et tout repas de festivités me semblait une épouvante. Il aura fallu la naissance de mes fils pour réapprendre ce moment merveilleux des cadeaux au matin, les yeux allumés de Thomas puis Jonathan puis Timothée. J’ai fait semblant des années jusqu’à ce qu’ils soient devenus grands et ne croient plus, à leur tour, en vous. Sauf Anakémi, bien sûr, qui est trop jeune et ne sait même pas qui vous êtes.

 

Chaque Noël par la suite fut pour moi un rendez-vous mortifère, un faire-semblant de bonheur en famille. A présent, les petits-enfants font leur Noël avec leurs parents et il en est bien ainsi. Noël est un moment de famille privilégié, même si l’invention de votre personnage en revient à un pasteur nord-américain qui publia au 18e siècle un dessin de presse avec un type habillé en rouge, à barbe blanche, qui conduisait un traineau…

 

L’image s’est imposée symboliquement, dévoyant un tant soit peu celle des Rois Mages et de leurs cadeaux apportés en janvier dans une crèche où se trouvait un petit Jésus, un messie annoncé par les écritures. On sait bien que ce Jésus n’est pas né un 25 décembre et que l’apostolat religieux a déterminé cette date pour en finir avec le culte de Mithra, le dieu taurobole né à cette date précisément.

 

D’ailleurs, grand nombre d’églises seront bâties non loin des anciens temples qui lui furent dédiés en des lieux de sources vives et de terres fertiles, non loin de fleuves ou de rivières que remontaient les soldats conquérant des terres. Même les étoles des curés rappellent les habits des prêtres des temples. Mais bon, tout cela est de l’histoire ancienne et tout le monde s’en fiche.

 

Reste donc Noël et l’objet de cette lettre qui n’en a pas. C’est une sorte de bouteille à la mer pour dire comment j’aime la vie, comment un seul être peut à la fois vous réconcilier avec la félicité et l’idée que Noël dans sa tristesse mélancolique peut être un moment de joie et de bonheur. Malheureux celle ou celui qui passe Noël en solitude !

 

Il y a tant de détresse à travers le monde, tant de gens enfermés, prisonniers, torturés, que c’est difficile d’imaginer un Noël gai où, entourés de ceux que l’on aime, on partage un moment de tendresse autour d’agapes élaborées.

 

Il faudrait se résoudre à ce partage, à cette grande clownerie publicitaire et mercantile et, à la fois, l’oublier dans la chaleur des siens autour de soi…

 

Monsieur le Père Noël, qui n’existe pas hormis dans les rêves des enfants pour quelques temps, vous demeurez un instant d’émotion, une trêve dans l’hiver des cœurs et ce n’est pas si mal.

 

On en voudrait que vous puissiez faire plus, qu’il n’y ait plus de guerres sur la terre, que la misère soit remisée au musée des antiquités avec tous les grands tyrans, tous les empires défunts. Bref qu’il fasse beau sur la terre même si ce n’est que pour les instants de pépites étincelantes qui jaillissent des yeux des enfants.

 

Voilà Monsieur le Père Noël cette missive bien inutile mais qui souhaite que sur la planète terre aucun de nous ne cesse de rêver d’utopie, que chacun laisse l’imaginaire construire du beau, du joli, du fraternel contre vents et marées.

 

Que ceux qui aiment soient aimés, que l’amour transcende toutes les pulsions de mort en petits pas des uns vers les autres, en petites gouttes d’eau qui feront, sinon des océans, de belles rivières sensibles.

 

18 novembre 2016 – copyright patrick pérez sécheret.

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