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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Prose testamentaire

Publié le 23 Août 2017 par ruraledeprose

 

Je lègue aux bègues mon élocution

Aux sourds mes deux pavillons de banlieue

Aux muets ma langue aux chats errants

A Dieu mes poches trouées

A l’amour mon cœur de bœuf au fenouil

Aux aveugles mes pupilles de myope

A la postérité mes chants d’oiseau flous

A l’Ardèche mes rêves évanouis

Je bazarde tout par-dessus bord

Ma barque à vivre sera mon caveau

Je ne conserve que les boutanches

Pour la route et l’ennui éternel

 

Je lègue aux astrolabes mes cartes de belote

De tarot et deux dés à coudre en or

Ma montre bicolore au singe du zoo d’Anvers

A Sainte-Anne ma Béatrice

Je flingue mon passé à coups d’aquarelles

A vagues que veux-tu sur la grève des mineurs

Aux ouvriers du labeur mes bas de casse

Et le porte-jarretelles bleu de l’enfance

Au vieux chien roux mon collier de nouilles

 

L’inventaire n’est pas parfait certes

Il manque des cravates de chanvre pour les désespérés

Des fleuves en rut pour les berges en chaleur

Des messes noires pour traduire l’évangile

Du marc de café pour trucider le présent

Des sœurs de charité sans empathie pour l’Islam

Des ruelles de Paris qui portent des noms d’assassins

L’envie assise à la croisée d’une maison close ouverte

Il manque le réverbère atone où la lune pionce

Des soldats de plomb et la pompe à vélo de Luce

 

Sinon je lègue tout j’évide mon monde fortuit

Je lègue mes rides à la postérité inutilement conne

Mes costumes de plumes au café du coin

Je pars nulle part sans doute ailleurs

Mais j’en connais le chemin de halage par cœur

La Grande Ourse me fera signe

Si je perds le Nord

La Grande Ourse c’est ma cousine germaine

Par la cuisse gauche de Dresde

Et le bras droit d’une rue de Bruges

Je ne peux pas me perdre

 

23 août 2017 – copyright patrick pérez sécheret.

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