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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Yanvalou/lyonel Trouillot

Publié le 19 Octobre 2009 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

"Je viens d'un tout petit village. Cela fait partie de choses que j'avais oubliées". Le décor est situé d'emblée. Le personnage est un autre, enfin celui qui s'est oublié. Mais Charlie va venir tremper sa vie et Dieutor se regarder dans la glace. Ce roman simple comme ruisseau, écrit avec talent, je veux dire, des phrases précises, coupantes de vie, ressemble à la photographie qui se révèle dans le bac dans l'intimité de la lumière rouge. Le labo ici est un homme qui a réussi. "Depuis mon départ du village, j'ai toujours joué pour moi (...). Les expériences n'ont pour moi aucune valeur en soi". Trouillot écrit aussi : "Je ne retiens des événements et des rencontres que la somme des procédés de construction de soi et d'autoprotection". Mais Charlie respire, saigne et Dieutor est bien enquiquiné de cette mémoire liquide. Et puis il y a le vieux Gédéon, cette église entre les gens, cet oncle de telle mère qui passe la solidarité comme un bâton de dynamite dans un monde abscon. Il faut lire ce livre intense, incandescent car plus que jamais, même si cela est inutile, "l'homme essaye d'aller vite. Il a peur du silence sur son épaule". Je ne sais pas le temps qu'il fait, là, maintenant, à Port au Prince mais je suis sûr que Trouillot est un grand écrivain.

(Actes Sud éditeur)
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logographes impénitents

Publié le 16 Octobre 2009 par ruraledeprose

Boire l’hysope tout seul ne siet pas, à moins de finir gommé au teint hâve en maison de retraite à étoile du mort.

 

Drame romain

Les féralies s’estompent et les oraisons funèbres sont jaculatoires. 14-18, 39-45...les épitaphes ont du plomb dans l’aile. La conscience humaine est dans la narse et toute supplication devient inutile. Dès lors que les morts s’oublient que pèsent les vivants ?

 

L’à propos d’une locution

Comme nous nous éprenions vice-versa, je m’étonnais qu’elle puisse entre ses cuisses retenir la gouille ni moi-même le sanglot de mon coeur en quenouille. La locution s’applique aussi recto-verso mais ça mouille pas pareil.

 

Exorde

Elle ne m’importait guère plus qu’une pipistrelle cévenole mais sa rimaye m’enchanta quand mon glacier s’y planta pour se réchauffer la hampe. Elle était volage et j’étais volcan : dissonants, la passade laissa à mes lèvres un goût de cendre. J’étais un codre désemparé sur l’océan fendu de larmes à mer.

  

Ironie du sort

Une béchamel c’est comme un lit sous décor. Mise au four ça frétille puis les corps se lassent, la faim passe dès le plat servi. En amour en serait-il pareil, la sauce prise, la passion serait déprise?

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l'espérance à poings fermés/patrick chavardès

Publié le 9 Octobre 2009 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

J’ai lu l’espérance à poings fermés, poèmes en prose de Patrick Chavardès (édition le limon, 9 impasse de l'Ancienne Prison, 71100 Châlon sur Saône). Nous ne sommes pas très loin d’une expression écrite, c’est à dire d’une conscience en prose. J’apprécie les mots, la logorrhée salutaire, à contre sens de la pensée formatée, cette humanité désuète et formidable à la fois, qui croit encore fondé le monde, par bravoure. Qui pouvons-nous, poètes, écrivants, écri-vains ? Une chandelle brandie, résistance de mots sur les maux, et après ? La poésie demeure sentinelle et, comme moi et d’autres, Chavardès logographe les choses en vers brisés comme la vie des gens. Nous serions donc d’une fratrie solidaire et fatiguée, debout mais lucide. Les poings fermés sont très noirs, très pessimistes avec quelques éclairs bleus comme on se raccroche aux épis de lin dans unchamp saccagé. C’est assez beau et vrai pour être lu et partagé.

Extrait :
Nouvelle fonctions
nouveaux organes
voix
regards
corps
clonés
sexe virtuel
profil citoyen

voilà votre cher silence
votre chère solitude d'aujourd'hui

Le reste doit s'effacer
nulle source bruire...

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drôle de magasin/Haddad

Publié le 5 Octobre 2009 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Drôle de magasin

Hubert Haddad

 

Ce n’est pas à proprement parler un livre ni un magasin des savoirs, ni une sorte d’encyclopédie savante et de force citations. Un roman, peut être, d’un genre nouveau qui nous rapporte des monceaux de vie, des personnages croisés, des sentiments, de l’émotion. Hubert Haddad a l’art et la manière de déposer en vitrine, dans une typographie réhaussée d’images, de dessins, de photographies, un assortiment du monde réel et du monde imaginaire. Le doux mélange a le goût du café-crème sur un vieux zinc, du petit blanc enfilé entre la jetée du filet de pêche sur ce bateau à moteur poussif. Un roman érudit et qui tient aussi de l’Almanach, d’enseignes de réclame, de dictionnaire de personnages du monde des arts et des lettres. Plaisant livre où l’on se promène comme dans un labyrinthe soigneusement agencé, sans véritable issue de secours mais avec opercules, la plume trempée de soleil, de confraternité avec la prouesse de la main dont les êtres humains sont capables pour dire l’univers dans le quel ils demeurent de petits grains de sable utiles et solidaires. Ce livre est une récréation dans la création, dans ses formes d’expression et, bien évidemment, la littérature, la poésie, prennent la part du lion. «La lecture d’une image suffirait presque à nourrir un roman». Daumier est du voyage, Hugo aussi, Gustave Doré et Moreau. Et pour cause, Haddad dit que tout naît de tout, d’un rien même, une image, un froissement de tissu, et qu’il suffit d’écrire pour être un écrivant. Haddad ouvre les portes du jeu, du je et un nous-vous devient dans ces papillonneries un périple éblouissant qui nous mène au poème malais, l’alchimie de Flamel, les lettres de Kafka à Félice.... un transbordage universel, un livre ? Un roman d’amour, un jeu d’adresses. Haddad est finalement peintre et picore dans sa tête, dans ces bibliothèques froides où la vie palpite en sourdine, et nous restitue un mémorial étonnant, un exercice de style magnifique.

                       

Patrick Pérez Sécheret

Le Journal des écritures n°9

Le Nouveau nouveau magasin d’écriture, Hubert Haddad, Zulma éditeur.

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