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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

la retirada, joseph bartoli

Publié le 10 Décembre 2009 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Le récit de Laurence Garcia retrace l’exode et l’exil des républicains espagnols. Il est accompagné de dessins de Joseph Bartoli, acteur et témoin de la République et de la Retirada qui suivit la défaite, de photographies de Georges Bartoli. Un livre émouvant, cruel et nécessaire. Sa cruauté est puisée dans l’histoire récente de l’Europe. Cruauté à jour de l’impuissance des Nations, de la Non-intervention, cruauté du traitement infligé aux vaincus d’une démocratie légitime et légale, cruauté de l’inaction ainsi donc, de la division idéologique des fronts populaires face aux armées fascistes. Le livre est majestueux d’héroïsme, d’abnégation, de courage dont les hommes sont cependant capables, pris dans un tourbillon de circonstances et de lâchetés. Un livre d’histoire et d’histoires, livre-objet, offertoire de vies brisées par la guerre civile et que les yeux dévorent, sans compassion pour les bourreaux, leurs commis de l’Etat français préfigurant les camps sur ses plages, les déportations, la torture. Un livre douloureux qui enseigne et qui percute la mémoire de l’Europe, qui s’inscrit contre l’oubli et les interprétations lénifiantes de la guerre d’Espagne. Ce qui se passe après la victoire mécanique de Franco et de ses alliés est au coeur d’illustrations graves, grouillantes de précisions, que les mots supportent sans embage. Un livre-film contre l’oppression, agissant en piqûre de rappel du sacrifice des vaincus, de leur espoir bafoué à la Libération qui ne franchira les Pyrénées que 36 ans plus tard, soldats-résistants antifascistes perdus dans un a-venir sans parole tenue, sans autre horizon que la pire des prisons : l’exil. L’épopée des républicains, épaulé par des brigades internationales est tracée ici en sillon durable, indélébile et je le dis sans fioriture. Les photographies de Georges Bartoli ne sont pas d’Epinal mais une géographie vivante et porte voix d’un grand soleil rouge jaune et violet noyé dans le sang et la trahison. Le temps ne jette pas ainsi son manteau sur ces vies laissées des décénnies en marge de l’Histoire et d’une juste réparation même si celle-ci doit se produire sur des tombes. Les enfants, les petits-enfants des Républicains espagnols ont le droit de savoir, pour que leurs morts dans la dignité ne soient jamais zappés du présent de l’histoire de l’Espagne, nos enfants, nos petits-enfants d’Europe aussi, pour prémunir l’avenir contre toutes les forces d’asservissement. Joseph Bartoli a gravé dans ses dessins le noble combat républicain et l’ignoble exode : ils sont le pouls de ce livre à tenir à portée de main car si demain l’histoire et la géographie sont censurées dans nos lycées, il y aurait doublement à se soucier de l’enseignement que porte cet ouvrage et urgence à le faire lire.

 

La Retirada, Actes Sud BD

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SEVEN, la belle ouvrage de mister Robinson

Publié le 7 Décembre 2009 par ruraledeprose

Ce peintre fait songer à Goya, ce besoin de dire le réel d’époque, la même douleur mais sans gibet, à Daumier aussi mais les personnages de Nigel Robinson, artiste peintre, s’ils existent sont des inconnus, madame, monsieur tout un chacun. Les portraits sont des tranches de vivre, des gens croisés, revus au prisme de l’encre,  tels quels, témoins transfigurés, embellis de leurs propres traits. Nigel se frotte aux poètes, la typographie l’intéresse cursive, incurvée, à l’ancienne en plomb tombé lettre à lettre. Une oeuvre en naît, un ouvrage : SEVEN, tout simple et beau de brute tendresse, en gravures couronnées de petits poèmes de Jean Pierre Lemesle. L’idée vole, le soleil brille, l’anodin repire le printemps, les mots, les gravures dialoguent. Les deux compères ont produit une oeuvre, un signe, un appel du pied au bonheur. Un grand peintre, un beau poète nous donnent ainsi un livre d’art sans prétention mais talentueux, animé de rêve cosmique, de terre vierge, de petits êtres qui parcourent une planète ivre, le coeur immense. L’exposition n’a duré que trois jours dans l’atelier de Nigel à Vitry-sur-Seine, mais on pourra la voir ailleurs bientôt jusqu’à épuisement de l’oeuvre dans l’attente d’un nouvel enfantement. Il est urgent de se presser si l’on souhaite acquérir une eau-forte ou le coffret car ce tirage unique, réalisé sur les presses du graveur Bo Halbirk à Paris, signé par Jean Pierre Lemesle, poète et Nigel Robinson, peintre, est composé de 7 gravures eaux fortes numérotés chacune de 1 à 7, réunies dans un coffret bois (réalisé par le peintre lui même) et tirées à 7 exmplaires, 7 gravures eaux-fortes numérotées chacune de 8 à 14, tirées à 7 exemplaires. Ce projet a été soutenu par les ateliers Demaille à Alfortville.

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