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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Boltanski, une escroquerie?

Publié le 5 Février 2010 par ruraledeprose

Deux expositions méritent le détour, l’une au Grand Palais à Paris, l’autre au MAC/VAL à Vitry-sur-Seine. Avis contraires, impressions diverses, engouement ou perplexité, émotion ou pas, les installations de l’artiste ne peuvent laisser indifférent. L’art contemporain est un miroir de l’appréhension d’une époque par un créateur, sa visée du donné à voir, sa perception sensible de l’Humanité. Ce qu’il donne à voir précisément peut dérouter, plaire, tendre à la beauté, friser l’escroquerie. Il n’en demeure pas moins que l’oeuvre se suffit à elle-même et signifie pour celui qui la regarde un renvoi vers sa propre histoire, son propre vécu individuel ou collectif. Chacun ne perçoit pas pareil un amoncellement de vêtements, des cubes de plastique noir ficellés, chaque émotion ploie l’esprit entre rejet, blessure, plaisir, car l’oeuvre évoque aussi autre chose que l’artiste y aura mis. Faut-il lire alors avant de voir, les articles de presse, les fasicules sur la démarche de l’artiste, sa façon de dire quelque chose ou non d’ailleurs, pour comprendre, aimer ou détester ? Chacun aura sa démarche. Le parcours de Boltanski, sa renommée, me donnent à croire que Avant et Après sont lourds de sens. J’y ai senti l’idée de boucle, un lien empreint d’imago : l’holocauste d’hier et celui d’aujourd’hui, la naissance enfantant inéluctablement la mort, l’amour la défaite du désir, l’appeau de vivre rendu à son dérisoire, l’architecture réduite aux seules colonnes ou blocs restés debout après le cataclysme, la défaite de la sagesse. Certes, je n’ai pas ressenti d’émotion à proprement parlé ayant commencé par l’installation au MAC/VAL. En sortant, un malaise perdura entre interrogations et sentiment confus d’assister à une exposition pour rien. Je veux dire, une de plus. Me disant, l’artiste avait-il besoin d’elle pour achever une consécration déjà avérée, avait-il besoin d’argent, n’y aurait-il pas lieu de donner leur chance à des artistes moins connus, les galiéristes font le marché de l’art, Sotheby les prix... Ce mélange m’incita au recul, à laisser du temps à ma perception de l’oeuvre de Boltanski. Et après tout, qu’importe mon impression de celle-ci. La contreverse est normale sur toute oeuvre. Une oeuvre qui ne déplairait pas et ferait l’unanimité aurait-elle plus de talent qu’une autre. On se persuade donc, parfois, d’être passé à côté de quelque chose d’important mais l’on se rassure en préparant la visite d’autres expositions. Elles ne manquent pas et nombre d’entre elles, confinées certes dans des lieux qui ne font pas l’objet, ni les exposants, de pages entières dans la presse pour exprimer les mêmes choses et confortant la pensée unique croissante, contribuant à l’idée dominante que les files d’attente devant les musées c’est bon pour la démocratisation de l’accès culturel, que des foules allant voir la même exposition appuyée par l’ensemble des medias, etc, donc, ces lieux sans grande publicité méritent le détour : on y découvre des oeuvres et des artistes bien souvent dans l’indigence (ils n’ont pas réussi à vendre, le marché veut des valeurs sûres) même s’ils ont du talent et sont représentatifs de l’art contemporain. Comme le dit Jean L’Anselme : l’art c’est pas cochon. Mais le prix du travers n’est pas celui du filet mignon.

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Haïti song

Publié le 4 Février 2010 par ruraledeprose

Néo-colonialisme

Il a lu les journaux. Le Gouverneur de la rosée à mal au coeur en ce soir d’ombres et de décombres, voici que le peuple est nu d’une nudité cruelle, voici que tout commence que tout doit être dit une bonne fois aux manieurs de bonneteau, que l’époque des loups, des tontons coupe-coupe doit prendre fin, qu’il faut tourner la page. Haïti n’est pas venu à ce chaos simplement de la terre qui tremble, on sait de partout construire pour résister aux séïsmes de la nature. Haïti n’est pas un simple peuple mais un peuple prince du dénuement où résonnent les noms de Toussaint-Louverture, de Jacques Roumain, de Lyonel Trouillot, de tant d’autres frères et soeurs témoins. Haïti est un grand peuple de l’histoire de notre humanité, l’histoire de l’émancipation humaine, de l’abolition de l’esclavage. Le Gouverneur de la rosée a la migraine ce soir pour l’amnésie française, ra rapacité de vautour sur l’île. Il faut un inventaire républicain et solidaire. Le pays des lumières doit regarder et voir la douleur en Haïti avec respect, à égalité, l’aider à reconstruire sa souveraineté. Le Gouverneur de la rosée, parmi les gravats, veut croire l’espoir en chantier.

 

 

Le Gouverneur de la rosée de Jacques Roumain, roman.

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