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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

guerre d'Algérie : Des Intrus dans le jardin du Bey

Publié le 7 Mai 2010 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

J'ai lu ce récit deZohra Mahi, il y a quelques jours entre Arras et Paris. Je venais de passer la journée avec l'auteure au 9e salon du livre d'expression populaire et de critique sociale. Zohra est mesurée, elle raconte précisément ce que fut la vie d'une adolescente en Algérie française pendant ce que l'on nommait en métropole "les événements d'Algérie". Zohra est musulmane, elle reçoit son lot quotidien comme une épreuve et voit autour d'elle celles et ceux qui prennent parti d'un côté ou de l'autre, s'accommodent du présent, en profitent ou en meurent de leur courage révolté pour l'indépendance des indigènes. Des gens simples défilent, vivent ou revivent sous la plume de l'auteure. Il s'agit de son propre récit autobiographique, un livre sans concession pour ceux qui n'ont pas compris que devait sonner la fin des colonies et de faire suer le burnous. Zohra avance les jours, témoigne avec dignité d'un monde encore proche à nos mémoires, à une mémoire commune à nos deux peuples. L'Algérie était loin, des familles, des mères, des épouses, des pères, des progressistes, demandaient le retour des appelés, la fin de la torture et d'une guerre qui ne disait pas son nom. Des communistes français avaient témoigné. Un peuple d'arabes, de kabyles, se dressait pour en finir avec ce rôle social inférieur concédé à une peuplade inculte ne méritant que des missions subalternes d'esclave sur un territoire qui était pourtant celui de ce peuple algérien. Zohra, blessée dans sa vie, son enfance, nous livre son simple témoignage, sans haine, plein d'anecdotes émouvantes,mais en restituant des vérités utiles sur une époque, des événements qui demeurent une guerre d'indépendance et de libération. Les instruits comme les illétrés étaient dans ce conflit des deux côtés (mais surtout de gauche) les acteurs donnant de la hauteur, du sens aux exactions qui dans une guerre, toute guerre, existent. des deux côtés Zohra souligne à bon escient le rôle des femmes dans ce combat libérateur tel qu'elles l'ont joué sur la vraie scène de la vie. Zohra Mahi nous fait prendre en compte une guerre pour ce qu'elle fut. Je ne peuxt pas tout à fait partager certains propos de l'auteure, sur les harkis notamment, car les collabos magré eux existent aussi et partout, le drame demeure que certains font ce qu'ils ne sont pas obligés de faire en terme d'atrocités.  En France, on a parqué les harkis, on les a laissés pour compte dans la précarité et l'exclusion. La France est donc honteuse sur tous les tableaux de cette guerre : pour la torture et le reste (je pense aux essais nucléaires et aux séquelles encore actuelles mais aussi au sort des algériens morts pour la France lors de deux guerres mondiales, aux tirailleurs algériens qui ont libéré Toulon...) Ce livre clair est bien écrit et j'invite à le lire pour comprendre ce qu'une adolescente algérienne colonisée pouvait ressentir et vivre alors dans sa chair et son âme. Zohra a bien fait de squater la piscine interdite aux indigènes, ce fut un acte premier de résistance. Le Jardin du Bey, saccagé, est libre aujourd'hui et l'Algérie a retrouvé sa dignité et l'avenir est entre les mains de son peuple.En écrivant de par et d'autre des deux rives de la Mediterranée de nouveaux chapitres, se rappeler des vérités d'hier a toute son utilité publique.

 

 

Les Intrus du jardin du Bey, une enfant dans la tourmente de  la guerre d'Algérie, Les Points sur i éditeur.

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