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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Utgé-Royo revisite Léo Ferré, l'Amapola du coeur

Publié le 23 Novembre 2010 par ruraledeprose

 

Au coin du bois, oui, je l’attendais au coin du bois hier au soir, l’humain qui chante, et je n’étais pas le seul. Interpréter Léo présente quelques inconvénients. On ne chante pas comme Léo, ni L’Affiche rouge, ni le Tango espagnol, ni même Mon Général. Léo avait sa voix, son coffre, sa force et, bien souvent, un piano suffisait pour porter les mots, les chants de revendication ou de mémoire, d’amour, qui restent les plus beaux. (Parfois même a capella comme ce fut le cas voici trente ans à la salle des fêtes comble de Savigny-sur-Orge où le grand frère était venu nous voir pour le 1er Festival de poésie). Poésie, voilà le mot des communions de lutte et de fraternité, des chants-sons de liberté, la rime alerte, en éveil contre toute indignité.

 

 

Serge revisite Léo donc, s’appuie sur les textes mis en musique, ceux de Louis Aragon, ceux de Léo Ferré. Mais à la différence des plus grands qui ont interprété ces chansons choisies, Serge recompose la texture musicale, l’amplifie, l’arrange pour que tout cela reste du Utgé-Royo. Il est aidé par Léo Nissim, maître d’oeuvre de l’orchestration, magicien du clavier, et c’est beau. Tous les musiciens sont superbes et ça flambe, ça fleure bon la Révolution, le refus de l’oubli des camps où les Républicains espagnols furent parqués comme des animaux. Sait-on qu’à l’école, à l’époque, on soulevait le manteau des enfants pour voir, si par hasard, ne se cachait pas une queue de  diable ! Voilà, le passé ne meurt pas, les générations venues ont le droit de savoir où sont les morts, dans quelles fosses communes à la va-vite du franquisme et de l’Opus Dei. Voilà, avec Serge, nous ne nous tairons pas, on ne nous fera pas taire ni sur hier ni sur l’aujourd’hui où couvent de nouvelles cendres déguisées en monarchie républicaine. Beau, c’est tout. Utgé-Royo fait du bien. Entendre Les Anarchistes donnent toujours du frisson et une certaine amertume même pour un communiste, Madame la Misère a toujours du boulot, bref, nous sommes un peu tous des indiens dans les réserves carcérales où l’on nous tient ou voudrait nous tenir. Ouvrir sa gueule en chanson, oui cela peut être beau et puissant, salvateur. Merci Serge, merci à L’Européen d’accueillir des chansonniers sans fil à la patte, sans dieu ni maître. Oui, les Amapola sont fragiles, mais rouge, avec la douleur du sang versé, moucheté de tout-petits drapeaux d’espoir et qui vibrent à l’infini du sens de l’humanité.

 

Patrick Pérez Sécheret

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Anna Aaron, le rock and blues comme j'aime!

Publié le 22 Novembre 2010 par ruraledeprose

Contraste de la silhouette à priori frêle ou fragile de cette interprète et musicienne que je découvre et son chant corrosif, à larges registres. Anna Aaron envoûte en crechendo, embrase, séduit. Présentée à Chambéry lors du festival Trans-Voisines en novembre, Anna a tellement subjugué le public, fort sage pendant son tour de  chant, que ce  dernier s’est enfin lâché pour des rappels successifs enthousiastes. Il y a dans son clavier, sa voix, quelque chose de Jeff Buckley, de Magma..., de purs moments d’harmonie douce qui glissent entre des tempos durs, entre révolte de mots et de sons et symphonie d’oiseaux. Les moments de solo, clavier compris, sont une pure merveille. A découvrir sans tarder surtout ens scène et en CD, hélas trop menu...

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Rousseau Jean-Jacques à Chambéry (carte postale)

Publié le 15 Novembre 2010 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

De passage en Savoie, en promeneur solidaire, mon périple d’amitié m’a permis de découvrir la vanité de quelques personnages fades et, donné le goût utile de relire Jean-Jacques Rousseau. Sans revenir ou dévoiler ici ce que fut l’aventure de l’érection d’une statue dédiée à son oeuvre littéraire et révolutionnaire, je m’attarde simplement à retracer ma promenade dans cette ville qui respire l’Italie. Il y a pour sûr une histoire de statues, ici comme ailleurs, celle de Jean-Jacques donc, qui après avoir été dressée fut cassée aux pattes par les héritiers de l’Action française, des anti-dreyfusards nostalgiques, et qui se trouve à présent à la sortie de la ville sur la route qui monte aux Hauts de la ville, à la ZUP. C’est dans un virage à votre droite, un belvédère inaccessible constitué d’une pelouse sur laquelle la statue du philosophe en pied contemple la ville ou plus exactement la montagne en face. Tout semblerait pour le mieux, l’herboriste dans son élément, en marche avec sa canne pour une ultime balade champêtre, la capitale savoyarde rendant hommage à son illustre visiteur et habitant quelques années la maison des Charmettes à l’enseigne de Madame de Warrens, son hôtesse et initiatrice en amour... De fait, il n’en est rien, car à quoi sert cette statue d’hommage, perdue, presque cachée, isolée, à moins qu’à pédibus on se risque sur la route... A pas grand chose donc. Alors on continuera à grimper jusqu’à cette ville hors la ville dans la ZUP des Hauts de Chambéry. On pourra m’objecter que Rousseau sert de trait d’union entre la basse et la haute ville, réconcilie tous les citoyens chambériens... peut-être, et que, à soir tombé, les autobus qui desservent le haut deviennent aléatoires... sans doute le no-man's land de sous-bois n’incite guère aux sorties nocturnes... Bref, on redescend vers la ville basse et on se rend à pieds au château pour prêter un oeil à la statue de style pompier, pré-soviétique ou post-nazie, d’un certain personnage des belles lettres auquel on a d’ailleurs donné le nom à une voirie aussi, une statue de maître bien que celui-ci n’aie pas laissé de souvenir marquant à la Nation française ni à ses ex-colonies, ni même à ses rapatriés de l’Empire. La scolastique ne paie plus. Passez donc à la visite du vieux Chambéry, sans regret, et arrêtez-vous dans un bistrot boire un verre d’Apremont à la santé de Jean-Jacques dont on va fêter le tricentenaire de la naissance sous peu.

 

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Pour un ignorant, amoral, même pas français ni savoyard, et audidacte, c’est un coup de maître, non ? J’oubliais, visitez les Charmettes, la maison où vécut et écrivit quelques temps l’un des plus contemporains écrivains du 18e siècle. Il y puisa de l’énergie selon les saisons, dans les jardins en paliers qui lui offrirent l’inspiration, la réflexion, éveillèrent son appétence pour les choses de la race végétale, l’écologie avant l’heure... Une maison-musée avec justement une exposition (jusqu’au 31 décembre prochain) à propos de « la guerre des statues » qui relate les péripéties de la statue de Jean-Jacques réalisée par Mars-Vallett et inaugurée à l’occasion du cinquantenaire du rattachement de la Savoie à la France... Après quelques pas dans les jardins vous aurez envie d’une lecture ou relecture d’utilité publique, de salut public, Vous aurez le choix entre Les Confessions, L’Emile, Les Rêveries d’un promeneur solitaire... La belle Chambéry vaut le détour assurément et rendez-vous en 2012 pour fêter la naissance de Monsieur Rousseau Jean-Jacques au pied de sa statue, sur la pelouse. Je vous y donne déjà rendez-vous. Après notre forfait nous pourrons aller casser la croûte à Corbel dans le massif de la Chartreuse à l’auberge Thimelet.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

L’illustration reprise ici est empreintée au dépliant annonçant l’exposition de Christine Crozat « à pied d’oeuvre », abritée aux Charmettes en judicieux prolongement de la statue et emboîtant le pas du philosophe avec poésie et délicatesse.

 

 

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