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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

place Stalingrad, Paris.

Publié le 29 Juin 2011 par ruraledeprose

Je voulais juste passer le bon jour

vous faire sourire un peu

ce n’est pas contagieux

 

je voulais juste passer le bon soir

qu’il soit bleu et sème

des vers d’amitié

au comptoir des gens qui s’aiment

allument une chandelle

dans le noir

 

je voulais juste de la pointe du pied

pousser la porte au dehors

voir mourir l’horizon

 

29 juin, Place Stalingrad, Paris.

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il est minuit et je vous entends...

Publié le 3 Juin 2011 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Dominique Ottavi est auteur, compositeur, interprète, écrivain, conteur et poète. Il s’exprime en français et en corse. Il est minuit et je vous entends vient troubler nos certitudes, bousculer nos nostalgies d’une petite fenêtre ouverte sur l’intime, sur ce que tout un chacun de voir et n’entend pas lorsque l’artiste conteur est sur la scène de sa propre vie. Je dis intime car nos parts de rêve et d’utopie, notre saga familiale, nos amours, pèsent lourd sur notre chemin d’en vivre. Dominique en sait quelques plaies.

 

On en sort blessé, grandi, ébloui, plus humain. Et Dominique ouvre avec ses mots et ses phrases vraies, son coeur amapola à chacun de nous. La fraternité roule ses déliés, la typographie flamboyant, ses sanglots, ses bleuitées au fil des pages, nous rassure à propos de nos désespérances qui se confortent en action phonologique au détournement de la peur, du malheur, on recouvre une dignité, une fierté humaine. Je vous laisse lire ce poème-roman ruban défilé de  couleurs et d’odeurs : « Je me suis lancé des défis, j’en ai remonté des plaines (...) En haut de la falaise je n’ai plus eu d’alibi ». Livre décousu qui tresse pourtant la belle chose des rencontres, des croyances profondes en étendard. « Emporté par la lumière qui jaillit de lui, il se met debout, debout face à la vie, bras en croix, il tourne le dos à la falaise de sa souffrance ». On imagine sans peine la postière aux yeux ciel comme ceux de Maloë et rien, rien n’altère la soif de vivre, d’en dire contre-vent la contradiction, l’entre deux de mourir, on y viendra somme toute, et de vivre autrement, à l’écoute, à l’esbrouffe de soi et des autres, du vrai soleil de la non-résignation au bordel du monde. « Ton dieu, il savait l’harmonie du monde au travail de son jardin. Diable ou mort, il regardait passer les saisons ». L’enfance à nu, l’amour, sont ici confession, harmonie : « une main nue manque ». Elle est tendue, nous la tendons avec Ottavi et Beloeil à travers l’embrasure sublime de la couverture de Libissi. Il est bien minuit et on vous attend... pour une part de rêve ou de vrai, pour de faux, pour de vrai...

 

 

Patrick Pérez Sécheret

 

Il est minuit et je vous entends, Amapola éditeur, Ajaccio.

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Le Voile se lève... soyons patients...

Publié le 3 Juin 2011 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Notre système de santé est en crise et patients et soignants en supportent les conséquences. Cadre de santé, infirmière, Françoise Charnay Sonnek ne tire pas ici un énième signal d’alarme mais exprime à sa façon un vécu confronté au seul critère de la rentabilité hospitalière. Tout d’abord, le titre du livre, nous renvoie aux hospices d’antan. Les malades, les mourants étaient confiés aux soeurs de charité dans ces lieux d’accueil et celles-ci portaient le voile. L’auteur raconte ce que furent les soins, notamment aux indigents, comment l’hospitalier est devenu un service public et les difficultés auquelles celui-ci est confronté aujourd’hui dans l’exercice de ses missions. Françoise Charnay Sonnek dit ce qu’est le métier d’infirmier, les obligations imposées par l’Europe du tout marché, la rationnalisation financière, nous parle de l’être humain et de l’écoute si indispensable pour confronter la maladie et la mort. Elle dit simplement, sans effet de manche ni slogan, l’état d’un métier essentiel. En lisant ce livre, me revint à l’esprit un autre livre témoignage poignant paru voici quelques décénnies, celui de Madeleine Riffaut « Les Linges de la nuit ». Journaliste à l’Humanité, embauchée clandestine dans les hôpitaux, elle publia ce reportage sur la situation de ceux-ci et les conditions de travail des personnels. Françoise se situe d’emblée sur le même terreau, la réflexion portée sur le bulletin de santé de notre société, la manière dont s’effectuent les soins et comment avec quels moyens humains, sur le statut des soignants autant le corps malade que l’esprit du patient ce qui importe fondamentalement dans l’accompagnement de la maladie. Un livre humaniste en diable où la soignante-patiente vit elle-même les deux situations et la douleur. Elle insiste sur le rôle de la parole, du dialogue entre patients et soignants, ce médicament indispensable et qui ne coûte rien pour le marché. « La parole est liée à l’humanité, c’est elle qui la différencie de l’animal ». Elle parle aussi du « care » qui ne rime à rien en français mais insiste sur le sujet atteint, malade, dont il faut prendre soin, livrer des soins au-delà de l’objet du corps : « le relationnel demande une autre implication de soi (le soignant) au-delà du simple geste concret (donner un cachet, rajuster un compte-goutte) et il est fréquent que l’encadrement ne le valorise pas », plus faute de personnel, de budget... « L’infirmière est  le soignant qui passe le plus de temps au lit du patient (...)Son rôle ne se limite pas à la seule exécution des prescriptions médicales, aux soins techniques ». Et, il faut des compétences pour cela et considérer que « ce qui est fondamental pour une société c’est l’éducation et la santé ». Françoise nous rassure : « c’est par la santé que l’être humain est en vie (...) Il n’en reste pas moins vrai que l’une des conditions est un retour à des valeurs recentrées sur l’être humain faisant émerger une société qui n’est pas régit par l’argent mais qui utilise l’argent pour se gérer ». Santé publique, vous avez dit santé publique Françoise et vous proposez de recibler sur le « au service des patients et non à celui de l’argent Roi... ». Une urgence sanitaire, sociale et morale. Vous dites les choses avec calme, d’une écriture précise et talentueuse, on vous écoute avec un certain respect, oui, il s’agit bien de soigner notre société d’êtres humains.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

 

Le Voile se lève, Les Points sur les i éditeur.

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