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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

pensée du jour : voyez-vous...

Publié le 24 Février 2012 par ruraledeprose

Voyez-vous certains jours

je joue

j’astrolabe

mes navires s’échouent

sur des terres insensées

d’amour

de cymbales

 

Certains jours voyez-vous

je grandis au-dedans

j’arpente des mondes

de fer et de sang

je sonde

l’élan

de mon coeur fou

 

Voyez-vous Dume m’attend

au bar à vins

à Ajaccio

des rimes pures

pleines les mains

du vent l’épure

 entre les dents

 

Certains jours voyez-vous

j’astrolabe

je cloue

mes rêves

au totem des syllabes

j’avance en sève

je me dénoue

 

J’ai tant d’amour

à moindre larme

à moindre sou

des tout-en-couleur

des modestes

pour des clous

et le reste

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Claire Lise : chansons de tendre violence

Publié le 17 Février 2012 par ruraledeprose

Coup de coeur pour cette chanteuse, auteure-compositeur, qui était sur scène le 16 février à Gare au Théâtre. Elle apparaît d’abord un peu fragile, faussement un peu gauche et dès les premières notes de musique, on sait qu’il va se passer quelque chose. La voix est portée en souffle avec justesse, accompagnée du corps. Oscillant entre humour et gravité, tantôt moqueuse ou suave, Claire Lise joue vous happe dans une intimité toute relative, retenue où se mêlent de brefs reportages sur l’état de nos maux : nos vacances de riches chez les pauvres, la dame morte chez elle (Je suis morte) et dont tout le monde se fout, la féministe qui arpège son droit au désir et au plaisir... On emporte les chansons longtemps dans la nuit, les mélodies teintées de rock. Claire est forte et belle, une artiste qui mérite du genre humain et reçoit les hommes en sa chambre rouge avec talent, fougue et désinvolture. Un bol d’air salutaire.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

Champagne et tralala, CD 2006, suivi de La Chambre rouge.

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Vous avez dit civilisations ?

Publié le 9 Février 2012 par ruraledeprose dans politique

 

Sarkozy dit qu’il va « mettre le treillis », faire une campagne « Biltzkrieg », contre qui ? Avec Merkel ? Pour quelle guerre ? Guéant déclare que « toutes les civilisations ne se valent pas. » Nous en sommes aux propos et discours guerriers qui ne voient de solution aux problèmes que le recours à l’affrontement. Il en fut ainsi de tous les temps notamment en Europe. Cela fait assez froid dans le dos. On va d’ailleurs rééditer Mein Kampf en France sous forme pédagogique ! Chercher l’erreur de casting. Dans le même temps les intégristes de tout poil (catho entre autre) nous conduisent à deleature, imprimatur : retrait d’affiche de film, manifestations contre un spectacle théâtral...). La liberté d’expression et d’opinion, de création devrait être codifiée ! Pauvre monde réduit aux idoles ! Refusons ces audatafés, leur tentative, et justement dans le respect des opinions, des philosophies politiques ou religieuses, respect de la liberté de création et d’oeuvres qui dérangent et par bonheur car cela gêne, incite au débat d’idées, à l’esprit critique...

Les serrés des fesses et des idées formatées, les idéologues totalitaires, soumis aux dogmes, ne savent que vouloir interdire dans leur suffisance confortable d’embrigadés mentaux. Suffit leur morgue qui ne relie pas les hommes mais les sépare, les dresse les uns contre les autres, suffit la morgue des religions qui ne pensent qu’en rond, soumise au prêt à porter rituel, à mourir aux Croisades s’il faut bien pour une vérité qui n’est révelée que par des hommes aux hommes. Etre agnostique est défendre l’espace public et laïc et donc les religions pour peu qu’elles demeurent du domaine privé, du libre arbitre personnel.

 

Patrick

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Résistantes de Corinna Von List, à offrir aux hommes le 8 mars!

Publié le 2 Février 2012 par ruraledeprose

Le livre de Corinna Von List est un hommage mérité, justifié aux femmes de la Résistance, secrétaires, assistantes sociales, fabricantes de faux-papiers, de journaux clandestins, passeuses de messages à travers l’hexagone, femmes de prisonniers de guerre, femmes au foyer pourvoyeuses d’armes et de munitions...

 

Un ouvrage précis, limpide qui surligne avec force le rôle essentiel, irremplaçable des femmes dans la Résistance. Sans aucun doute le premier a consacré ce rôle. Personne en effet, globalement, ne les a glorifiées. Quelques rues portent leur nom, certaines sont connues pour avoir témoigné ou écrit sur leur propre expérience sur cette période. La majorité d’entre elles ont payé cher leur engagement quotidien dans ces réseaux obscurs, dans l’espace public investi qui servait de planques, nombre d’entre elles l’ont payé de leur vie, ont subi une répression sauvage exerçée par les nazis et Vichy.

 

Résistantes encre et ancre dans l’histoire l’histoire réelle de la Résistance, les gestes quotidiens dont parlait souvent Lucie Aubrac, allant du reprisage de chaussettes au maquis, au portage de tracts, de papiers falsifiés, d’armes, aux quatre coins du pays. Corinna Von Litz a ouvert des archives utiles malgré le peu de collaboration de la part de la justice française dont les portes restèrent fermées à ses investigations.

 

Que dire des embûches, des demandes de dérogation spéciale à effectuer par l’auteure afin de consulter (et juste de consulter) les dossiers d’archives! Comme si l’omerta sur le rôle des femmes correspondait à « l’idéal de la mort en héros ou en martyre de la résistance militaire » et lui seul, et donc masculin. Le livre dit cela clairement, qu’elle demeure « dans la représentation classique de la société » et de la Résistance. « Si bien que jusqu’à ce jour cérémonies commémoratives et travaux historiographiques ont presque toujours relégué au second plan les missions remplies par les résistantes. »

 

L’auteure recevra à juste titre en 2006 le prix Guillaume Fichet-Octave Simon, prix décerné par un jury de scientifiques et d’anciens résistants sous l’égide du Haut Conseil Culturel franco-allemand. Corinna Von List, universitaire, chercheuse à l’association pour des études sur la Résistance intérieure de Paris, livre les preuves que ce n’était pas qu’une histoire d’hommes. Les brefs portraits à partir de faits constatés donnent un visage à ces femmes courageuses qui assumèrent un secrétariat permanent des réseaux de résistance, à la machine à écrire souvent dans un placard pour amortir le bruit... Les secrétaires furent très vite suspectes.

 

Une circulaire de mars 1941 stipule : « Les sténodactylos n’attirent pas l’attention sur elles lorsqu’elles polycopient des tracts sur la machine ou lorsqu’elles achètent du papier pour les fabriquer... ». Ces bureaux du renseignement, fondamental contre l’occupant et la collaboration, comptaient si possible des anonymes, et, parmi elles Cécile Tanguy qui tape tous les rapports dans sa penderie relatifs à l’Organisation secrète que dirige le futur colonel Rol-Tanguy, son mari. Ce ne sont pas des anecdotes mais des pages d’histoires. Ainsi, « l’imprimerie destinée à la fabrication des formulaires et des timbres falsifiés (pour réaliser de faux-vrais papiers) se trouve rue de l’Université à Paris, dans l’appartement de Mme Michaut alias Françoise de Rivière. »

 

 Les services sociaux sont aussi aux avant-postes dans l’entraide quotidienne clandestine, car l’on manque de tout, il faut pourvoir à tout. « Si les missions principales des services sociaux sont les mêmes, dans les camps gaulliste et communiste, il existe toutefois des différences, tant dans leur genèse qu’au niveau de leurs activités secondaires. La résistance gaulliste ne commencera à établir ses services qu’en 1942, sur l’initiative de Berty-Albrecht, deux ans après la résistance communiste », notamment avec le Secours populaire et les comités féminins de l’Union des jeunes filles de France que dirige Danielle Casanova. Ainsi, ces comités, peu à peu, dirigés par des femmes dont Marie-Claude Vaillant-Couturier et Anne-Marie Bauer, dès 1941, notamment dans les usines, lanceront « des appels à l’intention des femmes, les invitant à apporter une aide financière aux réfractaires et à la branche armée de la résistance communiste, les FTP. »

 

Cet ouvrage restitue par ailleurs le rôle des femmes dans la chaine logistique de fabrication et de diffusion de la presse clandestine, qu’il s’agisse de Geneviève de Gaulle, de Louise Weiss... Dans le camp communiste les tracts et journaux destinés à un public féminin sont rédigés par des femmes. Ainsi « Femmes d’Ivry » qui circule dès novembre 1940 puis d’autres ensuite à Villejuif, Choisy et Arcueil. Avec les éditeurs clandestins on retrouve les noms d’Elsa Triolet, d’Edith Thomas aux éditions de Minuit avec Aragon et Paulhan. Ces maisons d’édition sont aussi des lieux de rendez-vous, des secrétariats, l’une abrite le Comité National des Ecrivains dans la résistance. Tout ceci dans un contexte de répression et de dangerosité pour la vie de chacune et de chacun.

 

Le mieux serait de lire ce livre où l’on rencontre aussi les femmes dans la rue, les manifestations, au péril de leur vie, telle Elisabeth Ricol qui sera arr êté avec son mari Artur London ou bien encore on croise celles qui cachent et font passer la frontière, celles des réseaux, celles de la CIMADE où les chrétiennes s’impliquent. Beaucoup seront emprisonnées ou déportées.

 

On ferme Résistantes, version abrégée de la thèse de doctorat de Corinna Von List, tranquillement, comme une justice rendue à la mémoire des femmes qui dans leur diversité de pensée ont apporté leur contribution essentielle à la Résistance et à la Libération. Chez Alma éditeur.

 

Patrick Pérez Sécheret

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