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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Haro sur Aragon!

Publié le 25 Octobre 2012 par ruraledeprose

Un éditeur vient de s’honorer d’imprimatur, la presse* s’en fait l’écho, la vie de Louis, ce Victor-Hugo du 20e siècle, devrait-elle apparaître embaumée ? Finalement, c’est chouette, 30 ans après la mort de l’auteur, de censurer ce qu’il fut, comme au théâtre réduire une scène osée.... Louis Aragon dérange encore et dérangera longtemps et de petits vomis lui postillonnent dessus ciseaux en main ! Le grand écrivain, ses moeurs, sa sexualité.... silence. On ne peut dire tout, même dans la Pléiade... Mais les sécateurs zélés ont-ils lu Aragon, ses romans, ses poésies, ses chroniques, ses articles, ses discours... Je veux dire jusqu’au bout de l’ivresse d’un homme, du goût de soi, du mentir et du taire ? Aragon reste l’intelligence même de l’écrivain d’une époque commencée dans les tranchées, poursuivie dans la Résistance, une modernité inouie, une lucidité terrible. Comme l’écrivait Victor-Hugo : il n’est rien de plus beau qu’une idée dont le temps est venu. Il y a tout dans l’écriture d’Aragon, toutes les expressions d’humanité. Et certains, encore et toujours, voudraient en gommer, en réduire l’homme, sa virilité, sa sexualité...

Certains proposent même de citer dans les manuels scolaires qu’untel, un Rimbaud, était homosexuel, à penser que cela ajoute à la poésie ! Il faut salir, rendre indigne... Si l’on ne peut séparer l’oeuvre du vécu, quel jugement sérieux pouvons-nous porter du bien ou du mal, de la vie privée d’un homme ou d’une femme ? Aragon a eu des amis, des petits-amis comme on dit, et alors ? Un peu de décence. Sa liberté, sa plume, jusqu’au bout du bout, me paraissent exemplaires d’universel, recto-verso de l’être l’humain, peut-être donc de sa duplicité. Juste un conseil : lisez, relisez tout dans Aragon, vous en serez moins cons, messieurs les censeurs. Je vous recommande La Défense de l’infini et Théâtre-roman et aussi le dernier éditorial qu’il fit dans Les Lettres Françaises.

 

 

Patrick Pérez Sécheret

 

* Le Canard Enchainé, 24 octobre 2012.

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Pas l'amour de Dominique Ottavi : belles écumes de vie!

Publié le 12 Octobre 2012 par ruraledeprose

On est prévenu d’emblée : pas l’amour, comme on dit : même pas mal en gamin blessé, par bravade. Le court récit poétique et romanesque d’Ottavi est limpide, heurté comme une porte qui doit s’ouvrir, un va-et-vient entre elles -les amours- ponctué de sensualité, des feux d’artifice que cela produit, a produit, poursuit encore, puis l’échouement final, puis à nouveau le désir, le pétard en flammes qu’elle(s) affolent. Comment les choses viennent, qu’on les veut, que tout ressemble à l’envol des oiseaux, à la fuite ? Ottavi exprime une dynamite des corps, sa violence, son impatience, sa folie : on dit que les grands fleuves ne traversent pas seulement les pays mais aussi le coeur des gens. Aussitôt le dépit, la colère, l’espace grandi entre les corps, l’autre qui vous efface : Il faudrait être intelligent c’est difficile. Le poète-troubadour ne dit pas grand chose sinon : on n’est que l’âme de ses proches, les êtres, les bêtes, les choses... c’est-à-dire le rien du tout, tout du rien, l’existence pudique micro-macro, revers du miroir, soi. Soi est lourd et léger : Je veux du calme et des yeux, des plumes pour l’enfant et des rêves sans serment. Une nette tendance à l’épicurisme affleure au gré des pages denses, élégantes, mais l’auteur dresse déjà un constant accablant de félicité, rebondit, voit les autres, existe bel et bien : Comme la vie est courte et comme elle est rapide, parfois j’ai le sentiment que je ne suis pas encore né, que je flotte sur les vagues des limbes primordiales et que tout ceci ne me concerne pas vraiment... Oui, ce récit bleu et rouge, poétiquement débraillé et pudique, engendre l’essentiel : Un seul signe rouge de ta main et je n’aurai plus peur de rien. Sans doute un mensonge mais avec la foi du charbonnier, celle d’un franc-tireur-partisan d’amour et de fraternité : peut-on être autre chose qu’aimer-aimant, aimant-aimé, et avec et dans la dignité ? Ottavi a besoin de la famille des mains, de chair frôlé, de tissus défaits, de sa famille, celle qui bat l’amble des souvenirs, celle qui bat la semelle du monde, mais entendez-bien la famille de l’humanité et sobrement, hautement, avec des phrases au cordeau du beau. Ottavi livre-délivre avec Pas l’amour sans doute l’un des plus beaux chants qu’il soit pour en parler vrai. Livre refermé, ça vous poursuit à fleurir le poids du jour, à oser espérer qu’il manquait des pages ou des plages d’écume...

 

Patrick Pérez Sécheret

 

Pas l’amour, L’Harmattan éditeur.

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festivial internationale de poésie/des voix aux chapitres 18 déc

Publié le 9 Octobre 2012 par ruraledeprose

urbaine de poésie

urbainepoesie@hotmail.fr

 

avec le soutien du Centre Culturel de Vitry

présente

 

des voix aux chapitres

festivial international de poésie in vitry

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musiques et mots en révo[bulli]tion

 

avec

 

rocio duran barba (poète)

dominique ottavi (auteur, compositeur, interprète)

patrick pérez pécheret (poète, écrivain)

barnabé laye (écrivain)

 

et les invités :

 

saliâme khéloufi (auteure, sl’âmeuse)

jo h (auteur, compositeur, interprète)

jean pierre lemesle (poète)

bernard périllat (auteur-compositeur-interprète)

jean l’anselme (coup de chapeau au poète)

* sous réserve

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mardi 18 décembre 2012

à 20h à la maison de la vie associative

36 rue audigeois - 94400 vitry-sur-Seine

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dédicaces cd-livres des auteurs pour vos cadeaux de fin d’année.

participation: 5 euros. réservation : tél : CCV

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un repas en hiver : la barbarie simplement humaine

Publié le 9 Octobre 2012 par ruraledeprose

Un Repas en hiver, roman : la barbarie simplement humaine

 

Ce récit-roman est l’éloge de la lenteur. Ce qui n’est pas écrit exprime au mieux une réalité dans son décor de neige, de solitude, d’odeur de mort. Les personnages, que l’on compte sur les doigts d’une main, déambulent dans un monde décharné. Mis à part le Polonais, ce sont des zombies du nazisme, la conséquence des ordres donnés, reçus et obéis, bourreaux et victime. Lentement, très lentement, deux soldats tout d’abord, nous apprennent leur certitude d’absence de dénouement à leur cauchemar de malheur, ce temps stoppé, intemporel, glacial, qui ralentit même le corps. Sans autre but que de ramener du gibier humain, ils errent emitoufflés et rencontreront une humanité dépouillée : un juif tapi dans une cabane de fortune. Le feu allumé par ces soldats à grand peine, le repas chaud qu’ils pourront prendre, dessinent un regain d’humanité dans leurs menus propos. Un polonais arrivera plus tard. Le récit n’encombre pas plus qu’eux-mêmes tant sont chiches le dialogue, les descriptions. Mais, là est la force de l’auteur, dans ce dénuement où groupissent les personnages : il leur assure d’une écriture concise une rédemption de l’intention : les soldats partageront le repas avec le juif éberlué et le polonais mal à l’aise. Le temps de la fusion des flammes dans la cheminée, les soldats essaient de savoir si leur butin, ce juif, ils vont le ramener au camp où il sera exécuté et cela incluant qu’après bonne chasse à l’homme, ils pourront repartir, sortir de l’horreur des exécutions pour y retourner à nouveau. Ou bien épargner cet homme pour se souvenir de l’avoir fait une fois, de s’en rassurer lorsqu’ils auraient encore à traquer et à exécuter le fruit de leur chasse. Sans sciller, l’écriture porte au coeur, met à nu le mécanisme implacable de l’idéologie acceptée, de l’acceptation de la barbarie, une barbarie étonnante de simplicité humaine.

 

 

Patrick Pérez Sécheret

 

Un Repas en hiver, Hubert Mingarelli, Stock.

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