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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Mon pays étranger, Sandrine Charlemagne, La Différence.

Publié le 26 Décembre 2012 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Dès les premières phrases, avec singularité, l’auteure nous introduit dans un théâtre au décor précis, d’une écriture tenant du reportage de voyageur égaré au ton journal, d’une autobiographie au présent, fragmentée de lumière, de chaleur, de vies froissées. « En cet instant, je crois au soleil. A son disque de feu irradiant le port de Marseille. Il est onze heures trente. Dans le bleu implacable du ciel, deux mouettes se suivent, en cercles concentriques. Les oiseaux tournent, et nous autres, tournons à notre façon. Aujourd’hui, en ce jour d’août de l’an 2000, je m’en vais sur la terre paternelle. Ce pays que je n’ai jamais vu. Destination Alger.» Un nouveau monde est là sous la semelle des souliers, monde d’allées venues, d’évidences baroques, de réalités sociétales empreintes de morale religieuse, monde de contrastes où l’avenir n’est pas encore né, comme confisqué. « Et sous le ciel qui se découvre d’un bleu saisissant sur ce vaste infini, c’est comme si j’avais vécu durant toutes ces années passées, emmurée vivante. Comme si une porte hermétiquement close tombait soudain avec fracas pour m’arracher mon premier cri. »  Sandrine Charlemagne est en quête du père dont il ne lui reste, ça-et-là que des souvenirs de violence, de mots durs. Entre le pays réel, l’Algérie de fin de siècle vingtième, d’égorgements de poètes, d’exactions, de haine et de peur, attisées par un pouvoir alors lui-même aux abois. L’auteure chemine ainsi, s’éloigne d’Alger vers Médéa dans ce pays où désormais les artistes « vivent comme des clochards. Persécutés. Proscrits. Tout le monde traîne la patte, pour ainsi dire, la bouillasse jusqu’au cou. Tout cela au nom d’une religion mortifière applaudie par des groupuscules gangrenés. » Sur le trajet, Mahmoud épèle le passé et le maintenant : ici, on boit l’alcool en cachette comme on se cache d’une impuissance à pouvoir peser sur quoi que ce soit. On passe Blida, des check digits. Bel-Abbès semble le bout de ce monde et des images remontent en surface. « Me revient une scène de mon enfance : ce jour où j’avais chipé la collection de pièces de cinq francs du pater, pour filer acheter des bonbons. Et la fureur du pater après, la punition à coups de martinet qui avait amoché mes jambes. » Alger s’éloigne « miniature embrumée à présent » « Lieux de cendres à recouvrir de milliers de pétales. Des hommes en uniforme quadrillent le périmètre. » Etrange voyage dans un pays étranger, vers l’enfance, se laver de scories, dans la fureur d’un monde clos ou seule le personnage de Nina vient rafraîchir le récit de l’auteur, façon d’un amour pur, cette désespérance brûlante de l’absence... Nous ne serions donc que les autres, bâti de leur regard, de leurs mots égarés ? « Je connais des parfums, des couleurs, des musiques. J’ai attrapé au vol quelques mots d’histoire. (...) J’aurais voulu naître là où mes cris baptisés par un tourbillon de sable auraient percé la solitude d’une h’mada. » Puis, la violence s’invite à nouveau, barbare, sourde à la une d’El Watan. L’auteure interroge : « Ils ont tout bousillé. Mais qui, Ils ? » Silence. « Le soleil rougeoie, il pique l’horizon de serpentins incandescents ». Sidi Bel-Abbès s’endort ou se pinte en quelques bars, place du triangle de la mort. C’est qu’ici, « On meurt d’ennui. Mais on est habitué à mourir ». Le mot hourria se murmure en cocktails, en fumerie, la main sur l’épaule d’une putain, jusqu’à l’aube... Entre temps, un chant hurle dans un autre bar : « Si on perdait notre mentalité de colonisés, je jure sur le Coran, et, que dieu m’entende, on s’en tirerait. » Le livre déploie ses pages, des ailes d’humanités indignées. « Je voudrais parler. Mais je ne trouve pas les mots. Je voudrais comprendre ce peuple. Savoir quoi faire de la moitié de mon sang ! » Pourtant, les phrases souvent courtes, acérées parfois, caracolent, racontent, touchent le lecteur, révélant une part de beauté, des retrouvailles avec la félicité et l’avenir qui peut lui ressembler, un jour l’autre... Nina, Malek, Djamila, Nedjima, Farah, Mahmoud, Boualem, Rafik... les personnages créent ici un roman car l’histoire n’est pas écrite, en chantier, et l’auteure « ballottée dans les méandres du cerveau, les souvenirs qui fouaillent, qui rongent (...) Ballottée sur les courants bleu-gris du gouffre océan, ballottée dans le taxi-co sur une route de poussière avec les turbulences de (sa) ma tête et que la pyorrhée en finisse dans le sérail du théâtre. » Théâtre-roman, poétique, politique. Sandrine Charlemagne n’est pas du genre à figer ses rêves -ceux d’avant, ceux d’ici. L’anthropologie est sociale, littérature avant tout, traces. Comment quitter ce pays-livres qui narre un livre-pays enfui et qui chante encore ? Ici, « On graisse la patte d’un sous-fifre pour valider un dossier pas tout à fait conforme. On graisse la patte ailleurs pour obtenir un poste, même le plus ingrat (...) Les richesses naturelles du pays, les richesses faramineuses, qui en profite au juste ? » Il faut tourner les talons, les pages avec lenteur. « L’atmosphère électrique finit par retomber. Le trajet se poursuit, de nouveau en silence. Le pays défile. Champs d’oliviers. Collines. Arbousiers pris d’assaut par de petites chèvres noires. A ma droite, un cimetière. Pierres blanches grossièrement taillées. Des pierres unies qui se ressemblent toutes. La mort n’a pas de piédestal : équitable sobriété. » Presque le point final mais le chemin s’ouvre à nouveau, les êtres se frôlent encore un peu, le désir danse. « Dans un coin du mur surgissent les yeux noirs du pater (...) Ce soir, ses yeux ne me font plus peur. Ils pleurent, on dirait. » Le voyage de Sandrine Charlemagne s’achève dans une volée de moineaux, maigre insigne d’identité. Elle « divague dans le blanc du ciel et voit une citadelle rouge dans un désert de pierres. » J’ai vu la citadelle et il nous faudra retourner quelques jours en Algérie, l’étrange pays à venir, pour apaiser les sanglots, l’amertume indicible de ce qui n’est plus que du sable en mémoire, apaiser les corps d’aujourd’hui d’un rire silencieux car ce livre n’est pas un fin en soi, ni, lecteurs, en nous. Il est beau, une promesse d’aube vraie.

 

Patrick Pérez Sécheret

Ecrivain-Poète

Article in blog : perez-secheret.over-blog.com

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gavage des oies...

Publié le 21 Décembre 2012 par ruraledeprose

titre du monde de ce jour : le gavage industriel fragilise le marché du foie gras.

Ben mon vieux. Et le gavage médiatique quotidien dont nous nous gavons?

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Festivial.... il a fait beau!

Publié le 20 Décembre 2012 par ruraledeprose

Il a fait beau à s'en aller

d'une clarté étrange

sur un pied

claudiquant de l'âme

il a fait jour tard

c'est bizarre

porter la voix

tendre les doigts

vers vous

 

Pourtant je n'aime pas

allumer les lumières

être en loge

à tirer le cordon

pour des chimères

 

Mais il a fait beau

d'une clarté étrange

j'ai chanté

dites-moi j'ai chanté

à vous autres

le pas emboité

transformé une déroute en tempête

au comptoir des courants d'air

satisfaite

du soleil sur la suie

l'amitié sur le vers

 

j'ai vu c'est bizarre

l'horizon gros de neige

passer l'éponge en arpège

sur la mélancolie

 

il a fait beau

d'une clarté étrange

comme la lune églantée

sur nos vies élégante

d'amitié

 

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Etoile ma v.o.

Publié le 14 Décembre 2012 par ruraledeprose

Ce soir j'éponge mes rides

à la pierre d'alun

à la virgule près

je fraternise avec l'ardoise des toits

le relief d'un chapeau claque

sur un luminaire frugal d'étincelles

ce soir j'ai envie de rire

électrocuté des premiers flocons de neige

ce soir je suis fou d'aimer

la vie qui va charbonnée

sous mes pas à pied-cloche

ton sourire en vrac

dans mes poches

 

te reverrai-je...

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prorème du jour

Publié le 14 Décembre 2012 par ruraledeprose

Le poète habille sa vie

d’un rimmel sonore

de jacinthes nos bouches

 

Sa mordacité

pour épigraphe

le poète meugle

decrescendo

 

La bougie tremble

illocutoire

 

Le poète à priori

change de linge

après libation

 

de gisquette aussi

rincé d’azur

 

au galop des vagues

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pensées du jour

Publié le 13 Décembre 2012 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Enfin, penser à écrire :

-         L’amour en ruines

-         Le clou défait, correspondances avec l’ex-ambassadeur à Parténia

-         Ainsi parlait julien-arthur despintes, choriste de presse à genoux.

 

 

Téléphoner à la lune en PVC, ne pas laisser d’adresse mail ni de mensuration

Régler l’addiction au bar du marché : 27 euros cinquante de Chardonnay

Prendre le pouls d’Isabelle : c’est mieux que rien du tout

Echanger lacets des chaussures en général, lacets ronds à acheter pour six trous

Ne pas oublier de faire cuire la daurabe avant qu’elle ne fouette un max

Passer un SMS à Etoile : lui dire que l’amour fume encore 

Faire perdre Bruno à la belote : pari peu risqué

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récital musical et poétique à El Camino le 15 décembre 19h

Publié le 7 Décembre 2012 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

récital musical et poétique

au restaurant El Camino* (Paris 11e)

avec

 patrick pérez sécheret

 dominique ottavi

 

autour de leurs derniers livres parus La Tête dans un coquillage (amapola éditeur)Pas l’amour (L’Harmattan éditeur)

 

carnet-poème de Chiloé

hommage à pablo neruda

 samedi 15 décembre 2012

à partir de 19h

 Réservation indispensable auprès du restaurant si vous souhaitez participer à la soirée (15 euros : entrée et plat chilien)

 *16, rue Guillaume Bertrand - 75011 Paris - tél. 01 48 06 48 34

Métro St-Maur

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Le Chant de Florange

Publié le 5 Décembre 2012 par ruraledeprose

 

C’est joli mot Florange*

c’est un joli mot tu sais

qui marie flammes et anges

ellipses aux larmes en feu

 

Les charlatants en politique

ont vendu tes bras ouvriers

les fourneaux sidérurgiques

au plus offrant des enfoirés

Floran-an-ge  Floran-an-ge

 

Que t-ont-ils fait Florange

depuis des années rouée

comme une putain mange

dans la main des banquiers

 

C’est un joli mot Florange

c’est un joli mot qui danse

sur des usines en franges

au nom du fric sacré

Floran-an-ge  Floran-an-ge

 

Ceux qui les mains fertiles

créent les richesses en France

fleuron de l’acier faudrait-il

que leur vie soit sacrifiée

 

C’est un joli mot Florange

c’est un joli mot tu sais

qui murmure Résistance

il faut que cela change

Floran-an-ge  Floran-an-ge

 

 

Patrick Pérez Sécheret

Poète-écrivain

1er décembre2012 

 

* sur la musique de Jean Ferrat : Camarade.

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