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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

prose du non-mouvement du 22 mars

Publié le 22 Mars 2013 par ruraledeprose

J’ai croisé des Chinois obscurs

des idées surfaites en solde

des indiens déplumés

des philosophes déchus

des rosiers tristes

de la barbe à papa et un chiot mort

 

j’ai croisé le printemps un sanglot à la main

des pécadilles outrées d’azur

la violence en kit

l’ombre en porte-à-faux

la mort vêtue d’araignées

une paire de sandales jaune

 

j'ai croisé un porte-jarretelles à pois

un baroudeur au chômage

une avoine coupée

 

t'inquiète mon coeur

aux pirouettes naïves

l'éventaire est léger

la douceur encore fraîche

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Manifeste à contre-désespérance

Publié le 19 Mars 2013 par ruraledeprose

Il y a quelques temps j’avais commis un texte sur mon blog : Glissement progressif vers la dictature, on peut s’y référer. Certains de mes amis me firent comprendre, enfin me dire, qu’il était excessif et même non-fondé. Mais il reste d’actualité, hélas. Les choses empirent.  Je ne me lancerai pas dans un long monologue sur les actes gouvernementaux, sur l’application stricto sensu des traités européens, des directives d’une caste au service du système bancaire et financier auxquelles les politiques de la majorité et de la droite prennent pour la ligne bleue des Vosges. C’est une image. Donc, nos députés, nos sénateurs, ceux du pays, le doigt sur la ligne, sur le pantalon, s’empressent de réduire à néant tout ce qui fonde une démocratie, l’organisation même d’une nation souveraine, jette à vau l’eau tous les outils sociaux, économiques, voire culturels, permettant d’apporter des réponses aux besoins des populations. Mieux, comme en Grèce ou à Chypre, le désordre organisé de la société ouvre les portes au chaos, à l’anarchie, à l’extrême-droite, aux pires relents de l’histoire. Les industriels, les patrons suivent, les actionnaires ne sont jamais repus. Pourtant, toutes les richesses accumulées, disponibles sont le fruit du travail de ceux qui subissent cette mise en régime totalitaire où tout se décide hors les urnes et au mépris des engagements pris. On voit ainsi se dessiner l’hypothèse d’actions directes, de révoltes violentes produites par la désagrégation de tous les repères sociétaux, des valeurs républicaines, actions que l’on dénonce déjà d’ailleurs déjà dans les medias à la botte afin de se prévaloir le temps venu de la légalité du retour à l’ordre avec ce que cela signifie de répression, d’interdits y compris la liberté d’opinion et d’expression. Tout ceci n’est pas fatal. Ne baissons pas les bras, restons solidaires mais lucides : les idées dominantes depuis des lustres ont gagné du terrain parmi les gens et nous avons peu de moyens d’inverser la courbe de la servitude volontaire installée. Ne soyons pas dupe du fait qu’il faudra prendre les armes peut être où se laisser repasser des fers aux pieds, des baillons à la pensée. Voilà ce que je pense. Je ne suis ni extrémiste, ni de cette radicalité qui entend imposer une idéologie finalement semblable à celle qui impose aux peuples un modèle. Je ne suis pas indigné, il est trop tard à présent : je suis qu’un cri comme chantait Jean et nous devons croire à la force des paroles, aux mots, à l'amour et à l'humanité face à l’adversité qui nous tend le bâton et la corde pour nous pendre en désespérance. Si résister ne suffit pas, il faudra bien devenir insurrectionnel non ? Préparons-nous au mieux et non au pire, mais préparons-nous à tout.

 

18 mars 2013.

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Des étoiles pour toujours mais je n'en suis pas sûr 3

Publié le 19 Mars 2013 par ruraledeprose

Maïa avait opté tout à coup pour le coiffage de sa poupée qu’elle accompagnait d’une petite moue adorable de la bouche. Nous étions à l’âge des bêtises mesurées et du sérieux nécessaire à l’apprentissage d’une vie. Personne n’était pressé, surtout pas moi et je me noyais dans l’abandon de mon regard porté sur les deux enfants, à l’affût de leurs gestes, d’un mot. J’imaginais avoir été comme eux dans une sorte d’insouciance teintée d’angoisse devant le monde adulte et ses préoccupations secondaires comme de faire les courses, d’aller au travail, passer l’aspirateur, réparer l’interrupteur de la salle d’eau qui n’allumait et n’éteignait plus rien. Kiruan, sur un coin de table, s’appliquait à coller des vignettes sur un cahier. De profil il ressemblait à un petit indien. Je me calais dans le fauteuil et je dégustais les instants paisibles nourris de leur présence doucereuse. Le cramochard quant à lui ne se préoccupait plus de rien et ne prenait même pas place dans un musée d’histoire naturelle. J’eus une pensée alors pour l’homme de Néanderthal. Quelle bifurcation était-on entrain de prendre en cette seconde décennie du deuxième millénaire ? Des milliers d’enfants mouraient chaque jour sur notre planète à la naissance et après de faim, de maladie, d’épidémie, des séquelles des déplacements, de conflits. D’autres vivaient entourés, choyés, soignés, heureux. Comment pouvait-on les associer à la surdité, à ces questions d’une partie du monde abandonné ? Il valait mieux faire l’autruche après tout. L’autruche cela allait bien avec mon nouvel état d’esprit depuis que j’avais rencontré quelqu’un. Mon coeur s’était remis à battre au fil des jours. J’avais présenté, à ce quelqu’un, une photographie de ma petite famille : Thomas et Gaëlle, Jonathan et Senuaw, Timothée et Amandine. Quelqu’un les avait trouvés très beaux et j’en étais content. Quelqu’un m’était venu et franchement je me lestais de beaucoup de choses en quelques jours. L’a-présent prenait une place simple, incontournable, je n’aurais plus jamais froid. J’avais presque hâte de présenter quelqu’un à ma famille, aux amis, de leur présenter Léa. C’est drôle mais le soleil donne envie de partage, vous ne trouvez pas ?

 

« Dis mon corazoncito, le soleil cela donne envie de partager ? » Kiruan soupira fortement. J’avais une réponse en béton, j’avais émis une évidence. J’optais alors pour descendre fumer une cigarette et retrouver Léa pour de faux certes, juste en pensée. Les petits-enfants ont-ils à voir avec les histoires de coeur des grands ? Les grands devraient apprendre à ne pas se répandre, à protéger leurs petits bonheurs de tout regard indiscret. Le bonheur est fugace, intrépide parfois, on passe de côté même. La cigarette me piquait la gorge ou le froid, enfin les deux. Je rentrais. Je retrouvais les enfants. Kiruan s’adonnait à la peinture et Maïa parcourait un album. Elle avait revêtu un habit de fée. Je me glissais vers le canapé sans perturber leurs gestes. J’aime les regarder longtemps, épier leur mimique, attendre qu’ils me prêtent attention, qu’ils me demandent n’importe quoi. Je me sais utile. Je dois en parler à Léa, c’est important. Puis, une torpeur a du m’envahir, mes yeux se fermer et le temps m’oublier sur le canapé. Je devais courir après les vagues, après Léa parmi les ressacs, toucher sa main, prendre sa main, l’embrasser à pleine bouche, me noyer dans ses cheveux. Dans cette somnolence ou semblant de paresse corporelle, je pouvais voyager des siècles qui duraient quelques minutes en fait. J’étais coutumier de cette gymnastique étrange, pratiquant depuis des lustres des siestes salutaires qui pouvaient varier de quelques minutes où mon âme pesait du plomb. Toujours un son vous rappelle à l’ordre et là, l’âme redevient plume, on ouvre les yeux et ce foutu cramochard rapplique !

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Et pourtant nous vaincrons Dume...

Publié le 15 Mars 2013 par ruraledeprose

Pour avoir penser libre cru en l’humanité

on viendra nous chercher sous les feuilles des vagues

on viendra nous chercher à coup de crosses de dagues

pour avoir cru possible la communalité

on viendra brûler nos livres et nos guenilles

prendre et violer nos femmes et nos filles

et pourtant nous vaincrons

 

Pour avoir lu Hikmet en arménien

donner de l’eau dans les camps roumains

pour avoir chanté touareg en malien

levé les fatwas pour tout être humain

pour avoir murmuré je t’aime

à une adolescente palestinienne

on nous passera à la gégène

les roubignoles et quand bien même

nous vaincrons

 

Pour avoir dit non à la cruauté

on viendra pendre aux crochets du boucher

nos rêves les plus doux nos amours envolées

pour avoir aboli la propriété

on viendra piétiner nos jardins ouvriers

casser les branches de nos cerisiers

et pourtant nous vaincrons

 

Pour avoir siffloté Le Chant des marais

on viendra nous broyer sous les bottes lourdes

écraser nos chairs à les rendre sourdes

on viendra mon frère la langue nous coudre

nous couper les mains et puis nous jeter

dans les poubelles ou dans les fossés

et pourtant nous vaincrons

 

Et tout cela pour rien juste pour rien

car aux niches s’en retournent les chiens

la main de leur maître toujours prête à lécher

et nous dans tout ça une rose aux lèvres

nous chanterons tout au fond du ciel

l’anarchique printemps qui prend la relève

nous vaincrons !

 

 

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Des étoiles pour toujours mais je ne suis pas sûr, roman 2

Publié le 8 Mars 2013 par ruraledeprose

L’hiver allait mourir et les jours s’en portaient fort bien : ils rallongeaient. L’hiver n’est pas toujours le bienvenu quand on manque trop longtemps de lumière. L’humanité a fini par sortir des cavernes pour cette raison. Certes, ce n’était pas tout à fait le même hiver qu’à présent mais franchement les femmes, les hommes, les enfants de la préhistoire en avaient assez d’avoir froids et de vivre dans le noir à gribouiller des animaux sur les parois pour que le temps passe. L’hiver donc mourait, un seul r car on ne meurt qu’une fois, disait grand-mère Foucaud. Je n’avais pas encore idée de ce que serait ce roman. Je venais tout juste de rencontrer Léagursky, une jolie femme dont la présence me procurait un apaisement, une quiétude, enfin un grand bonheur. Je négligeais un peu mes petits-enfants. Pourtant, je ne suis en rien égoïste. Le cramochard me permettait, avec l’aide des étoiles, de tisser un champ d’amour à la fois pour eux et pour Léagursky.

« Est-ce que par hasard Pépé on peut encore espérer qu’il existe encore quelque part un cramochard ? » Maïa insistait avec une prise de ton précise. Je répondis que la folie des hommes, une fois qu’elle avait détruit quelque chose de la faune ou de la flore, était incapable de revenir en arrière, de recréer tel animal, tel lac, tel oiseau. « Mais les hommes, ils veulent quoi, tout faire mourir ? Et nous, nous allons devoir vivre dans un monde sans écaille, sans plume, sans poil ?

- Pas tout à fait, mais comme le cramochard, au fil des temps, les êtres vivants, les animaux, les blés, les fleurs, tout se modifie, se transforme et devient autre chose en bien ou en mal. Ainsi, par exemple, notre petit doigt de pied à tendance à disparaître, moins utile, il devient une sorte d’appendice inutile. Le monde nous transforme.

- En bien, c’est possible ?

- Oui. Mais on ne peut savoir si ce bien est durable, si les effets produits sur les races humaine et animale, sur la nature, va être un réel progrès, un bien à long terme. Il peut y avoir des accidents...

- Quels accidents ?

- Un exemple, on vit très vieux aujourd’hui mais est-ce un bien lorsque l’on a perdu la tête, que l’on ne sait plus où l’on habite, parce que l’on a une maladie provoquée par plein de cochonneries que l’on a mangé ou respiré durant sa vie, est-ce un bien de finir comme un légume ?

- Un légume ! Pourquoi comme un légume ?

- C’est-à-dire que l’on est inerte, sans réaction, on vit mais on ne sent, ressent plus rien tu vois, alors on dit comme un légume, posé-là sur un lit, un fauteuil et un légume ne se déplace pas. Il est-là, si on ne le bouge pas. »

Les yeux de Maïa battaient des cils à cent à l’heure, ses prunelles à la fois étonnées et interrogativess. J’en conclus que mes propos étaient un peu durs. Kiruan semblait ne pas se passionner pour le dialogue sur les temps durables. Il ne pensait pas moins.

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pensée du jour

Publié le 8 Mars 2013 par ruraledeprose

Il vous place en son coeur à la place de dieu. La place était vide d'ailleurs, réservée : dieu n'est jamais un tantinet amoureux. Cela se saurait, nombre d'ossuaires seraient offertoires de paix, l'holocauste une caresse de verre. Ce n'est pas dieu qui est important ou opportun : c'est quelqu'un.

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requiems'rock : Daniel Darc superbe

Publié le 4 Mars 2013 par ruraledeprose

J'aime le vrai rock et je suis passé de côté de lui. Je découvre grâce à une amie sa beauté écorchée, un son, des mots  justes comme ce monde en nous, l'autre monde, DARC en ciel!

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Copain Allain

Publié le 4 Mars 2013 par ruraledeprose

Copain c’était l’an de quel siècle déjà

cette rencontre avec Jean à Antraigues-sur-Volane

un vernissage au Podello clainton pain poilâne

saucisson et la nuit en robe couleur tisane

Copain

Copain tu manques au paysage

aux guéridons des bistrots de fortune

il semble que les saisons sont plus sages

les midis ont perdu leur saveur de prune

 

Copain on n’a pas eu assez de temps

pour devenir frères prose en sautoir

faire la révolution bon sang de bon sang

l’humaine condition sortir du noir

Copain

Copain portes-tu à présent la fourragère

au pays des poètes qui est le capitaine

y-a-til des Soviets et quelques lavandières

qui arrosent les plantes une fois par semaine

 

Copain juste un salut des serres cévenoles

je lève le poignet à ton nouveau destin

des airelles à la main et puis quelques girolles

et pour la soif une bouteille de vin            

Copain

Copain comment dire autrement je t’aime

nous avions juste échangé des poignées de poèmes

quelques verres au bar des courants d’air

tes dessins sur la nappe nos coeurs ouverts...

 

13 juillet 2012, Antraigues, à Allain Leprest.

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Des étoiles pour toujours mais je ne suis pas sûr, roman.

Publié le 1 Mars 2013 par ruraledeprose

Depuis quelques années, je me dis : il te faut écrire un livre pour Maïa et Kiruan, une belle histoire un peu triste, optimiste. Alors voici....

 

« Dis Pépé, pourquoi le cramochard a disparu ?

- Trop vieux, usé à la corde, trop pêché parce qu’il avait la chair riche, l’oeil torve aussi. C’était un poisson à l’ancienne. Il a eu un destin exceptionnel pour un poisson aussi moche, des millénaires de descendances. Il s’est éteint parce qu’il ne croyait plus aux étoiles du mois d’août, à leur sortilège en cortèges lumineux.

- C’est pourquoi tu aimes les plages Pépé, tu attends le cramochard qui ne vient plus et tu lui écris des poèmes sur le sable.

- Peut-être oui, je fais des plages d’écriture éphémères, je trace des mots sur le sable partout où je peux, des plages d’écriture et j’entends les oiseaux sonner, résonner et toujours j’aperçois dans un coin d’ombre la gueule tordue du cramochard mon vieil ami.

- Mais les dinosaures aussi ils ont disparu et tout plein d’autres animaux...

- Le cramochard ce n’est pas pareil du tout ! Nous sommes de parenté depuis l’aube de la terre quand tout fut bouleversé, océans et terres. Le cramochard est notre arrière-arrière-arrière grand-père.

- Tu rigoles Pépé !

- Absolument pas. D’abord, le cramochard était tout-petit, mais vraiment tout-petit, une tête d’épingle. Il n’avait même pas d’oeil et tout plein de petites pattes comme de la soie. Il vivait dans l’eau mais de génération en génération la lignée des cramochard a grandi avec l’idée qu’un jour il pourrait vivre sur terre, à pied sec.

- Les pattes elles ont poussé alors ?

- Pas tout de suite. D’abord le cramochard apprenait à respirer hors de l’eau. Les premières fois qu’il s’est retrouvé sur le sol, sur le rivage, il s’est déplacé en rampant comme un serpent. Et il avait la trouille.

- Pourquoi la trouille Pépé ?

- Pour lui c’était nouveau, comme la grande aventure de sa vie en milieu inconnu. »

Kiruan ne disait rien. Il laissait Maïa répondre ou interroger le grand-père. Kiruan avait en tête et entêtante, la question de dieu et de son existence. Cela occupait beaucoup le petit bonhomme de sept ans.

(à suivre)

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