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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Les Allumés

Publié le 21 Juin 2013 par ruraledeprose

A la nuit tombée on les voit sur les murs

courir après leur ombre ou simplement l’amour

et s’ils marchent dessus c’est par mésaventure

leur corps et leur coeur sont un peu troubadours

 

les Allumés

Ils ont des saisons pliées sous leur bras

des chopines d’avance sur la fraternité

l’enfance qui leur remonte en karaoké

quelques larmes de spleen aux doigts

 

Depuis la nuit des temps ils écrivent sur le ciel

sur les plages indigo des sonnets impudiques

rêvant de foutre un jour la 5e  République

au panier de l’histoire d’enfanter un soleil

 Les Allumés

Ils parlent d’égalité aux lampadaires éteints

font des pieds de nez aux vitrines de luxe

crachent sur les monuments d’airain

des pétales libertaires au goût de musc

 

On dit qu’ils sont perdus pour la société

que leur état mental relève d’un psychiatre

ce sont mes frères d’arme les Allumés

qui n’iront jamais à Lourdes ni à Chartres

Les Allumés 

De dieu ils s’en balancent à tue-tête

chantant la Carmagnole en robe de bure

les seins au vent la bouche prête

à les baiser de rouge et de noir brûlure

 

Ce sont mes frères d’arme ces Allumés

ces pourvoyeurs de clartés rebelles

en leur compagnie je suis libéré

du poids du mensonge à mes semelles

 

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Place Taksim solidarissime

Publié le 21 Juin 2013 par ruraledeprose

 Place Taksim les passants passent et repassent

pensants ils pensent debout à l’avenir

ils ne veulent pas d’une vie que l’on cadenasse

ni d’un guide suprême ni d’un vizir

Passim* Place Taksim

 

Place Taksim la jeunesse danse et se presse

sous le tir des lacrymogènes la jeunesse danse

pour demeurer libre d’aller ou pas à la messe

de lire ou pas les sourates sans obligeance

Place Taksim solidarissime

 

Place Taksim les anciens tapent des mains

et du pied pour afficher leur laïcité

leur fierté d’Atakurk d’un Etat souverain

l’empire ottoman est pour eux du passé

Passim Place Taksim

 

Place Taksim les ouvriers lèvent le poing

du chèvrefeuille moiré entre les doitgs

et chantonne La Grande humanité

un poème de Nâzim de solidarité

Place Taksim solidarissime

 

Des mères des femmes Place Taksim

tête nue avec des sifflets expriment

leur opposition au retour aux cuisines

et à juste enfanter de futurs muezzins

Passim Place Taksim

 

Une foule de bébés Place Taksim

tirent leur langue pour protester

contre une société d’unique pensée

qu’un sot ignorant entend imposer

Place Taksim solidarissim

 

Place Taksim il n’est qu’une juste colère

dans un sit-in pacifique debout éparpillé

qui ne cèdera pas le droit à la liberté

face à l’armada des soldats-policiers

Passim Place Taksim

Place Taksim

Solidarissime

 

Patrick Pérez Sécheret

Poète-écrivain, 21 juin 2013, Paris.

* Passim signifie en vieux français : ici ou là

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Des pelisses blanches

Publié le 17 Juin 2013 par ruraledeprose

 

Des pelisses blanches des pelisses blanches

sur nos aventures

la neige à nos lèvres

épousant l’azur

 

Des pelisses blanches des pelisses blanches

sur nos chevelures

cavalières de vent

la crinière en cendre

 

Des pelisses blanches des pelisses blanches

ce qu’il reste de givre

à l’assaut du printemps

ce qu’il reste de vivre

 

Des pelisses mauves à l’orée des paumes

à l’été des nuques

des sexes de femmes

concaves et convexes

 

Des pelisses d’azur sur nos regards tendres

en sanglots de miel

à l’assaut d’abeilles

aux poitrines belles

 

Des pelisses blanches des pelisses blanches

sur nos lèvres en franges

a repetita

parmi neiges et landes

 

Des pelisses de vent des pelisses de vent

pour épeler sans cesse

le droit à la caresse

et le droit à l’amour

le droit à la caresse

et le droit à l’amour...

 

PPS, 15 juin 2013, Vitry-sur-la-Seine.

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Du Front de gauche à l’Elysée* chiche !

Publié le 14 Juin 2013 par ruraledeprose

 

En règle générale, les livres « politiques » m’ennuient. Non pas que, ce qu’ils décrivent, analysent, proposent, soit de la daube ressassée mais peu souvent ils ont du souffle vrai, je veux dire au-delà du « faut qu’on » ou « y ‘a qu’à », du « tout ou tous pourris », etc. Du Front de gauche à l’Elysée de Isabelle Lorand s’inscrit dans une dialectique du présent, une analyse à chaud d’une possibilité de modifier ce fameux rapport de forces dans la société entre ceux qui acceptent comme une fatalité intrinsèque la régression sociale, l’austérité, le recul de tous les droits humains et ceux qui s’insurgent contre celle-ci précisément au nom de l’humain. Elle avance d’un constat à quelques propositions qui viennent enrichir les réflexions du Front de gauche (programme partagé, etc) mais essentiellement elle porte haut l’espoir que tout n’est pas perdu, que dans le chaos où nous plonge la crise actuelle (certains disent « la crise » comme on dit l’inéluctable)  vers la barbarie et l’esclavage des peuples, armées paupérisées courbant l’échine ou se révoltant jusqu’alors sans peser réellement sur le cours du malheur, il peut y avoir un avenir désirable et les forces pour le faire florir, elles sont en gestation. L’écriture est ici à l’inverse de la langue de bois, elle préconise l’expérimentation, le droit au rêve, à la nécessité d’inventivité contre toutes les peurs, tous les repliements.  C’est un livre qui a le prochain au coeur.

 

 

Patrick Pérez Sécheret

14 juin 2013.

 

*Isabelle Lorand, Les éditions Arcane 17, 10 euros.

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Prose pour samedi prochain

Publié le 7 Juin 2013 par ruraledeprose

Quand tu arrives mon frère

j’ai des nuages bleus au frigo

des musiques en vrac

au bout de la langue

les poèmes de Nâzim

sur la portée du vent

 

quand tu arrives mon frère

les signaux sont au vert

le printemps impeccable

les passerreaux tranquilles

font leurs trilles sur mon épaule

 

quand tu arrives mon frère

il fait beau dans la vie

les passants nous saluent

du coude ou du menton

les femmes nous sourient

dans leur robe légère

et leurs fesses dandinent

 

quand tu arrives mon frère

la nappe est mise

le vin tiré

la liberté assise entre nos mots

l’idée de fraternité debout sifflote

et nous donne l’accolade

 

quand tu arrives mon frère

dans une fragrance de l’île

mon pays est beau

l’amitié un rempart

à tout renoncement au bonheur

 

 

Patrick Pérez Sécheret

à Dominique Ottavi

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Nos chers enfants : un spectacle original de Jade Lanza

Publié le 6 Juin 2013 par ruraledeprose

 Parler d’un spectacle alors qu’il n’est plus à l’affiche, provisoirement, peut paraître inopportun. Pourtant, l’autre soir au théâtre Sorano à Vincennes, pour la première de Nos chers enfants, j’ai vu une sorte de reportage-témoignage en tableaux judicieux, bien porté par quatre comédiens, qui déroulait tout simplement la vie de couples en prise, mais pas de tête, avec leur propre perception féminine ou masculine du quotidien vécu. Avec une succession de prises de parole, des monologues se répondant en écho, comme s’il s’agissait de retranscription d’entretiens en live ou presque, Jade Lanza, épaulée par la mise en scène sobre de Rémi Chenylle, nous entraîna dans un charivari sociétal juste, distancé, laissant à chacun le loisir de rire, d’être ému, revivant même par instant des situations connues, vécues dans la vie réelle : préparation à l’enfantement, à l’accouchement, rôle parental et éducation des enfants, propos des voisins, conception de l’amour, des rapports humains... Jamais grinçant mais vivace, ce spectacle sans prétention était un bol d’air bien frais. Situations, personnages ne donnent aucune leçon de vivre, pas de vade-mecum d’un idéal quelconque. Bref, Nos chers enfants mérite bien de revenir sur scène très bientôt. Avis aux programmateurs un peu lassés des épopées forts longues et qui ennuient. Il s’agit ici d’un remue-méningue ou remue-ménage bien vu et bien ficelé.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

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Le Centre culturel Nâzim Hikmet saccagé par la police à Ankara

Publié le 6 Juin 2013 par ruraledeprose

Je suis arrivé à Ankara samedi soir 1er juin pour participer au Centre Culturel Nâzim Hikmet à une lecture en hommage au poète et suite à la parution en turc de mes poèmes dédiés à Abidine Dino dans la revue littéraire « Des Mots » et pour conférence sur le thème : « La poésie relie les peuples en fraternité » en duo avec l’universitaire Ali Demir. Partout des manifestations, rassemblements de protestation contre le Premier ministre, devenu vraiment une « tête de turc », contre sa volonté d’imposer un mode de vie à la population en rupture avec la laïcité et donc l’histoire de cette jeune nation (islamisation de la société et de l’ensemble des services publics : salle de prière dans les facs et cours de théologie islamique, voile autorisé, alccol introuvable dans les grandes surfaces, medias muselés...). La soirée programmée au centre est annulée (chants à partir de poèmes de Hikmet) pour raisons de sécurité.

 

Dimanche idem. Nous visitons avec les amis turcs le Centre culturel en fin d’après midi. Premières répressions policières à quelques pas du centre où nous nous trouvons. Des étudiants de la faculté de médecine donnent les premiers soins aux victimes des gaz lacrimogènes. L’odeur nous parvient des rues voisines. Nous allons voir sur place. Les manifestants sont en majorité des jeunes, sans banderole, quelques drapeaux turcs et des slogans récurrents : Erdogan va-t-en, Non au fascisme. Des hélicoptères au-dessus. On se replie. Des masques et des citrons nous sont distribués contre les gaz. Pas de panique et plutôt de la bonne humeur. Premiers gaz lâchés d’hélico et tirs de balles en caoutchouc, jets d’eaux de la police sur les rassemblements pacifiques. Entendu un jeune turc dire : « j’ai des examens mais pour moi la patrie c’est plus important que tout ». Cela résume l’état d’esprit d’une jeunesse qui ne veut pas d’une société et d’un état religieux. Une jeune femme scande : « Notre boisson nationale c’est les gazs, merci Erdogan ».

 

La rue est cependant tenue, personne ne bouge à part les plus incommodés. On sera obligé de marcher longtemps à pieds pour rentrer car bus et métro publics sont suspendus. Seule une armada de bus et taxis privés sont mobilisés dans les rues à tarifs prohibitifs. L’autorité veut dissuader. Nous suivrons la suite des choses à la télé et au téléphone. Les chaines privées hors Etat sont les plus regardées car elles donnent des infos en live comme on dit. De la place Taksim à Ankara, 90 villes sont dans le mouvement y compris celle d’où le Premier ministre est originaire ! Il y aura 1700 arrestations pour nombre traduit en garde-à-vue. Pour ma part, impossible de joindre Paris sur mon portable, connexion impossible sur mes mails et Face-Book. Je ne peux que passer des textos en temps réel pour informer mes amis en France de la situation.

 

Lundi matin, nous apprenons que le centre culturel Hikmet a été gazé, évacué et vandalisé par les policiers dans la nuit. Voilà comment pour ce gouvernement on aime la poésie, la culture : les mots lui font peur, la poésie lui paraît contagieuse de solidarité et de fraternité. Quand il entend le mot poésie ou culture, le gouvernement sort sa police et saccage ! Je suis scandalisé. Ce centre est modeste, associatif, soutenu, il est vrai, par le parti communiste turc et d’autres progressistes, mais bon, ce n’est pas un repère de voyous ! On prend des infos auprès d’amis. On va converger dans l’après-midi vers le centre ville pour manifester à nouveau et protester contre les violences policières (200 arrestations). La soirée lecture de lundi soir est donc annulée même si on envisage un moment une prise de parole de ma part (lecture d’un poème et mot de solidarité). Des tweet circulent menaçant de faire sauter le mausolée de Mustafa Kemal-Ataturk !  Place Taksim à Istanbul beaucoup de monde aussi... Nous décidons d’aller vers le centre ville et nous croisons les étudiants qui en reviennent n’ayant pu passer les barrages. Nous ne passerons guère mieux et renoncerons sur conseil d’amis du parti. On entend dans les rues voisinesles tirs et l’odeur âcre se diffuse avec un vent fort qui souffle depuis deux jours sur Ankara. Je crache mes poumons, les yeux me piquent. En soirée, tous les quartiers d’Ankara manifestent quelque peu leur solidarité avec le mouvement, aux fenêtres, dans les rues, on chante, on joue de la musique. Les forces de police ont été renforcées et investissent les rues, arrosent même les immeubles. Des petits blindés venus en renfort sur lequels se tient un policier armé qui tire au fil des rues sur les gens qui courent... La fumée, l’eau, les balles... J’avoue que j’ai eu peur devant cette force brutale, les matraquages, etc. Demain je pars pour Paris, ici ce sera la grève générale à l’appel des syndicats ouvriers. Vivre ce beau printemps turc était assez exceptionnel pour moi. En profondeur et massivement, les gens expriment une volonté de libertés, de laïcité en Turquie, transcendant les partis politiques. L’essentiel à présent est de résister au nouveau sultan, à sa volonté d’aller jusqu’au bout dans la privatisation religieuse de la société turque jusqu’au sein des familles elles-mêmes. Notre solidarité envers le peuple turc éclairé doit être sans faille. D’une lecture et conférence de poésie annulées à l’engagement aux côtés de mes amis turcs je constate que la poésie de Nâzim, la culture en général, ne sont pas la tasse de thé du gouvernement. Je vais témoigner modestement de ce que j’ai vécu. Je remercie les amis et camarades qui m’ont accueilli. Nous lirons de la poésie une autre fois, ici ou là, passim... « comme les arbres d’une forêt », écrivait Nâzim.

 

 

Patrick Pérez Sécheret

(1er-4 juin 2013, Ankara)

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