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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Prenez soin des roses...

Publié le 28 Novembre 2014 par ruraledeprose

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Dans la fêlure du soir d'automne

il vous offre une poignet d'églantiers

                            avec des roses recluses de caresses d'ombre

 

Il ne serait pas là

son bateau à l'estive des vagues

                     vers des îles ou des étoiles mourantes

éperdues à la pointe du monde

 

Prenez grand soin des roses

en vos paumes

                  éprouvez-lui le vertige d'aimer

 

 

28 novembre 2014 - copyright patrick pérez sécheret.

 

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Comment j'ai cessé d'être juif...

Publié le 28 Novembre 2014 par ruraledeprose

20141127_120301.jpg"Etre juif en Israël signifie être un citoyen privilégié qui jouit de prérogatives refusées à ceux qui ne sont pas juifs et particulièrement aux arabes. Si l'on est juif, on peut s'identifier à l'Etat juif, on peut acheter des terrains..." [lire page 122-123 du livre cité de Slomo Sand "Comment j'ai cessé d'être juif", Flamarion].

Slomo, professeur d'histoire contemporaine à Tel-Aviv, ausculte sans tabou sa condition de citoyen d'Israël à l'aune du passé des citoyens juifs d'Europe puis de la création de l'Etat d'Israël. Ce livre bouscule à bon escient. "Dans l'Etat d'Israël du début du 21e siècle y être juif ne correspond-il pas à ce qu'était la situation du Blanc dans le Sud des Etats-Unis des années 1950 ou à celle des Français dans l'Algérie d'avant 1962?" L'historien va plus loin encore : "Le statut de juif en Israël ne ressemble-t-il pas à celui de l'Africaner dans l'Afrique du Sud d'avant 1994?"

La question est posée et Slomo Sand, descendant des persécutés n'entend pas "se laisser englober dans la tribu de nouveaux juifs laïcs qui voient Israël comme leur propriété exclusive (...)". Une caste qui crée autour d'elle d'insupportables injustices. Slomo conclut son ouvrage utile à tous avec un constat : "Israël est incapable de se délivrer de sa domination coloniale sur un autre peuple (...). Je me sens comme un exilé face à l'ethnicisation juive croissante qui vous enferme, mais je parle, j'écris et je rêve pour l'essentiel en hébreu*." A lire d'urgence cet ouvrage d'une grande humanité et d'une grande clairvoyance.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

* Une langue morte issue de l'araméen

 

Slomo Sand, Comment j'ai cessé d'être juif, Flamarion.

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L'imagination du futur 2 - la Imaginacion del futuro (intégrale)

Publié le 27 Novembre 2014 par ruraledeprose

L’imagination du futur 2 / La Imaginacion del futuro 2

Avertissement

 

Ce scénario théâtral est inspiré d’une pièce chilienne nihiliste, voire libérale, visant à déstructurer l’histoire et la réalité au profit d’une fin de l’histoire et d’un horizon humain de désespérance totale : il n’y a pas de système d’exploitation et d’oppression économique, il n’y a pas de solution hors la gouvernance capitaliste et libérale qui soumet des peuples, les mécanisent au service d’un pouvoir autoritaire et de ses intérêts particuliers : il  faut donc dénigrer et détruire toute appétence à un monde meilleur de démocratie directe remettant aussi en cause les délégations de pouvoir et le régime partidaire.

La pièce chilienne, dont il est fait mention, a été représentée au théâtre Jean-Vilar à Vitry-sur-Scène le samedi 22 novembre dernier devant 700 spectateurs. A contrario d’une critique j’ai opté pour une réécriture du scénario (La Re-sentida) par respect pour Allende, le peuple chilien et le devoir de mémoire car, si tout peut être revisité surtout avec humour (ce dont est dépourvu le scénario en question), critiqué –liberté d’expression et d’opinion sacrée- tout ce qui annihile la réalité, travestit la mémoire pour les générations futures est de nature à voir se reproduire les atrocités du passé. Mon scénario est à disposition sous copyright et remplace une critique improbable que j’aurais sans doute commis au vitriol tout en saluant globalement la prouesse et le talent des comédiens.

Patrick Pérez Sécheret, poète-écrivain

 20141125 174103

Acte 1

Sur scène règne un grand bordel où des comédiens s’affairent en tous sens. En fond, la façade du Palais de la Moneda en ruines (il a été bombardé lors du coup d’Etat militaire de septembre 1973) à Santiago du Chili. S’installe au centre de la scène où on a placé un bureau présidentiel et un fauteuil un militaire gradé ressemblant à Augusto Pinochet. Il prend la parole alors que les comédiens sont rassemblés à l’avant-scène comme une équipe tournant un film ou un clip.

 

Le général :

Mes chers concitoyens, en cette heure grave pour le pays, après trois années d’anarchie et de tentative d’instauration du communisme au Chili, la paix civile est rétablie. Le gouvernement socialo-communiste a choisi le déshonneur à la reddition et à contraint l’armée à intervenir. L’ordre est à présent rétabli et toute résistance est en cours de régularisation car nous avons des espaces pour cela même si, pour quelques temps, la pratique sportive s’en trouvera lésée pour nombre d’entre vous, de même que les établissements universitaires qui resteront fermés le temps d’une rénovation nécessaire (bouchage des trous de balles et lessivage du sang sur les murs). Le commerce reprend, les boutiques sont approvisionnées car le carburant est disponible tout comme les produits de premières nécessités….

Le général est interrompu par : coupez ! Premier comédien s’avance vers lui :

Non ce n’est pas possible. Trop dur, trop clivant ! Il faut convaincre que l’horreur est salvatrice, donner de la hauteur de vue, vanter les bienfaits du libre marché, de la concurrence, le rôle primordial de la famille et du bon dieu.

Second comédien :

Il faut que l’on voit votre regard, déposez vos lunettes noires sur le bureau et placez dessous le fusil mitrailleur américain, il va effrayer les auditeurs.

 

Troisième comédien (une bourgeoise) :Vous parlez à des femmes, à des mères éprouvées par les privations, les nationalisations, la perte de repères judéo-chrétiens. Vous devez materner, vous êtes le papa de la nation chilienne, son sauveur suprême, son guide héroïque.

 

Premier comédien :

on reprend mon général. Moteur.

Le général :

Mes chers Chiliennes et Chiliens, en cet heureux dénouement d’un processus qui menait notre patrie aimée à la ruine et au chaos, je m’adresse à vous le cœur libéré. La paix et la concorde sont revenues, vos familles vont pouvoir vivre normalement, les maris vaquer à leur travail en confiance, les femmes vont pouvoir faire bouillir quelque chose dans leur casserole, les enfants iront sans crainte au catéchisme…

Il est interrompu par le premier comédien :

Coupez ! Non, non, le ton est mou, sans conviction. Il faut donner de l’ampleur aux mots, faire le service après-vente correctement. Vous devez parler en père de famille, en confident du désarroi des riches et de ceux qui pensent le devenir en exploitant les autres, en continuant de confisquer les terres mapuches. On attend de vous un message rassurant, un retour à l’ordre sans ambiguïté.

 

Troisième comédien 

Vous devez faire bander la bourse, mouiller les bourgeoises dans leurs bas de soie ! Vous devez être sexy mon général. (on entend des rafales de mitrailleuses et des cris).

Premier comédien :

On reprend. Moteur.

Le général (qui a déposé ses lunettes noires et masquer son fusil) :

Mes Chers Chiliennes et Chiliens, en cette heure heureuse et lumineuse, sous le regard bienveillant du dieu tout puissant, la paix civile succède à l’anarchie totalitaire communiste dépravée, l’ordre est rétabli et vous pouvez à présent retrouver une vie familiale normale, faire des enfants qui vivront en toute sécurité dans vos maisons, dans la ville et le pays. Il nous faudra encore quelques semaines pour éradiquer définitivement quelques foyers de résistance sporadique dans les poblaciones, pour effacer les traces murales des mots d’ordre ignobles de soi-disant artistes inféodés à Cuba et à Moscou. Oui, nos mères, nos femmes, nos enfants peuvent aller en toute quiétude avant les couvre-feu, profiter des bienfaits de la fortune, du rétablissement du commerce et des transports par l’approvisionnement rapide des compagnies pétrolières amies nord-américaines… (il s’endort visiblement).

Premier comédien : coupez. Le général est fatigué. Il doit se reposer un peu.

On aide le général à sortir de scène alors que fait son entrée un corps de ballet nu, juste tatoué de faucilles et de marteaux, sous un déluge de chants patriotiques militaires. Le ballet évolue dans des postures pornographiques. Un texte s’affiche sur l’écran : Le communisme est un grand bordel, tout appartient à tous et tous appartiennent à tous, on copule en chœur, on spolie les propriétaires de biens immobiliers ou de terres, on enseigne le collectivisme à nos enfants dans les écoles, on nationalise la presse libre, les médias…

 Le ballet sort en file indienne enfin en s’enfilant de façon explicite.

 

Acte 2

 

On a réaménagé le bureau du général en fond de scène et placé au centre une petite estrade avec un micro.

Premier comédien :

Le général va arriver. Il faut changer le décor de fond. C’est trop triste.

 

On change le décor et apparaît une vue du port de Valparaiso. Sur les écrans s’affichent un texte : Ici à Valparaiso a commencé la reconquête des libertés démocratiques grâce à la vaillance de notre armée de l’air formée et encadrée par le Pentagone. Reconnaissance éternelle aux Etats-Unis d’Amérique et à Kissinger et aux grands consortiums internationaux américains pour leur aide financière conséquente ayant permis de bloquer tous les moyens de transports par route permettant l’approvisionnement alimentaire des villes chiliennes, d’exaspérer ainsi les classes moyennes et populaires par la pénurie.

Premier comédien :

Accompagnez le Général jusqu’à son bureau et reboutonnez-le un peu. L’équipe se met en place tout de suite.

Le Général a l’air dans les choux, sa casquette à la visière de côté, il titube légèrement.

Une comédienne en uniforme :

Essais de voix. Mon Général génial et bien-aimé, toussez dans le micro s’il vous en prie.

Le Général toussote et s’étrangle, bascule de son fauteuil. Une équipe de santé arrive avec sirène et matériel. On l’ausculte dans un brouhaha général et l’agitation des comédiens sur une musique de Wagner (Le Crépuscule des Dieux).

Premier infirmier :

Pas la peine de l’entuber, on lui met juste un peu de coke et il va repartir comme Videla en quarante (1).

Premier comédien :

Et la voix ? La voix, elle revient ?

Premier infirmier :

Faites des essais mon vieux c’est votre job !

 

On fait sniffer le Général qui reprend ses esprits et crachote un peu. L’équipe de santé sort avec les sirènes.

Premier comédien :

Mon général reprenez votre discours, la Nation attend avec ferveur vos consignes. Quand vous voulez mon Général.

Le général :

Mes précieux enfants du Chili, la situation est rétablie et je veille au grain. Tout comploteur ou terroriste en puissance est un cadavre en perspective. Je vous informe que les robinets sont ouverts. Même l’Union Soviétique maintient ses prêts et en a réduit les taux qui s’avéraient usuraires pour l’Unité Populaire. Le nabot à lunettes ne plaisait même pas au Kremlin c’est dire ! Un clown vendu à Cuba, un franc-maçon de mes couilles comme dirait Henri. A la honte de se rendre le cabotin a préféré se suicider que de passer en procès pour haute trahison, pour avoir tenté de ruiner notre patrie chérie ! Mais à présent s’ouvre pour vous, enfin ceux qui soutiendront le renouveau, l’ordre, ceux qui se rendent à la messe, les bonnes oies quoi, ceux qui gagnent de l’argent, ceux qui investissent au Chili, pour tous ceux-là la prospérité, l’enrichissement possible.

Le Général est interrompu par un balayeur improbable habillé en pierrot déguenillé.

Le balayeur :

Pour les autres les stades, la torture Villa Grimaldi, les doigts coupés de Victor Jara, le largage des corps suppliciés par hélicoptère dans l’océan, les camps de concentration dans le désert, pour les chiennes de putes de rouge le viol collectif, les manches de pioche dans l’anus ! Voilà pour les autres ! Les pauvres, les plus fragiles seront contraints de se taire, de courber l’échine ou seront châtiés ou contraints à l’exil.

Lentement pendant qu’il parle, un groupe de carabiniers s’approche et l’encerclent. Ils lèvent les fusils et tirent. Le balayeur s’effondre en tentant de chanter : el pueblo unido jamas sera…

Premier comédien :

On reprend mon Général. Désolé de cet incident. Votre ton devrait être un peu plus joyeux, il faut que le peuple oublie, qu’il se sente en confiance, sécurisé, aimé… Un ton un peu jovial conviendrait mais sans en faire trop car vous devez incarner le pouvoir sans faille, apparaître comme le grand protecteur de la propriété privée et des fortunés. Moteur.

Le Général :

Mes Chilienne, mes chiliens, voici venue pour mille ans l’avènement d’une autorité suprême qui dictera l’ordre moral et éduquera les orphelins des chiens de rouge qui ont cru établir les soviets au Chili. Chaque orphelin de ce pays sera confié à une famille catholique et éduqué selon les préceptes de la sainte foi en l’église et en nos valeurs de liberté des marchés et de la concurrence. Nous extirperons le communisme qui est en eux, les mauvais gènes de leur géniteur dégénéré. ( Il fatigue et tremble) Je vous promets des lendemains qui chantent si vous obéissez, si vous ne faites pas chier avec un retour à la démocratie merdeuse qui nous a mené au bord du chaos. La paix sociale sera imposée avec rigueur mais vous aurez la paix sociale. Travaillez, prenez de la peine, enrichissez-vous, à chacune et chacun selon son rang, sa fortune, sa soumission à la junte. Je vous aime mes Chiliennes, mes chiliens, ensemble nous allons remettre le Chili dans le droit chemin. J’ai dit.

 

Le Général est épuisé et s’affale sur son bureau. Une troupe de danseurs mondains envahit la scène sur une valse de Strauss. On sort le Général par l’avant-scène sur une civière qui parcoure le public jusqu’en fond de salle dans un silence macabre. Musique à fond, Strauss déraille en techno, les danseurs deviennent obscènes et se masturbent. Noir intense.

 

Acte 3

On lit sur l’écran un texte en même temps que le texte est dit par un spectateur :

Le spectateur :

« Le mal absolu est la prétention de régner absolument. Et le totalitarisme est pervers dans la mesure où il prétend édifier une gestion parfaitement rationnelle des consciences et imposer de force le bonheur qui répond au désir des maîtres, contraindre à la jouissance – c’est le principe du viol généralisé – aussi bien qu’infliger des souffrances – c’est le principe de la torture généralisée. On condamne le méchant ; le pervers est damné, se damne lui-même. L’être qui vit au-delà du bien et du mal partage la damnation avec l’enfant mort sans baptême du christianisme. La perversité fait état de la perdition du genre humain ; le méchant se perd ou risque de se perdre ; le pervers est déjà perdu. S’il y a un « bon dieu » pour les voleurs, il n’y en a pas pour les pervers. Le pervers n’est jamais « bonhomme », et l’on ne voit pas de quelle Béatitude il pourrait être l’objet. L’homme est capable d’être absolument mauvais, l’être qui pose les valeurs de devenir un vaurien absolu. » 

Patrick Vignoles, De la perversité.

Dans le même temps, on ramène le Général avachi sur un fauteuil roulant et bavant, par la salle jusqu’à la scène. Le fond de scène est devenu noir.

A la fin du texte le téléphone sonne sur le bureau du Général. Les danseurs ramassent leurs vêtements et sortent dans la confusion. Un soldat s’approche et n’ose décrocher. Une secrétaire le rejoint. Le Général est amorphe derrière ses lunettes noires.

La secrétaire :

C’est peut-être important. Il faudrait répondre.

Le soldat lui fait signe de le faire. Il porte un brassard au bras droits mais aucune arme.

La secrétaire :

Répondez, il s’agit s’en doute d’ordres à donner.

Le soldat décroche.

Le soldat :

Allo.

On entend la voix à l’autre bout du fil :

C’est toi fils de pute ! Tu as mis le temps mon salaud !

Le soldat :

Je ne suis pas lui.

 

La voix :

Qui est qui alors ? Où est le général de mes deux !

Le soldat :

Je ne sais pas je viens d’arriver, j’ai décroché. Je suis un soldat légaliste, je sors de ma cachette tout juste. J’essaie de sauver ma peau.

La voix :

Soldat légaliste de mon cul oui ! Enculé de merde, viande rouge infâme ! Retourne te cacher car ta peau va ressembler à une passoire !

Le soldat lâche le combiné et recule lentement les mains portées sur son visage. La secrétaire prend le combiné :

Allo, qui êtes-vous, moi je suis la secrétaire particulière du Général, Ingrid Ochemann.

La voix :

Faites-moi arrêter et fusiller ce fils de pute de rouge déserteur  et trouvez-moi le Général !

La secrétaire :

Mais qui êtes-vous ?

La voix :

Le Président des States mon chou en personne ! Je veux avoir l’enflure de Général sur le champ !

La secrétaire :

C’est que Monsieur le Président, il dort.

La voix :

Il dort le fils de pute alors que je lui envoie des millions de dollars depuis des mois ! Réveillez-le bordel de merde ! Sinon je coupe les vivres à la banque de Londres ! Ce connard veut faire un referendum ! Un referendum, non de Dieu et de l’Amérique !

La secrétaire tente par tous les moyens de faire prendre conscience au Général. Un aide de camp le fait sniffer en vain.

La secrétaire :

Le Général est très mal… Il souffre d’amnésie. Rappelez un peu plus tard…

La voix :

Kissinger le rappellera ce gros Jean-foutre.

Le Président des States raccroche violement. Le fond de la scène est devenu peu à peu un ciel étoilé par temps clair. On aperçoit une multitude d’étoiles. Sur les écrans vont défiler des images d’archives et de liesse de l’époque d’Allende au pouvoir légal au Chili.

Un jeune homme s’avance face au public :

Le coup d’Etat militaire contre le Président Allende, voici quarante et un ans, le 11 septembre 1973, eut un retentissement au-delà de ce petit pays, tant l’espoir qu’avait faire naître son élection notamment sur le continent sud-américain en proie à de nombreuses dictatures militaires.

En France, nous étions nous-même engagés dans un programme commun d’union populaire. Les élections au Chili démontraient que l’union des forces progressistes élargissait son influence électorale. Les élections locales allaient confirmer cela mais des généraux félons devaient en stopper le processus démocratique en lien étroit avec la CIA.

Il y avait eu d’ailleurs une tentative préalable de coup d’Etat contre cette voie ouverte au socialisme par les urnes. Le pays avait certes déjà vécu des fronts populaires, des coups d’Etat militaires aussi qui valurent notamment au poète Pablo Neruda de se cacher pour échapper à la répression, période où il écrivit dans la clandestinité Le Chant général.

Nous avions et nous avons toujours le Chili au cœur. Il ne s’agit pas ce soir de tirer des leçons mais de considérer à partir des réalités de l’époque ce que signifiait l’expérience chilienne de l’Unité populaire pour tout un continent sud-américain et bien au-delà. On vivait mieux, moins pauvre alors au Chili et dans la dignité.

De France, nous regardions ce pays lointain un peu comme un symbole presque un laboratoire : le socialisme pouvait se bâtir dans le respect du pluralisme et des droits de l’homme. Ce n’était pas rien pour l’Amérique Latine, ni pour les pays voulant sortir du néo-colonialisme, ni pour l’Europe qui comptait encore deux dictatures militaires au Portugal, en Espagne.

Au Chili, pays autant peuplé que l’Ile-de-France, avec 13 millions d’habitants, malgré la main- mise de la droite sur la presse et les medias (70%) un espace de justice sociale s’installait concrètement au quotidien de tout un peuple. Les artistes furent d’ailleurs un atout majeur de popularisation du programme de l’Unité Populaire : les peintres muralistes transformèrent les rues, l’espace public en journal pour le peuple. Ils furent la presse libre, les murs devenaient slogans, affiches. Les murs permirent de faire savoir ce que ferait l’Unité Populaire pour et avec le peuple. Les chiens de garde du cuivre, des intérêts des grands consortiums américains ne perdirent pas un instant pour effacer ces fresques de liberté des murs dès le 12 septembre 1973. Allende avait été élu  avec 36,3% des suffrages et son élection confirmée après ratification par les parlementaires y compris de la démocratie chrétienne et du centre.

On doit se souvenir du rôle joué par ITT, la droite extrême soutenue par la CIA pour déstabiliser la société, créer la pénurie, la paralysie progressive du pays et l’agitation de la bourgeoisie qui agitait les casseroles, la grève des camionneurs fin 1972 soutenue par l’argent venu des Etats-Unis, téléguidée pour mettre le pays à la merci d’une intervention militaire orchestrée de l’étranger. Il fallait aussi empêcher à tout prix que le scrutin des élections municipales à venir ou que toute consultation démocratique ne confirment le choix populaire pour Allende et son gouvernement, donc sa légitimité.

Progressivement on entend chanter Victor Jara : Gracias a la vida.

En 1988, lors d’un référendum qui récolta 54% de non, Pinochet abandonna le pouvoir notamment sous la pression de la jeunesse qui étouffait d’absence de liberté. Entre l’armée et l’église, la jeunesse du Chili a contribué à ouvrir une fenêtre mais la constitution du pays est restée verrouillée par le dictateur devenu sénateur à vie…  Pinochet devait avant son départ gommé pour toute une génération un pan essentiel de la démocratie au Chili, mis en place une nouvelle aristocratie de nouveaux riches, placé ses sbires à tous les étages de la finance, transformé les tribunaux en auxiliaires de sa dictature.

Ce que vient tout juste de reconnaître la magistrature en adressant des excuses au peuple chilien. Un droit à l’histoire, un droit de mémoire peu à peu s’éveille notamment pour la jeune génération dont on a voulu lessiver le cerveau en gommant cette période dont le peuple chilien n’a pas à rougir.

Tous les comédiens s’alignent devant la scène pendant que la chanson s’achève. Noir.

 

NDL : Je dédie ce texte à tous mes amis chiliens qui ont connu la torture, la répression, la prison, l’exil, à tous ceux qui ont été persécutés pendant la dictature de Pinochet, à tous ceux qui aspirent aujourd’hui au Chili à vivre en paix sans oubli et qui croient au progrès social et à la fraternité.

Patrick Pérez Sécheret, poète-écrivain

Copyright 2014 patrick pérez sécheret.

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Israël : Etat-nation du peuple juif?

Publié le 25 Novembre 2014 par ruraledeprose

La nouvelle d’un projet de Loi instituant  in fine un Etat-juif où seuls les juifs auraient droit à l’autodétermination me fait froid dans le dos. L’instauration d’une théocratie en Israël c’est-à-dire un Etat dont le pouvoir émanerait de Dieu et gouverné par des représentants investis de l’autorité religieuse ou par un souverain représentant Dieu sur la terre ou dieu incarné me laisse dans un profond désarroi. Certes Moïse aurait dans un livre écrit par les hommes confié La Génèse au peuple dont il s’était reconnu le prophète et le législateur mais quand même. Après l’Iran, le Moyen-Orient disposerait ainsi de 2 Etats théocratiques qui, bien d’évidence, sont des Etats d’exclusion, je dirais même à caractère sélectionniste et raciste. Demain la Knesset doit examiner le projet de Loi. Que pèsera la société laïque ?

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Braderie d’arrière-saison après inventaire

Publié le 25 Novembre 2014 par ruraledeprose

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Posées à même un tapis percé persan des pelures d’échalotes rose

un couteau de cuisine à manche en bois et quelques vieux os d’animaux

A gauche de la salle sur des étagères peintes en jaune criard silencieux

des culottes de zouave de toutes les couleurs et de toutes les tailles

En vitrine un vieillard assis sur un tabouret se tournant les pouces dans tous les sens

il semble avoir perdu la foi dans une botte de foin ou dans une guerre

Un gras silence règne dans l’échoppe en déshérence Entre les lignes

de quelques livres anciens d’anxieux on peut lire des insanités sur l’avenir

Personne de toute façon n’achetait plus de culottes de zouave

dans l’indifférence génitale du fonds de commerce en berne un clown chantait

Ne croyez pas ce tableau désolant ni même appointé à l’oubli

le vieillard veille malgré tout sur le grisbi d’un œil de verre biseauté

Le plus beau le plus envoûtant est la chanson du clown gai pinson

qui remonte les bretelles au désespoir et l’invite à l’exil

 le vieillard sirote une bière en boite en métal d’une marque étrangère

il partira lui aussi en exil mais dans sa tête

Le petit commerce n’est plus ce qu’il est Les rideaux vont se baisser

un couple passera devant sans rien imaginer qu’une nuit de plaisir parfumée

25 novembre 2014 – copyright patrick pérez sécheret.

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3e festivial de poésie in vitry

Publié le 20 Novembre 2014 par ruraledeprose

urbaine de poésie

 

présente

 

 

des voix au chapitre

 

3e festivial de poésie in vitry

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Avec

Myriam (poète)

dume ottavi  (auteur, compositeur, interprète)

christiane beloeil (poète, écrivain)

thierry renard (poète)

anna maria caroline celli (poète)

patrick pérez sécheret  (poète-écrivain)

jean l’anselme  (coup de chapeau au poète disparu)

 

______________________

vendredi 5 décembre 2014

à 19h  à la maison de l’afrique

7 rue des carmes 75005 paris

 

 

Métro Maubert-Mutualité

 

dédicaces cd-livres des auteurs pour vos cadeaux de fin d’année.

entrée bon de soutien: minima 6 euros.

réservation : Tél. 06 17 09 84 37 ou urbainepoesie@hotmail.fr

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Dans la nuit ardoisée...

Publié le 18 Novembre 2014 par ruraledeprose

Réapprendre le goût du beau

détricotée l’envie d’attendre les navires angéliques

Pousser l’horizon du coude et porter haute la voix

à portée des yeux

à portée d’amour chanter

dans la nuit ardoisée de vos sourires en flammes…

20141116 172732copyright 2014 patrick pérez sécheret.

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L'Exigence

Publié le 14 Novembre 2014 par ruraledeprose

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Toutes les aubes indécentes aux clochers des collines profanes

Tous les soirs alanguis aux berges oblongues des fleuves

Tous les crépitements affolés dans les forêts trempées de mousse

Toutes les saveurs des fruits comme un foutre sous la langue

Toute la vie dépeignée dans le lit pudique des lumachelles

Toutes les couleurs fardées au bastringue des étoiles :

L’exigence nette d’un printemps l’amour sous les plumes

hébété de fauvettes…

14 novembre 2014 – copyright patrick pérez sécheret.

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paysage d'automne

Publié le 13 Novembre 2014 par ruraledeprose

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L’automne est doux sous une pluie perlante

les boutiques clignotent dans la ville

Quelque ailleurs on a semé l’écourgeon

réparé des clôtures ou remisé un toit

Le poète songe débrousser l’horizon de sa fatrasie

L’automne est doux bercé d’un vent de suet au balan du soir

des volets se ferment en ville

Quelque part la nuit diffluente recouvre des campagnes

Permanencier sans solde le poète extravague

et dit aux réverbères  il fera beau demain

L’automne est un peu saoul ce soir

ou amoureux va-t-on savoir

13 novembre 2014 – copyright patrick pérez sécheret.

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Imagine...

Publié le 13 Novembre 2014 par ruraledeprose

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Des jours germineraient sans chardon ni nuage frêles et flous sous un vent vert

Des jours aux fragrances de Provence sur champs de lin gris-bleu

Nous aurions en nos mains des comètes de soleil pour la fin de l’hiver

Des lèvres mélodieuses pour asseoir nos baisers aux rives de fleuves clairs

Des prairies sans vergogne où naissent des aurores du tonnerre de Dieu

Imagine…

Des jours attentifs à l’appui de nos rêves de calme et sans monotonie

S’achevant dans la nuit en un bruit léger de feuilles tombées des arbres

Nous loverions dans nos yeux la couleur de l’amour son feu blotti

Le monde aurait bougé sa lourde face de clown et de marbre

L’univers scellé d’azur les mots rituels de nos marées jolies

Imagine…

Des jours viendraient sur nos corps engourdis par la saison des pluies

Des jours denses en frissonnement soyeux dans les bosquets de roses

rouges aux épines délicates Des jours neufs aux souvenirs ourdis

sous nos pas silencieux cadencés d’une ultime neuve prose

Des jours sans falbala au goût de mûre et de murmures sertis

Imagine…

Des jours viendraient mourir funambules et sans frémir aucunement

de l’orage de la peur des blessures anciennes nos cœurs fredonneront

des chansons sans parole aux musiques sublimes d’oiseaux pianotant

sur les touches de nos phalanges la plus scintillante des partitions

Des jours sans commune mesure plus vastes qu’un océan

Imagine…

Imagine…

Des jours que nous épicerions villanelle et de fruits malicieux

de rires enrubannés de clarté et tout frais déposés sur l’autel

d’une chapelle de campagne au fronton découpé de dentelles

Sans avoir chaussé ni l’habitude ni des bottes de sept lieues

qui sans hâte pourraient en nonchalance devenir vieux

 13 novembre 2014 – Copyright patrick pérez sécheret.

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