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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Une Danaïde immense

Publié le 31 Juillet 2015 par ruraledeprose

Une Danaïde immense

Le temps passe mais, paradoxe, ne passe pas, il lente, il interpelle : il n’est que, il est déjà… C’est une sinécure le temps, un calvaire. Déjà, on sera passé à demain. Pourquoi attendre que le temps passe ? Le temps à tuer ne sert pas à grand-chose : il se tue d’ailleurs tout seul. Pendant le temps, il suffit de faire semblant de vivre, d’employer son existence de justificatifs, de relations sociales, d’actes au service d’autrui, ah la grande âme ! On peut, on veut aimer, pour que le temps s’arrête comme un lièvre sur le champ le soir quand l’humidité s’installe après la chaleur lancinante de l’été.

La présence de l’autre vaut toute une vie même si ce n’est pas vrai car l’on se remet toujours d’une séparation, d’un drame ou on fera semblant de vaquer à l’inutile, aux autres qui attendent de vous une béquille de plus, une adresse, un coup de main, une caresse, une obole. Mais, tout ceci forme un tout qui se nomme vivre, la vie. On ne peut pas s’abstraire, s’exiler sur une île, vivre juste d’amour et d’eau fraîche. Pourtant, l’eau fraîche, l’amour, demeurent l’essentiel. N’est-ce pas la raison de vivre sans faire semblant, être nu, dépouillé des enjeux, enfin libre ?

Le monde extérieur vient se poser sur notre tête, on renifle sec, on rue, on assume, on patiente et le temps passe. Le temps un jour aura véritablement passé. On sera mort à temps. A temps de quoi ? L’amour ébauché, ses sourires esquissés.. il aura un peu fait beau. On peut se consoler de savoir que l’autre gardera quelques souvenirs en bouche quelques temps encore, entre ombre et lumière, une fin d’après-midi à Collonges-la-Rouge.

A présent, occupons-nous du présent, vivons de beaux jours, aimons-nous lentement, fougueusement, prenons tout le temps en nos bras, faisons de la vie une danaïde immense.

Copyright 2015 – Patrick Pérez Sécheret.

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L'écrivant d'un été

Publié le 30 Juillet 2015 par ruraledeprose

L'écrivant d'un été

Je n’aime pas les gens désabusés, qui vivent dans une certaine opulence surtout, dénigrent plus qu’ils ne critiquent, bavent à longueurs d’antenne sur les créateurs, leurs semblables, leurs sacro-saints concurrents, alors, alors, qu’ils se fréquentent aux clubs, se congratulent en public et, bien sûr, sont presque tous des intellectuels fabriqués par le système qu’ils dérouillent à satiété mais dont ils tirent subsides.

Je n’aime pas les gens qui s’approprient la pensée d’autrui, dissèquent le vouloir dire, le signifier de l’œuvre des autres.

Je n’aime pas les gens désespérés sauf les vrais, ceux dont on ne parle pas ou plus, ceux dont on évite de croiser le regard sur les trottoirs de nos villes, devant les boulangeries, Les effarés écrivait Rimbaud -que l’on vient de ressortir des limbes alors qu’il est né en 1854 et mort en 1891-, quand ils tendent la main ou un gobelet en plastique, avec ce sourire étrangement doux qui bouscule la conscience ou la foi ou les deux ensemble. Je n’aime pas la suffisance des peurs dans le mépris des pauvres.

Je n’aime pas les gens imbus d’eux-mêmes, abusés d’eux-mêmes dont le nombril rutile à terre à la moindre adresse flatteuse à leur égard, à la moindre critique où leur nom apparaît dans la gazette ou aurait été prononcé à l’antenne tel jour tel heure et, en plus, lors d’une grande écoute, au journal télévisé par exemple, par un grand présentateur, et sûrement pas un second couteau à pas d’heure en fin de soirée.

Je n’aime pas les gens qui portent une épée parce qu’ils ont tenu un stylographe très longtemps, ni le bicorne qui me remémore l’Espagne franquiste. Je n’aime pas les gens sanglés dans leurs certitudes, leurs principes intangibles qu’ils froissent comme cela les arrange, apeurés face à la mort qu’ils pensent une postérité plausible.

Je n’aime pas les gens confus qui n’ont aucune confusion. Je n’aime pas qu’on m’aime pour moi-même comme si j’avais besoin d’un secours, d’une prière, d’un ange de mieux apparu subrepticement au fond du jardin à la française en terrasse du château de Turenne.

Rien ne m’étonnera des gens que la couleur de l’amour en leurs yeux, s’il existe un peu, son exigence de liberté en partage du présent sans hypothèse froide, sans manipulation d’aucune sorte de l’autre, ni promesse fortuit

Je m’y ploie sans renoncer à feindre la douleur légitime d’une égratignure au front, fouetté par quelques chênes nains des Causses, auprès desquels il faut s’accroupir pour trouver un instant d’ombre, sans renoncer à lui sublimer une blessure infime au genou provoquée par galet du Lot lors de la mise à l’eau du canoé.

Aimer est possible et parole de fou, d’orgueilleux, de tendresse immature.

Je n’aime pas ou plus écrire car cela dépossède de la parole, vous ruine la voix jusqu’à l’addiction aux mots formés sur des feuilles blanches ou grisées de préférence, sans doute par fatuité, au stylographe à plume en or, à l’encre bleue, que l’on vous avait offert à l’occasion dont on ne sait plus l’époque et la raison, pour vous convaincre d’être écrivain alors que vous ne serez jamais qu’un écrivant de souvenirs d’école communale, de combats arrangés pour la cause des peuples, d’amourettes déchues ou on ne sait quoi.

J’aime les voyages surtout insensés mais ce que j’aime par-dessus tout est votre tête posée contre mon épaule, quand la nuit vient recouvrir nos vies d’un châle souverain de brume, quand bien même l’insomnie semble perpétuellement indélicate et futile.

Copyright 2015 – patrick pérez sécheret.

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Jeu de Lune

Publié le 28 Juillet 2015 par ruraledeprose

Jeu de Lune

Je veux partager le jeu de la Lune dans ses vagues de nuages noir et rose ce soir, cette semblance de tristesse, de sobre félicité et de beauté voilée.


Elle disparaît des instants dans un gris foncé bleu pour renaître sans fin, se dissiper à nouveau.

J’ai l’appréhension de ne plus jamais la revoir, je pense qu’ainsi ce qu’on aime, ceux que l’on aime, ainsi, disparaissent vitement ou lentement, certains pour ressurgir, que la vie va à façon des nuages avec fougue ou nonchalance, dans un ciel de nuit.

Et, si le cœur se serre un peu, il n’angoisse pas, il trouve de la sérénité au va-et-vient grandiose et silencieux.

On apprend plus en quelques jours que des années-lumière, plus en un fragment de nuit qu’en toute éternité.

Copyright 27 juillet 2015 – patrick pérez sécheret.

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L'été

Publié le 17 Juillet 2015 par ruraledeprose

L'été

Personne ne viendra plus sur le sentier cabossé parmi les noyers et l'offertoire, sous la rouille, constellée de fines limailles. On ne viendra plus, les ronces auront beau jeu, les herbes envahissent le mur jusqu'au clocher de pierre. Le coeur agrémente l'absence en silence couperosée du soir. L'été déroute les effluves denses de la terre. Elles enveloppent délicatement fragiles. Tout dans l'air est posé, à merci des narines, de la chair. La nature en sueurs, le besoin, le désir, se mêlent en étrange alchimie marine. L'amour occupe toute vos pensées mais dénué d'empathie. L'été on oublie d'être triste, on se brode de gentillesse, d'attention, l'accessoire s'évide du champ du présent, on tient ouvert le regard sur le visage aimé. La poésie n'est en rien d'urgence en été, on la veille, une permanence de l'écoute vive des sons, des phrases perdues, recouvertes de méprise ou de malentendu, dans les hautes herbes en juillet, avant la fenaison, les meules roulées, la respiration du silence après l'orage où la guerre, la trace de pas sur la négritude du soir. La poésie bat de l'aile en été dès l'aube venue trempée du sperme nocturne, comme l'amour, c'est presque tout un monde qui palpite d'aimer, accepte l'inconnu et la patience.

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