Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

ALI BENACHOUR EST MORT

Publié le 29 Octobre 2016 par ruraledeprose

Marie m'apprend la terrible nouvelle Ali est mort. Je ne peux rien dire. Juste des larmes d'amour. Et puis,ce texte qui prendra place dans un prochain livre  intitulé Les Personnages. Ali, mon ami tu vas me manquer trop. Je te serre sur mon coeur. Salam.

 

Je me suis dit qu’il serait bien que tu racontes des choses pour les autres. Ta mémoire est importante. Peut-être nos rencontres permettront de poursuivre ton récit si tu le souhaites évidemment l’ami. Je t’embrasse, amitié à toi et bonjour à Marie.

 

Je n’ai plus de nouvelles et j’imagine le pire.

 

Il y a quelques temps Ali Mohand [il faut prononcer le d], féru de poésie et de littérature, fils de bédouin, m’a parlé de son père. Un jour d’avant la guerre d’indépendance, son père construisit une petite maison de poche près d’un village mais la tente bédouine restait dressée juste à côté. Ali Mohand avec ses mots hachés cherchait à parler de réconciliation pour en finir avec les choses d’avant et d’après la guerre d’indépendance. Son père se sédentarisait pour que ses enfants aillent à l’école apprendre, s’instruire, avoir une situation en société. Voilà pourquoi ils habitèrent dans la petite maison.

 

Ali fréquenta la communale. Son père cherchait à s’employer. Un jour un colon modeste d’origine espagnol lui proposa de venir l’aider à cultiver un champ et le questionna sur ce qu’il faudrait semer car, à l’époque, les prévisions de bonne récolte ne pouvaient pas s’appuyer sur les données connues d’aujourd’hui. On ne pouvait prévoir à l’avance la pluviométrie et le reste, on ne savait donc pas si on y laisserait la chemise ou bien non avec ce champ, si on travaillait pour des haricots... Le père d’Ali conseilla au colon de planter des haricots blancs et ce dernier indiqua en retour que le fruit de la récolte serait partagé cinquante-cinquante. Une poignée de main scella le contrat entre les deux hommes. Un champ pierreux dansait dans les yeux de mon vieil ami Ali au fil de son récit. Les récoltes furent bonnes et le gain enregistré par les deux hommes. Ali a vu ainsi se construire une vraie maison au village. Son père possède à présent une épicerie, petite aussi. Les années s’agrainent et il obtient son entrée en 6e avec fierté. La guerre s’achève après le Cessez-le-feu, des représailles commencent ou une épuration, au choix.

 

La maison d’Ali sera visitée plusieurs fois, des hommes placeront le pistolet sur la tempe de son père, ce renégat qui bossait pour un colon. Le colon perdra sa petite ferme et son champ : il devra partir loin de ce pays où il est né et pour dieu c’est où car l’Espagne est une dictature et lui plutôt communisant. Ali sera privé d’école pendant quatre mois, le temps des réjouissances pour fêter l’indépendance nationale algérienne acquise, un temps euphorique de victoire. Le peuple ne sait pas encore que les accords scellés avec la France l’ont spolié des richesses du gaz, que les essais nucléaires vont se poursuivre encore quelques temps... Ali vit des moments épouvantables avec des autorités locales qui considèrent son père comme un collaborateur, une sorte de Harkis des champs.

 

            La famille de mon ami Ali n’a nui à personne, tout le monde achetait les haricots, elle a juste concilié le présent et l’avenir des enfants. Le père s’est retrouvé en prison, la famille paria. Il me raconte tout cela Ali, sans colère. Il a juste un peu mal des mots, mal à l’école, mal d’une révolution confisquée. Il n’attend ni excuse ni rien, il vit en HLM à Vitry-sur-Seine, il a pris sa retraite depuis quelques mois et attend sa compagne. Il me montre ses diplômes d’études approfondies en socio-économie du développement. Son exil en France, son histoire ramassée en quelques paroles sobres, ses cicatrices, s’adressent à moi sans rancœur. Son air un peu aristocratique, sa tenue, son port de tête, sa canne, tout indique l’homme lettré, posé qui appréhende le monde d’un sourire, un homme libre.

 

Je voulais vous rapporter un peu de son histoire, vous dire son humanité, son engagement sans faille pour les idées progressistes. Il nous faudra bien un jour, demain, aujourd’hui déjà, affronter cette guerre, son avant, son après, que les rives se souviennent qu’elles ne pourront jamais grand-chose contre la mer. Il faut que les rives se parlent, il faut que les rives racontent sans aménité leur destin commun. Et, bien sûr, les paroles de mon ami Ali, m’encerclent et me conduisent à Blida-les-roses, elles résonnent dans mon crâne, je prends de mémoire le bateau et je vois Alger s’éloigner dans un halo bleu, gris et blanc et une jeune femme m’accompagne.

 

Ce qui nous relie tient d’une feuille de papier à cigarette, la tombe de son père à Makouda en Algérie, la tombe du mien, né à Blida en 1896, au cimetière d’Orly, le 17 octobre 1961 avec une stèle en mémoire sur la berge de Seine à Vitry près de l’écluse, la visite de Hollande à Alger pour ne dire pas grand-chose et revenir déclarer la guerre sur la terre du Mali, faire survoler l’Algérie par son aviation militaire...

La jeune femme et moi ne sommes pas bredouilles, nous sommes atterrés du verbatim des chefs d’Etat, de la langue de bois qui prône la fatalité, le renoncement, nous sommes en éveil. Ali et d’autres nous attendent, nous devons nous parler, nous avons le droit de savoir, le droit de porter d’où nous venons à la pleine lumière.

 

Cette nostalgie du retour et cette soif de la lumière ne sont pas un pèlerinage vain mais un sursaut de résistance et de dignité, une volonté farouche de reconstituer le puzzle d’humanités et de mémoires perdues, de concilier nos mémoires. Ali m’a ouvert de nouvelles portes tout comme ce Centenaire de 14-18 qui m’a rapproché de mon Poilu de père, de la jeune femme et son pays étranger, des silences en différence de nos pères. Le sien exilé à Paris après les accords d’Evian, le mien exilé à l’armée française, classe 17 à Verdun, et parti trop tôt le jour de mes 12 ans.

 

Nous avons en commun, la jeune femme, Ali et moi, le souci majeur d’assimilation critique d’un patrimoine constitué d’une filiation et d’une géographie humaine. Sortes d’explorateurs nous faisons vivre nos morts et nos vivants, nous nous arrogeons sans prétention ni pédanterie, une mémoire éparse, une mémoire qui est nôtre et que le grand livre de l’histoire des peuples n’a que peu  rapporté.

 

Les pages blanches devant nous sont des plages immenses à déchiffrer parmi les vagues de mensonges ou de silences par omission.

Le Personnage Ali

 

 

Je me suis dit qu’il serait bien que tu racontes des choses pour les autres. Ta mémoire est importante. Peut-être nos rencontres permettront de poursuivre ton récit si tu le souhaites évidemment l’ami. Je t’embrasse, amitié à toi et bonjour à Marie.

 

Je n’ai plus de nouvelles et j’imagine le pire.

 

Il y a quelques temps Ali Mohand [il faut prononcer le d], féru de poésie et de littérature, fils de bédouin, m’a parlé de son père. Un jour d’avant la guerre d’indépendance, son père construisit une petite maison de poche près d’un village mais la tente bédouine restait dressée juste à côté. Ali Mohand avec ses mots hachés cherchait à parler de réconciliation pour en finir avec les choses d’avant et d’après la guerre d’indépendance. Son père se sédentarisait pour que ses enfants aillent à l’école apprendre, s’instruire, avoir une situation en société. Voilà pourquoi ils habitèrent dans la petite maison.

 

Ali fréquenta la communale. Son père cherchait à s’employer. Un jour un colon modeste d’origine espagnol lui proposa de venir l’aider à cultiver un champ et le questionna sur ce qu’il faudrait semer car, à l’époque, les prévisions de bonne récolte ne pouvaient pas s’appuyer sur les données connues d’aujourd’hui. On ne pouvait prévoir à l’avance la pluviométrie et le reste, on ne savait donc pas si on y laisserait la chemise ou bien non avec ce champ, si on travaillait pour des haricots... Le père d’Ali conseilla au colon de planter des haricots blancs et ce dernier indiqua en retour que le fruit de la récolte serait partagé cinquante-cinquante. Une poignée de main scella le contrat entre les deux hommes. Un champ pierreux dansait dans les yeux de mon vieil ami Ali au fil de son récit. Les récoltes furent bonnes et le gain enregistré par les deux hommes. Ali a vu ainsi se construire une vraie maison au village. Son père possède à présent une épicerie, petite aussi. Les années s’agrainent et il obtient son entrée en 6e avec fierté. La guerre s’achève après le Cessez-le-feu, des représailles commencent ou une épuration, au choix.

 

La maison d’Ali sera visitée plusieurs fois, des hommes placeront le pistolet sur la tempe de son père, ce renégat qui bossait pour un colon. Le colon perdra sa petite ferme et son champ : il devra partir loin de ce pays où il est né et pour dieu c’est où car l’Espagne est une dictature et lui plutôt communisant. Ali sera privé d’école pendant quatre mois, le temps des réjouissances pour fêter l’indépendance nationale algérienne acquise, un temps euphorique de victoire. Le peuple ne sait pas encore que les accords scellés avec la France l’ont spolié des richesses du gaz, que les essais nucléaires vont se poursuivre encore quelques temps... Ali vit des moments épouvantables avec des autorités locales qui considèrent son père comme un collaborateur, une sorte de Harkis des champs.

 

            La famille de mon ami Ali n’a nui à personne, tout le monde achetait les haricots, elle a juste concilié le présent et l’avenir des enfants. Le père s’est retrouvé en prison, la famille paria. Il me raconte tout cela Ali, sans colère. Il a juste un peu mal des mots, mal à l’école, mal d’une révolution confisquée. Il n’attend ni excuse ni rien, il vit en HLM à Vitry-sur-Seine, il a pris sa retraite depuis quelques mois et attend sa compagne. Il me montre ses diplômes d’études approfondies en socio-économie du développement. Son exil en France, son histoire ramassée en quelques paroles sobres, ses cicatrices, s’adressent à moi sans rancœur. Son air un peu aristocratique, sa tenue, son port de tête, sa canne, tout indique l’homme lettré, posé qui appréhende le monde d’un sourire, un homme libre.

 

Je voulais vous rapporter un peu de son histoire, vous dire son humanité, son engagement sans faille pour les idées progressistes. Il nous faudra bien un jour, demain, aujourd’hui déjà, affronter cette guerre, son avant, son après, que les rives se souviennent qu’elles ne pourront jamais grand-chose contre la mer. Il faut que les rives se parlent, il faut que les rives racontent sans aménité leur destin commun. Et, bien sûr, les paroles de mon ami Ali, m’encerclent et me conduisent à Blida-les-roses, elles résonnent dans mon crâne, je prends de mémoire le bateau et je vois Alger s’éloigner dans un halo bleu, gris et blanc et une jeune femme m’accompagne.

 

Ce qui nous relie tient d’une feuille de papier à cigarette, la tombe de son père à Makouda en Algérie, la tombe du mien, né à Blida en 1896, au cimetière d’Orly, le 17 octobre 1961 avec une stèle en mémoire sur la berge de Seine à Vitry près de l’écluse, la visite de Hollande à Alger pour ne dire pas grand-chose et revenir déclarer la guerre sur la terre du Mali, faire survoler l’Algérie par son aviation militaire...

La jeune femme et moi ne sommes pas bredouilles, nous sommes atterrés du verbatim des chefs d’Etat, de la langue de bois qui prône la fatalité, le renoncement, nous sommes en éveil. Ali et d’autres nous attendent, nous devons nous parler, nous avons le droit de savoir, le droit de porter d’où nous venons à la pleine lumière.

 

Cette nostalgie du retour et cette soif de la lumière ne sont pas un pèlerinage vain mais un sursaut de résistance et de dignité, une volonté farouche de reconstituer le puzzle d’humanités et de mémoires perdues, de concilier nos mémoires. Ali m’a ouvert de nouvelles portes tout comme ce Centenaire de 14-18 qui m’a rapproché de mon Poilu de père, de la jeune femme et son pays étranger, des silences en différence de nos pères. Le sien exilé à Paris après les accords d’Evian, le mien exilé à l’armée française, classe 17 à Verdun, et parti trop tôt le jour de mes 12 ans.

 

Nous avons en commun, la jeune femme, Ali et moi, le souci majeur d’assimilation critique d’un patrimoine constitué d’une filiation et d’une géographie humaine. Sortes d’explorateurs nous faisons vivre nos morts et nos vivants, nous nous arrogeons sans prétention ni pédanterie, une mémoire éparse, une mémoire qui est nôtre et que le grand livre de l’histoire des peuples n’a que peu  rapporté.

 

Les pages blanches devant nous sont des plages immenses à déchiffrer parmi les vagues de mensonges ou de silences par omission.

 

commentaires

A hue et à Dieu

Publié le 18 Octobre 2016 par ruraledeprose

Dieu il en pense quoi du monde de sa création

Alep Mossoul le Yémen la Somalie le reste

La fureur des guerres au nom du fric des religions

Des manifs pour certains la calotte agreste

 

Dieu il en pense quoi de son grand bordel

Des consciences dans leur missel

Leur torah leur coran leur idéologie

La compassion en solde pour mépris

 

Il ne répondra pas nous l’avons inventé

Pour la commodité de nous entretuer

De croire une suprématie de la pensée

Sur les autres au nom de connes identités

 

18 octobre 2016 – copyright patrick pérez sécheret.

 

 

commentaires

Le beau monde

Publié le 17 Octobre 2016 par ruraledeprose

Il y a ceux qui se font raccourcir le nez

Remonter les fesses ou le moral

Oter les poches sous les yeux

Ceux qui s’avortent de leurs ridelles

Pour faire moins vieux

Il y a ceux qui se font raboter le menton

Recoller les pavillons

Rehausser les seins

Redessiner la bouche

Ceux qui pensent que paraître

Est plus important que d’être

Ceux qui se taisent n’osant plus chanter

Ceux qui écrivent dans leur tête

L’histoire de leur vie en miettes

Ceux qui ont subi des sévices

Aimer à genoux

Jusqu’à plus soif de sanglots

Ceux qui veulent promettre

La vie en rose par le martyr

Ou les grands soirs révolutionnaires

Ceux qui n’étaient pas juifs

Ni poètes

Qui n’ont rien dit

Peureux des représailles

Devant les camps de la mort en pagaille

Les flammes sur Guernica

Oradour-sur-Glane et Lidice

Les cendres à Hiroshima

Le napalm au Vietnam

Ceux qui ont le doigt du pied gauche

Trop long par vanité

Le cou tordu

Vers le passé

A tout jamais serviles

 

Et puis ceux enfin qui gardent l’enfance au chaud

En trésor d’étoiles

Et qui parlent aux nuages avec précaution

Et s’aiment sans crier gare 

 

5 octobre 2016 – patrick pérez sécheret copyright.

 

commentaires

Rue de l’Industrie (3) L’Aubade

Publié le 11 Octobre 2016 par ruraledeprose

Rue de l’Industrie (3) L’Aubade

Ah je voudrais encore vous dire

Les soirs où j’écrivais des poésies

Et les cachais au matin sous l’évier

Du palier derrière les tuyaux

Et comment bien plus tard

Je m’en suis souvenu

Grimpant les étages quatre à quatre

Pour les retrouver

En vain

Des poésies sur les animaux surtout

Car j’étais fou de La Fontaine

Un manant me les a volé pour sûr

Pour boire un verre en frimant

Des poésies qui ne valaient pas

Un pet de nonne certes

Maman Antonine aimait bien

Que je sois préposé à la poésie

Une espèce de toupet

Ah je voudrais que tout cela finisse

Et les images m’incendient de partout

L’odeur des tartines grillées

Le café au lait

Les bisous

L’enfance qui me prend par la main

Pour ne pas m’oublier sur un banc public

Heureux encore d’être aimé

Les cimetières aux herbes folles

Les photographies du temps passé

Tout cela doit suffire

A rendre pacifique l’humanité

Ah je voudrais encore vous dire

Les dimanches à Villejuif

Chez tante Lulu et l’oncle René

Les parties de billes à la tique au pot

Le clafoutis aux cerises

Le car cahotant sur les pavés

Jusqu’à la porte d’Italie

Les dimanches à la campagne

Alors que les terrains du périphérique

Servaient de champs de manœuvre

Pour nos exploits de cow-boys

Et que les chevriers y venaient vendre

Du lait et des fromages

Ah je voudrais vous dire encore

La Butte-aux-Cailles et ce maçon

Exilé de la Guerre d’Espagne

Qui la construisit de ses mains

Lui donna peut-être son allure andalouse

Il avait bâti sa propre maison sur un îlot

Ruelle Gandon et planté de la vigne

Tout cela est parti aux oubliettes du monde

Je vis sur des squelettes à présent

Sur des ruines

Et cela me donne envie de vivre

Un présent doux

Loin d’ici

Mais je n’ai pas fini de dire

Je n’en finirai jamais

Je ne suis que ce qu’ils furent

M’ont donné m’ont appris

La couleur de l’humanité

Des gens simples et modestes

Le cœur de l’humanité nue

Aux mains calleuses

L’effort en bandoulière

La tendresse à la bouche

11 octobre 2016 – copyright patrick pérez sécheret.

commentaires

Rue de l’Industrie (2) : le temps des apaches

Publié le 11 Octobre 2016 par ruraledeprose

C'était quelle année de quand?
C'était quelle année de quand?

Cet été à Couhé-Vérac on lapida un lapin

Un coup de bâton sur la nuque

Puis la gorge tranchée pour récolter le sang

Dans une jatte en terre

J’étais en première ligne attentif

Après on a coupé le lapin aux pattes

Pour le retrousser

Et ôter la peau

Le lapin était mort dépecé

La peau servit à quelque chose

Comme rue de l’Industrie à Paris

Avec la pelleterie

Je n’ai pas compris cet été soixante trois

Que Joseph s’en allait partir

Personne ne m’a rien dit

Pourquoi enfin sans doute

J’étais en vacances avec Papa et Maman

On voulait me dire les choses

Mais l’on ne m’a rien dit

Maman ou tante Jeanne cuisinaient

Une autre fois ce fut une poule au pot

Pareil la jatte la huette tranchée le sang

Cela ne me faisait rien

Je pensais dormir avec les cousines

Et mon petit pénis frémir de leurs chairs

On jetait les restes des bêtes dans un ancien puits

Au jardin fleuri

Maman buvait des limonades

Belle sous la pergola au jardin

Moi j’avais droit à la grande cuve lessiveuse

Qui servait de douche

Les cousines venaient coller leur nez

A la vitre embuée pour voir mon zizi

Je ne m’en contrefichais quand même pas

Plus après on allait à la baignade

J’avais une peur bleue des serpents

On les voyait frémir sur l’eau

Des vipères surtout comme celles

Que l’on attrapait à la main

Pour les vendre à la pharmacie

Pour des vaccins

Dans un sac de jute

Et je pensais à notre appartement à Paris

Rue de l’Industrie

Sa quiétude

La famille

Le mot m’effare pourtant

J’ai haï la famille ses leçons

Venues d’ailleurs d’outre-tombe

Sans effet quand il s’est agi de mon devenir

Mon sort d’orphelin

J’étais trop agité et impertinent

J’étais juste de trop dans leur vie

Certains de la famille

Avaient bien profité de l’Occupation

Du marché noir

Des combines de Joseph

Tiré leurs marrons du feu

Alors que l’on n’en vendait plus dans les rues

C’est comme cela la vie

A l’emporte-pièce des autres

Qui vous font ou vous défont votre identité

Vous livre à la DASS par voie de justice

Au néant de l’affection

Et d’alors je garde les mots de mon frère

La vie continue me disait-il

Et elle continuait

Nous allions sur les chantiers

Je tenais la mire

J’existais

J’incendiais néanmoins la famille

De lettres d’injures

De reproches terribles

Sur l’abandon consumé

J’avais quinze ans à peine

Des poèmes plein les bras

Le monde m’appartenait

Enfin je le pensais

La rue de l’Industrie

A la mort de Julienne en soixante sept

Ma douce Grand-mère aux yeux bleus

Ne fut plus qu’un souvenir heureux

D’escapades de chevauchées dantesques

Au pays des Apaches

Je devais grandir à présent

Devenir adolescent me bâtir en somme

Et je demandais à Betty

De me montrer ses seins un jour

De surprise-party

Elle me les montra

Et je fus ébloui oui ébloui

Après le temps passa lentement

Je devenais un peu voyou

Fréquentant des apaches

Issus de la Brillat-Savarin à Paris

Pattes sur les joues

Boots pointues

Coiffés à la Elvis

Des cœurs tendres durs

Ils me protégeaient

Disant toi t’es la tête

Nous les bras

Doux poètes de la zone

Perdus en banlieue

Je vous aimais

J’ai grandi

Beaucoup plus dans ma tête

D’ailleurs

Je voulais être poète

Tout cela s’empêtre à présent

Mes bonheurs de ces années pètent

Comme des feux d’artifice

Je suis heureux de ce passé fertile

Avec des voyous

Une famille de merde

Mon grand frère qui m’a aimé

Avec Lili et quelques autres

Sinon j’aurai failli

J’aurai volé des mobylettes

Noyé mon chagrin dans l’alcool

Ou pire encore

Car déjà on fumait

Autre chose que le calumet de la paix

En Algérie en Indochine

Mais où je vais à présent dites

Avec ces joies hétéroclites

Ce temps passé lumineux

Qui a fait ce que je suis

Un humain présentable

A la table de Jésus

De m’en dites rien je suis ému

Et ma rue de l’Industrie me poursuit

Sur ses pavés j’ai fait mes universités

Mes apôtres de la vie

Mon école de la vie

Et mon grand frère me sourit

Doucement dans ma tête

Quand j’ai la nostalgie

De ma petite rue de l’Industrie…

PS : J'ai eu le bonheur de mener Thomas dans ma rue, il avait huit ou neuf ans, je crois. Nous sommes montés ensemble au troisième étage entre les planches qui annonçaient la démolition imminente... Je n'ai pas de photographie hélas.

11 octobre 2016 copyright patrick pérez sécheret.

commentaires

Ô mes amis !

Publié le 11 Octobre 2016 par ruraledeprose

A 16 ans j'étais très christique non?
A 16 ans j'étais très christique non?

Le temps roule sa bosse trop vite ou plus exactement je ralentis, je prends mon temps sur tout. Mais cela laisse à la bouche un goût de manque de vous, une absence prolongée trop longue. Il n’y a sans doute rien à y comprendre au temps et au reste, du pourquoi cesser de se hâter. Mais voilà, l’idée de téléphoner si elle est bien présente se dilue dans une remise à demain incessante.

Est-ce l’envie de ne pas parler, de n’avoir pas envie de raconter, de fuir tout ce qui peut ressembler à une contrainte… Je ne sais pas trop. En vrai, il m’est venu l’idée de vivre, de réfuter la vitesse et toute obligation à communiquer du moi. Sans doute est-ce aussi la peur d’entendre du vous, de vous perdre dans le labyrinthe de la vie qui nous tire par la manche vers l’au-delà sans rémission plausible.

Je commence donc des missives, sur papier et les papiers s’entassent inachevés sur la gondole qui double mon bureau à la maison ou bien ils s’envolent vers la poubelle dans un à quoi bon envoyer des lettres à l’heure d’internet. Et puis, certains amis s’estompent, se gomment et de temps à autre quand j’ai du temps voulu, je compte sur mes doigts ceux qu’il me reste, pas derche, deux fois les deux mains en grosso modo...

Chacun à sa vie et vaque à son impossible dénouement entouré des siens ou des chiens, parfois d’amour. J’ai toujours peur donc qu’il ne soit trop tard, d’appeler trop tard, de subir de mauvaises nouvelles alors que le monde en est plein, mais ce n’est pas pareil tout de même.

Que vais-je faire Ô mes amis de cet embarras pénible, de ces gestes inaboutis par faiblesse ou protection de moi-même. Je n’en sais rien. Le présent est la seule chose palpable pour moi au demeurant et mes souvenirs m’assaillent, enfin certains, liés à l’enfance heureuse que j’ai eue et qui se rappelle à l’ordre en moi et qui s’insinue dans ce que j’écris d’encore intéressant, à mes yeux il s’entend.

Trop d’amis ont disparu. Certains m’ont déçu, même s’ils avaient du talent, et une poignée de nouveaux entre dans ma vie au petit bonheur des jours. Je ne sais plus trop quoi faire de tout ceci. J’ai le sentiment d’abandon alors que j’abandonne ou me réduis au silence feutré à l’abri du monde qui rétrécit à vue d’œil autour de nous.

Je suis le contraire de quelqu’un d’angoissé ou de désespérer, et pourtant je me complais dans mon coquillage, l’oreille à l’écoute des métamorphoses que les années engendrent en moi à mon insu et avec une persévérance désarmante et parfois cruelle.

Je me modifie pourtant de l’intérieur comme un vin se bonifie en somme, je deviens plus complaisant sans rien renier, je ne pardonne pas pour autant à la bêtise, à l’indifférence de certains, j’écoute mieux mais avec une difficulté croissante à entendre ou à répondre. Cela en fâche certains d’ailleurs à mon escient.

Dans tout cela, la poésie reste ma tasse de thé et me donne envie de vivre avec vous ceux que j’aime, ma fratrie humaine dispersée, mais de vivre dans un rêve éveillé où les mots dansent doucement vers un infini dont je ne perçois rien que quelques nuages qui passent et les saisons et vos visages présents vraiment présents.

Je vous ferai un signe bientôt, un jour, ou vous ferez cela vous-même dans une forme épistolaire et sincère et rien ne sera ôté de notre affection.

Ô mes amis, je vous embrasse à plein cœur.

commentaires

Pour une assemblée constituante (1) et ne plus être dépités par nos députés !

Publié le 11 Octobre 2016 par ruraledeprose

Pour une assemblée constituante (1) et ne plus être dépités par nos députés !

Il est clair que nos parlementaires passent leur temps à adopter des lois (même si un certain nombre d’entre eux propose des amendements et participe aux commissions), lois qui adaptent en droit français les directives européennes fixées par des commissions -non élues- (calibre des tomates par exemple…) et les lois préparées par les technocrates de l’Elysée et de Matignon. Le reste du temps ils voyagent, sont en mission…

Ils gagnent un peu plus de 5000 euros par mois et disposent en sus de plus de 9000 euros pour rétribuer des collaborateurs (soit + de 14 300 euros par mois), ont accès gratuit SNCF en 1ère classe + remboursement des forfaits de 5 lignes téléphoniques + abonnement à internet… On pourrait ajouter d’autres choses.

En soi l’indemnité de fonction élective est assez correcte au regard du revenu moyen français et du SMIC, sans parler du RSA ou de minimum vieillesse…

Je me pose simplement la question de l’utilité de 577 députés à l’heure des supers régions pour répondre aux besoins des habitants notamment ou entre autre des 9e et 10e circonscriptions ?

Bref quand un gouvernement dispose à la fois du pouvoir exécutif et législatif (quinquennat suivi des législatives), à quoi servent les députés sinon à se montrer dans les manifestations locales (inaugurations, initiatives associatives, vernissages…) pour être réélus avec moins de 20 ou 30 % des voix des électeurs inscrits au regard des taux d’abstentions… Ils parlent au nom de la majorité… de quoi ?

Je ne vise pas ici à disqualifier le mandat de député mais à dénoncer ce qu’il est devenu : une coquille presque vide en termes de représentation démocratique.

Prenons l’exemple des 2 députés qui représentent Vitry-sur-Seine (entre autre) : qu’ont-ils apporté depuis leur élection à notre quotidien ? Quand nous ont-ils fait un compte-rendu de mandat ? Grosso modo, ils ont soutenu Hollande et ses politiques de droite.

De plus ces circonscriptions sont un véritable charcutage territorial avec une cerise sur le gâteau : Alfortville cumule non seulement un député mais aussi un sénateur !!!!

Vitry est sous-représentée avec près de 100 000 habitants !!!!

Aux législatives de 2017, ils ne pourront pas nous faire le coup de l’union de la gauche pour battre la droite et l’extrême-droite… Il ne s’agit pas tant de s’unir ou de se rassembler en conglomérat de partis ou mouvements de gauche mais de fédérer des votes sur un candidat qui fut le nôtre à la présidentielle avec 3 millions de voix au 1er tour. Certains s’en souviennent un peu. Jean Luc Mélenchon n’a pas démérité depuis même si on peut ne pas tout partager de ses idées.

Nous avons besoin d’une assemblée constituante pour modifier vraiment la constitution actuelle et instaurer une vraie démocratie comme le propose JEAN LUC MELENCHON.

commentaires

Rue de l’Industrie, rue de l’enfance à Paris

Publié le 7 Octobre 2016 par ruraledeprose

Rue de l’Industrie, rue de l’enfance à Paris

Rue de l’Industrie était une pelleterie au temps de mon enfance

J’y portais à vendre la peau du lapin que l’on allait manger

Et de quelques sous j’avais des illustrés et des réglisses

On livrait tôt le lait en bouteille de verre devant les portes

On la rendait propre le lendemain

Il y avait un monde fou dans ma petite rue de l’Industrie

Une épicerie une boulangerie deux hôtels bien tenus

Un marchand de journaux et un bougnat pour les boulets

De charbon nécessaire à se chauffer car le gaz vint plus tard

Un fabricant de vêtements avec son atelier et une imprimerie

Il y passait du monde dans ma petite rue de l’Industrie

Parfois deux voitures étaient garées à la fois sur les pavés

Le vendeur de glace à la découpe auquel on achetait son bloc

Pour conserver sans réfrigérateur par temps chaud

Le vitrier et surtout le facteur et ceux du centre des PTT

Rue de l’industrie un jour on a effacé l’immeuble du n°13

Le mien pas de chance je l’aimais bien

Avec la loge de Grand-mère au rez-de-chaussée

La petite cour intérieure et sa fontaine à pompe

Le couloir où se trouvait un WC turc collectif

La porte qui donnait sur la cave et les égouts

Toute voûtée et où j’allais jouer à Jean-Valjean

Sans me faire surprendre par Mémé Julienne

Au bout du couloir à gauche les Dübek

Des couturiers exilés d’une Pologne nazifiée

Et leurs filles blondes avec acné

A gauche l’escalier en tire-bouchon

Ses escaliers comme ceux d’un phare

De palier en palier jusqu’au 3e étage

Où j’habitais porte gauche au fond

Face à un évier à côté d’un WC collégial

Toujours turc

La pièce me semblait vaste avec une grande fenêtre

Donnant sur la petite rue de l’Industrie

Qui me semblait immensément longue

Entre les rues du Tage et Bourgon

En face trônait un immeuble de rapport

Le nôtre lui datait de la Révolution

Il y avait aussi une petite cuisine

Avec une vitre donnant sur l’escalier

La nuit on pouvait voir s’allumer la minuterie

Quand quelqu’un montait ou descendait

Voilà comment j’habitais avec mes parents

Et mon grand frère dans 35 mètres carrés

La petite rue de l’Industrie existe toujours

Un immeuble a été érigé au 13 et juste à côté

En lieu et place de la pelleterie un trou

Un grand trou donnant sur les égouts

Et cela depuis des dizaines d’années

C’était ma rue et elle va le rester

Même si l’enfance a mis les bouts

Avec ma petite cour et mon escalier

J’ai vécu là le grand bonheur d’un enfant

Aimé et choyé et très insouciant

Je ne te connaissais pas encore

Je te dessinais dans ma petite tête

Je jurais te rencontrer un jour

Enfin pour moi existait l’envie d’amour

Pour de vrai si pas pour toujours

Puis maman mourût brutalement

J’étais veuf d’enfance orphelin sans issue

La rue de l’Industrie demeura mon havre

J’y passais souvent prendre un café

Au bar kabyle du coin que fréquentait Joseph

Joseph c’était mon père un monument

Un dandy d’un autre temps

Avec son pardessus gris bleu son feutre idem

L’odeur de gauloise sur les manches

Les joues qui piquaient un peu aux bisous du soir

Il me manque terriblement Joseph

Mon Poilu de père coco-anar

Réchappé des tranchées de Verdun

Maman aussi mon Antoine Cécile

Le caractère en découpe de tissus

Une petite main disait-on alors

Une petite main orfèvre du point

Un sourire en coin de dé à coudre

La fée du logis canisse impeccable

Toujours première levée au matin

Elle allumait en hiver le radiateur à gaz

J’avais des vêtements chauds à enfiler

Elle faisait bouillir le lait lentement

Je me régalais ensuite de la crème épaisse

Tu n’existais pas encore

Et tout cela me remonte à la goule

En vagues vertes de sentiments heureux

Je ne savais presque rien du monde

Grand-mère me bouleversait d’amour

Avec son chignon et ses grands yeux bleus

A la mort de Joseph en décembre

Juste avant Noël et le train électrique

On parla d’un déménagement à Orly

Un bel appartement neuf avec baignoire

Où j’aurai ma chambre

Rue de l’Industrie restait sur mes pas

Je regardais sur la loggia

Les avions longs courriers s’envoler

Le dimanche la Seine à deux pas

Où j’allais pécher avec Joseph

Les poissons finissaient chez les voisins

Antonine disait : la Seine est pourrie

Le poisson aussi

Les carpes parfois un brochet

Faisaient l’ordinaire d’autrui

La petite rue de l’Industrie m’accompagna

Dans une nouvelle vie sans mes amis

J’entrais au lycée Gabriel Fauré

J’étais myope et tout petit

Je n’avais peur de rien à peu près

Tu n’existais pas encore

Mon bonheur soleil

Ma boussole des gros temps

Mais je te dessinais entre les nuages

Entre mes larmes pourtant

J’implorais Dieu même

Où quelque chose de pire

Je voulais m’envoler les dimanches

Pour le pays des Apaches

Et je restais clouer au sol

Tout cela revient en boomerang

Les images sont nettes les endroits précis

La tendresse des miens me manque

J’y puise à la source sans fin

Ma saga se perpétue d’eux à présent

Ma rue de l’Industrie m’attire toujours

J’ai usé mes pantalons sur ses trottoirs

Mes amis d’alors m’accompagnent

Beaucoup sont morts il fait beau

L’enfance indélébile me berce

D’autres images s’avancent des jeux

Rue du Tibre à la balle au pied

Une plus petite rue que l’Industrie

Au-dessus du chemin de fer intérieur

Aujourd’hui désaffecté définitivement

Les planches à roulettes

Dont nous allions chercher les roulements à billes

Chez Panhard et Levassor porte de Choisy

Le curé du patronage y bossait comme ouvrier

L’église était de gauche des prêtres salariés

La communion solennelle l’aube blanche

Les vacances dans la Vienne l’été soixante-trois

Pour la première fois avec Joseph et Antonine

Et puis l’agonie de papa à Bicêtre la maladie

Mon premier Noël sans lui

J’avais douze ans le lycée et le latin pour viatique

Le jardin des curés à la Poterne des peupliers

Semblait à présent un grand zoo sans intérêt

Je prenais le chemin des grands

Enfin j’essayais de faire semblant

Que voulez-vous qu’il advint dans l’adversité

J’ai serré les poings et tendu mes mains

Je me suis fait une raison de la vie

Et la mienne l’aie prise sur l’épaule

Pour la route à tout jamais

Je t’attendais quelque part

J’inventais des poèmes sur le sable

Je levais les yeux vers les étoiles

Je savais que tu viendrais

Croiser ma route un jour

7 octobre 2016 – souvenirs d’enfance – copyright patrick pérez sécheret.

NB : La rue de l’Industrie est située dans le 13e arrondissement de Paris en parallèle de l’avenue d’Italie entre les rues du Tage et Bourgon.

commentaires

Les Grands voyages

Publié le 4 Octobre 2016 par ruraledeprose

Les Grands voyages

Les grands voyages à bord de bateaux infidèles

Chargés de tortues naines de saouls marins ronflant

Sur les roues des cordages

Des traversées fugaces de terres brûlées sous de grands ciels gorgés d’arbalètes

De flèches d’argent sombre à donner sa vie sur de l’ombre

Pour un blondinet soleil

Des chaloupées mémorielles le pastis à la main à contre-vagues

L’amour dans la poche de secours

Ajouter du sarcasme à l’orage pour y faire exprès de la pluie sur l’eau

Jeter l’ancre de ses souliers en n’importe quel port penché

Avec des estaminets fleuris de femmes épistolaires

L’espoir dans les rets de leurs bas à jarretières

Les grands voyages d’amertume l’autre un peu désolé

De vos prétentions d’universalité accoudées au comptoir

Des matins devenus des soirs à figure de pitié

Lever l’encre sur la vitre écrire n’importe de quoi

Avec des larmes de sperme dire au monde des oubliés

les métamorphoses de nous

D’ailleurs tout le monde s’en fout qu’il arpente les toits d’un passé

A présent souvenir il n’en veut à personne

Avec des ailes de cachemire dans un blanc chant de lin

Les grands voyages juste s’effacer rendre l’âme aux rêves écartelés

La vie rudement un chewing-gum accrocher à la semelle

Les grands voyages encore un vers de rien renversé sur la feuille

Et puis s’en aller griller une dernière cigarette

Se dire que le monde est jeté aux orties d’inhumanités

Qu’il faudra bien des siècles pour atteindre l’harmonie

Les grands voyages qu’il ferait avec vous quelques autres

Au semblant d’être bien à regarder le vent dessiner des prairies

Et le soleil brunir les soirs d’incendies de glycines

Il prendra aussi des avions lourds de longs courriers

Brodés de verges bandées de clitoris en verve

Le silence des turbines lui rendra l’œil complice d’un chaos inachevé

Il aura dans la poitrine des sanglots de vous

Couchant vos gestes dans l’absence de fête

Où vous seriez gisants sur des rives d’opale

Des enfants détrempés enverront des bisons

Au monstre clignotant bardé de lune de vent

Avec des yeux jaunes étonnement

28 septembre 2016 – copyright patrick pérez sécheret.

commentaires