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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

A ciel couvert : réflexion sur un scrution et l'état démocratique

Publié le 9 Mars 2015 par ruraledeprose

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Qui dort, qui endort  les gens ? Les mauvais mages du gouvernement qui crient haro sur le FN avec des mots guerriers, une propagande de peur et de désespérance face à la certitude de perdre les élections départementales avec fracas. Walls en première ligne dramatise volontairement le résultat probable du Front National (9,2% des inscrits jusqu’alors). Le FN est l’épouvantail qui cache les raisons de l’abstention, des désillusions face aux politiques menées depuis la présidentielle et qui tournent massivement le dos à ce qui pouvait ressembler à une politique de gauche sur laquelle on s’est fait élire. Un seul ennemi en vue, le reste importe peu, la démocratie a viré depuis longtemps elle-aussi à l’autoritarisme sous bien des formes qui sapent l’organisation même de nos territoires, les droits acquis (Loi Macron, 49,3, etc..).

Nous irions voter ne sachant plus trop bien à quoi serviront les élus pour six ans, quelles compétences seront celles des régions et des agglomérations, en le sachant peut-être avec l’effroi d’un dé- tricotage en règle des services publics de proximité que représentent les communes par exemple, leur contribution forcée au fameux déficit de l’Etat…

Nous n’irions pas voter, abasourdis par la foire d’empoigne aux sièges, au sauve-qui-peut partisan d’ici ou là, beaucoup de là, grossissant ainsi l’abstentionnisme qui, bien sûr, profite à ceux qui votent notamment FN par conviction ou par dépit et colère.

Il faudra choisir entre plusieurs listes de « gauche » face à la droite et à l’extrême-droite, une gauche où certains candidats du Front de gauche s’affrontent au 1er tour. Une farce grotesque face à la situation de notre pays assommé par l’application des dictats de l’Union européenne, notre pays qui dépense des milliards à jouer le gendarme dans différentes parties du monde avec les succès que l’on sait…

Mascarade politicarde ! Désincarnation de la République, décomposition de la démocratie, terreau fertile pour toute forme de régime autoritaire.

La peur conseille l’ordre, il ne sera pas nouveau. Les atteintes aux libertés fondamentales ont déjà pris la route, et cahin-caha, de scrutins en scrutins, certains pensent à quoi bon dire avec un bulletin ce qui n’est pas entendu ?

Devant le monde auquel notre pays participe, un monde fragmenté, désagrégé, en proie aux guerres, aux horreurs barbares, à la récession, nous pensons nombreux qu’il faut agir, frapper, anéantir alors qu’il faut développer, éduquer, partager, produire autrement et durable, vaincre l’obsolescence, la course aux consommations éphémères…

Notre pays dans ce monde tragique nourrissant les peurs et les replis religieux communautaires, nous sommes simplement manipulés par une course effrénée pour le partage des ressources naturelles, des zones d’influence et par une vision du changement climatique aux conséquences dramatiques pour des populations nombreuses qui nous incite à gagner du temps sur le malheur annoncé.

Il n’y a pas de grand complot sinon un faisceau de gouvernances mondiales qui se partagent la planète toujours davantage en réduisant peu à peu les peuples à un nouvel esclavage tant que les peuples, comme en Grèce, en Espagne, ne redresseront pas la tête avec cette vision d’un possible humanitaire, solidaire répondant aux besoins fondamentaux de tous et mettant tous à contribution au prorata de ses richesses, richesses produites par tous.

On ne vote plus local en fait ou presque [pour la défense de politiques départementales de progrès qui n’en auront bientôt plus les moyens], on se donne l’illusion de peser encore un peu sur le cours des choses mais le système financier s’en fiche et l’accumulation des richesses pour une minorité devient, peu à peu, un nain difforme qui se nourrit de corruptions, de collusion d’intérêts, de démagogie, d’inculture, de misères, de cadavres même.

En ce 9 mars, Manuel Walls me fait songer au berger qui crie aux loups. Un jour les loups vert-de-gris viennent… Ils ont entendu l’appel du vide et galopent sur les mensonges sans presque un coup de dent pour cueillir un pouvoir devenu moribond même s’il bombe encore le torse et croit à la vertu de petits sous-marins nucléaires d’où décollent en Méditerranée des avions qui bombardent les oueds désertiques…

Triste monde où la culture devient aussi une marchandise, un supplément d’âme selon ses moyens où l’esprit critique s’épuise en quelques caricatures, derniers vestiges de la liberté de pensée ou de penser.

Ce monde est le nôtre, ne baissons pas les bras par lucidité, serrons-nous les coudes dans notre diversité et le respect mutuel, tentons de fomenter un mouvement neuf capable d’imposer de bas en haut de la société une démocratie directe par mandat révocable par exemple, une démocratie souveraine humaniste.

 

Le rôle des intellectuels est plus que jamais aujourd’hui non pas de donner des conseils, de brocarder mais d’intervenir pour questionner l’avenir, le comment agir, réfléchir et faire réfléchir à la transformation des réalités, donner en somme du sens au rêve, à la fraternité, à la poésie. Je m’y essaie modestement ici. Dans la gueule du loup, on n’est pas obligé de s’y jeter après tout, même par contumace.

Copyright 2015 – Patrick Pérez Sécheret.

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philippe Moriaud 09/03/2015 19:02

Bonjour Patrick
d'habitude, j'apprécie ta poésie comme une petite récréation, une petite bouffée d'air… Aujourd'hui, je suis touché par la perspicacité de ton article. Je vais le partager sur ma page face book en
espérant que ta réflexion et ta parole s'envolent encore un peu plus loin… pour un monde meilleur.
à bientôt Phililppe