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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Attentat à Charlie Hebdo : le prix de l'insécurité sociale?

Publié le 7 Janvier 2015 par ruraledeprose

20150107_162154.jpgLes inepties et autres billevesées entendues ou lues depuis 15h, sur les réseaux sociaux notamment, me consternent et me conduisent à parler alors qu’une tristesse mêlée de colère m’incite au silence, au respect. Je déforme ici un logo qui souriait sur la carte de voeux...

 

L’attentat terroriste contre Charlie Hebdo, l’un des derniers représentants d’une presse libre dans notre pays, témoigne d’une étape franchie, des haines révélées et assumées par des fascistes : quatre artistes, caricaturistes, reporters de notre temps, viennent de perdre la vie au nom de la liberté d’opinion et d’expression, assassinés avec 12 autres personnes.

Ils n’avaient pas peur. Cela devrait rester et sonner comme leur testament : ne pas avoir peur et rester libres. Et un corollaire : ne pas être dupe des pouvoirs de la terre ou du ciel qui produisent des monstres et les utilisent à leur propre fin politique tout en ayant fomenté ce qu’ils appellent aujourd’hui une guerre mondiale. Une guerre mondiale contre laquelle les grandes puissances de la planète, grandes puissances nucléaires, seraient impuissantes sans union sacrée* ?

L’insécurité sociale produite par nos Etats, obéissant au système bancaire et financier mondialisé, conduit aux pires repliements sur soi, les plus durs, aux vieilles recettes racistes qui ne peuvent conjurer les peurs réelles ou irrationnelles par boucs émissaires interposés (les rats qui ont envahi la ville, le loup dans la bergerie…).

L’insécurité sociale a d’abord des causes politiques et le délitement de nos démocraties en est une conséquence réactive. Le terreau des nationalismes, des idées de rejet de l’autre, de ses opinions, de ses conceptions philosophiques ou religieuses, se propage d’autant plus que la crise sociale s’aiguise et verse dans les difficultés, la précarité, la misère, des populations de plus en plus larges dans nos pays et dans le monde.

Restons lucides : chaque pas d’une préférence nationale est un crachat sur les libertés humaines fondamentales. Chaque fois qu’un joueur de flûte** en appelle à libérer la ville de ses rats, on vit un conte éveillé d’horreurs, d’intolérance dictatoriale.

Les monstres sont bien des fruits pourris sécrétés par la société. Les fascistes, les intégristes, de tout temps, ne sortent pas d’un chapeau ni d’une lampe à huile et leur animalité toujours s’exprime par les pires atrocités que vivent les populations, les peuples. Mais qui fabrique et vend les armes, le matériel qu’ils utilisent dans leur délire meurtrier, leur jouissance sadique, leur perversité morbide ?

En l’occurrence les fascistes se réclamant de Dieu masquent leurs crimes en son nom mais en appliquant des préceptes barbares. Croyants et non-croyants, posons-nous les bonnes questions. Qui produit, a produit les monstres, au nom de quels intérêts ? La question reste posée après l’assassinat de Wolinski, Cabu, Charb et Tignous. Cette tuerie immonde a ciblé un rempart pour la liberté d’expression et d’opinion, pas des hommes politiques responsables.

Le véritable ennemi, sans masquer les autres, demeure l’insécurité sociale dans le monde. Paris n’y échappe pas. Pour l’heure, le recueillement, la dignité, la retenue, sont de mise en mémoire des victimes de ce 7 janvier 2015. La lucidité et la vigilance aussi.

 

* Le bilan de l’Union sacrée en 1914 aura produit en 1918 plus de 10 millions de morts…

** Je renvoie au slogan et visuel des manifestations néo-fascistes qui ont lieu en Allemagne notamment à Dresde et même Berlin comme si la haine des uns pouvait éteindre la haine des autres…

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