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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

C’était beau dimanche dans les rues de France !

Publié le 12 Janvier 2015 par ruraledeprose

20141127_131515.jpg(Charlie suite ou sortons nos armes: crayon, violon, pinceau, burin...)

 

D’abord je prends en compte ici quelques remarques judicieuses sur la fausse idée de croire au grand complot qui pouvait s’interpréter dans mes propos précédents. Bien sûr, tout n’est pas orchestré mais il n’en demeure pas moins que les politiques menées par les Etats participent ou non à la désespérance sociale et politique des peuples, crées par leurs actions de recul social, d’austérité, des conditions de recul culturel et des solidarités.

On ne peut pas pour autant rejeter d’un bloc tous les medias concentrés en quelques consortiums, ni se contenter d’ailleurs d’une presse libre qui devient de plus en plus confidentielle ou qui s’éteint dans l’indifférence générale…

Dimanche, tout comme samedi dernier, un grand élan citoyen a pris place dans les rues. Je m’en réjouis et souhaite que l’émotion passée il puisse construire quelque chose sur les bases qui l’ont rassemblé : la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. Au-delà des minutes de silence il nous faut à présent consacrer du temps, des heures d’action citoyenne utile pour prolonger ce moment fort d’union sur l’essentiel.

Nous ne sommes pas Charlie, c’est une métaphore du moment, nous sommes nous. Je me souviens de la petite main qui disait voici déjà longtemps « Touche pas à mon pote »… On a touché à la petite main de toutes les couleurs et on a touché à nos potes… On les a oubliés dans les banlieues.. Il ne faut pas d’idole mais du droit de penser, d’opinion, d’expression, de culte, un droit inaliénable à ne pas se reconnaître ni accepter la religion des autres lorsqu’elle intervient dans l’espace public et républicain et tend à imposer sa vue, ses dogmes, son apostolat aux autres. La liberté de conscience doit demeurer un droit et la foi religieuse ne relever que de la vie privée, de l’intime conviction.

En même temps, j’ai entendu les gens présents chanter La Marseillaise, confirmant qu’ils étaient bien de France, indistinctement de confession chrétienne, juive ou musulmane ou autre ou sans, et qu’ils avaient et ont toute leur place dans la République qui, sans eux, serait amputée dans son histoire et ses valeurs universelles. On peut vivre ensemble.

Qui peut croire aujourd’hui en qu’un Etat religieux quel qu’il soit,  s’enfermant derrière des murs de béton et des barbelés puisse vivre en concorde avec le monde, en paix avec lui-même et ses voisins et que la solution serait de s’exiler de France ?

En voyant sur la même ligne dimanche les représentants d’Israël et de la Palestine, j’ai rêvé un instant qu’il y aurait l’annonce d’un processus de Paix pour deux Etats vivants côte à côte et assurant la Paix des deux peuples. Je reste un rêveur…

Il n’y a qu'une unique race humaine qui croit ou ne croit pas à des rites sacrés que les hommes se sont eux-mêmes dictés, qui croit à la liberté de pensée et à la laïcité. Cette dernière pouvant seule permettre les valeurs citoyennes de liberté, d’égalité, de fraternité, de solidarité, indépendamment de toute religion dans toute société. Ou qui le devrait…

Ce que nous venons de vivre nous engage à être acteur, chacune et chacun à notre façon, pour ne plus tolérer l’intolérance : l’irrespect de l’autre au nom d’une religion, de la négation de sa liberté de conscience et de pensée ou d’expression. J’ai espoir d’un chemin retrouvé ou tout du moins un peu dégagé des ornières des idéologies et des apostolats. Il reste à trouver les voix d’une écriture humaine de l’économie remise au service des humains et de leurs besoins et d’un effort colossal d’éducation et de développement de toutes les formes de culture.

Ceci, afin de rompre avec l’engrenage de l’indifférence, du repliement sur soi, du sentiment d’abandon, pour éradiquer la pauvreté et la misère qui ne secrètent jamais rien d’autre que le chaos et le fascisme, la soumission à un ordre odieux mécanique et déshumanisé au toutes les horreurs, tous les crimes sont possibles, permis. L’histoire nous l’enseigne pourtant clairement.

Les medias, la presse, sont des armes contre l’ignorance et pour la défense des libertés. Qu’ils mesurent bien que quand Paris ou l’Europe mentent sur les ondes ou dans les journaux,  ou sont aux ordres des pouvoirs (je pastiche Pierre Dac), ils se condamnent eux-mêmes à accepter des barbaries, à les alimenter, à fomenter des monstres, à réduire les libertés et la démocratie.

Il n’y a pas de monde libre sans idées contradictoires, sans débats, sans confrontations des points de vue car il n’y a pas de chemin défini, de système unique pour l’organisation des peuples en société : il y a la démocratie vivante et la souveraineté des peuples. Il faut laisser le peuple décider et respecter sa volonté, tenir les engagements et les promesses faits devant lui. Il faut ainsi respecter le peuple grec s’il vote pour une alternative à toutes les politiques qui ont échoué en Europe, idem pour le peuple espagnol et peut-être demain le nôtre. Il n’y a rien d’écrit dans le ciel ni sur la terre de façon immuable, définitive.

Charlie doit être entre rire et larme aujourd’hui, joie et inquiétude en murmurant : Est-ce qu’ils ont bien compris ce que nous disions et pourquoi nous le disions avec humour parfois grinçant, pourquoi la désobéissance, l’irrévérence, le blasphème sont utiles à la liberté et l’expression de la laïcité ?

Merci Charlie de demeurer une chandelle dans nos temps agités et, sans l’avoir voulu, d’avoir un peu secoué la France, la planète, les consciences humaines, au prix de ta vie pour nos libertés fondamentales.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

 

 

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