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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Esprit critique, sacré et universalité (Charlie-Hebdo suite)

Publié le 21 Janvier 2015 par ruraledeprose in politique

placevitry.jpgChercher la lumière dans l'ombre

 

Beaucoup de discussions, de points de vue, d’appréciations, sont donnés ces derniers jours suite à la riposte unie du 11 janvier en France. Le débat est nécessaire et ne peut pas se limiter à la défense de la laïcité et des libertés fondamentales d’expression, d’opinion, de pensée car, en somme, il n’y aurait plus rien à voir, juste à circuler.

Parmi les critiques émises, une certaine défense du sacré s’exprime comme un choix qui ne serait pas totalement admis, par exemple dans nos écoles, en raison d’un évincement de l’histoire des religions. Certes l’approche des religions n’est pas systématique dans l’Education Nationale mais cela existe. Ce qui est sacré pour les uns ne l’est pas pour d’autres et vice-versa, selon les valeurs auxquelles on fait référence, dont on se réclame.

Le sens du sacré, des symboles s’oppose sur le mot sacré lui-même. Le droit sacré à la propriété peut rassembler, par exemple, croyants et non-croyants, la Patrie aussi…, l’exploit  obtenu par untel sa performance sportive, le pari sur ceci ou cela… Ce qui distingue est l’usage du mot sacré en ce qu’il veut nommer par rapport aux traditions ou à l’ordinaire.

Ce qui appartient aux traditions, républicaines ou religieuses, a ses rituels, ses rites, ses règles (Bible, Constitution…) à respecter en et hors de l’exercice cérémonial dédié où on les applique seul ou à plusieurs, par affinité, avec un art de la répétition mécaniste On admet donc, religieux ou pas, une révélation de la lumière et ses rituels et pratiques attachés : révélation symbolique ou religieuse, révélation de l’universalité [Le Siècle des Lumières], et celle-ci est une référence commune.

On peut tendre à l’absolu individuellement cependant, forme de spiritualité, sans être religieux ni sacraliser celui-ci. Les religions font du sacré un collectif de pensée, une référence commune. Certains ont donc besoin de hiérophantes, de guides spirituels, de prêtres, de gourous… D’autres pas.

Les hiérophanies  sont les clefs du sacré, l’interprétation du sacré et une fabrique d’initiés, d’adeptes. Le sacré religieux est immuable, transcende l’ordinaire [on dit pourtant : ordonner un prêtre…Humour !] qui lui est hors des rites auxquels il est sacrilège de toucher, de se moquer en paroles et en images…

Mais le profane n’est pas pour autant celui qui réfute le sacré religieux de facto, il a aussi des valeurs sacrées qui permettent ou devraient permettre l’exercice des cultes comme c’est le cas avec la laïcité en République. La laïcité est le droit du culte garanti et excluant donc tout financement public de celui-ci.*

Le profane revendique donc [tout comme un religieux laïc peut le faire] le droit au sens critique, à la capacité à forger une propre opinion, à analyser les faits indépendamment du sacré, du rite et des traditions [sinon, on vous coupe la main ou la langue, on vous mutile le clitoris ou, comme autrefois, on vous crucifiait ou vous faisait rôtir sur le bûcher pour hérésie, blasphème ou sacrilège).

Le sacré religieux est d’ordre divin, au-dessus de toute interprétation rationnelle ou scientifique ; il reste mystère puisque on ne peut guère prouver l’inexistence de Dieu et que son existence ou apparence divine est issue de l’imagination humaine, d’une appréciation presbytérienne remontant au premier âge de l’humanité pensante.

 De-là, pourtant, toute critique, écrite ou dessinée de la religion devrait respecter la foi des croyants, ne pas la blesser d’un coup de crayon ou de plume en figurant ses idoles sous un aspect choquant en se voulant humoristique sous prétexte que certains tuent en se réclamant d’une religion dont ils ne savent pas grand-chose, dont ils n’ont pas lu les textes sacrés.

L’intégrisme religieux ou se réclamant d’une religion tue et peut tuer mais l’humour peut tuer aussi par ricochets, par représailles. Cela vaut le coup de réfléchir : les armes de l’esprit instruit, civilisé, devraient toujours tendre à éduquer et au dialogue, y compris en dénonçant toute scolastique ou alors en appelant à la résistance, aux armes les vraies contre la tyrannie d’hommes contres des hommes.

Pour le droit à l’esprit critique, à l’agnosticisme, il faut un libre arbitre intellectuel, une intégrité respectant la personne humaine, une ouverture d’esprit seule permise par la confrontation des savoirs, des connaissances qui permettent débat, confrontation de points de vue, comparaisons rationnelles, recherches et donc remises en cause, progression...

L’intégrisme est un refus du mélange, de l’intégration à une société organisée qui ne fait pas siens ses rites et ses symboles dans l’espace public et permet que nos différences se complètent en cohésion. L’intégrisme est un rester entre soi pour une sorte de pureté du genre racial, une supériorité immanente du guide pour son peuple ou sa tribu ou communauté dans le respect de rites, de coutumes, de traditions figées érigés Lois applicables en dogmes à toutes et tous.

L’intégrisme, comme le fascisme, le nazisme, le communisme** même [qui sont des idéologies] ne peuvent pas évoluer en raison de leurs dogmes. C’est une régression de l’humaine condition, tout comme l’interdit chez certains -qui se disent chrétiens***- qui même face à la mort d’un enfant ou d’un proche refusent d’accepter un don du sang. L’intégrisme, l’apostolat, s’apparentent à l’interdit de pensée différente pouvant conduire au stalag, au goulag, en asile psychiatrique ou au peloton d’exécution, à l’enfer…

Oui, au nom du sacré on ne peut échapper à sa condition d’être humain : la mort. Est-ce raison pour ôter la vie à celui qui revendique toutes les libertés d’expression au nom de l’universalité et n’en impose aucune à personne en particulier ?

Patrick Pérez Sécheret

 

* Le gouvernement, je l’apprends, va financer des religieux musulmans pour visiter leurs oies en prison… alors qu’il faudrait abroger le Concordat en Alsace et en Moselle qui permet le financement de l’église sur l’impôt public. On finance aussi avec nos sous publics l’école privée dans tout le pays…

** Je parle de celui qui a été expérimenté à l’Est, comme on dit, mais aussi ailleurs en Corée, au Cambodge, voir en Chine… et non du rêve communaliste de société idéale et solidaire qui reste jusqu’alors une utopie, un projet.

*** Je pense à Franco, Salazar, aux colonels grecs, ces dictateurs européens du 20e siècle, qui faisaient bonne route sous la bannière catholique soutenue par l’Opus Dei… Ce n’est pas si loin tout ça. Et que dire des bouddhistes d’aujourd’hui qui dans l’ancienne île de Ceylan persécutent les musulmans comme le faisaient hier, des soit disant chrétiens, en Croatie ou en Bosnie !

 

 

 

 

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