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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

L’année de l’instant

Publié le 8 Janvier 2014 par ruraledeprose

J’ai déjà envoyé mes vœux, par courrier car je pense, de façon rétrograde, que la présence d’une lettre dans une boîte aux lettres, aujourd’hui, entre deux réclames, deux factures, est un trésor estimable pour celle ou celui qui la reçoit, la lit et peut la relire voir y répondre.

 

A noter que certains répondent par téléphone ou par courriel. Dommage même si un courriel c’est encore de l’écriture et de la lecture.

 

Ainsi donc, je ne veux pas ici répéter mon envoi par un texte sur mon blog mais donner un état d’esprit sur le temps présent, les relations humaines.

 

On pourrait croire que le temps nous confine à voir plus discernement les choses d’autour de nous, les choses et les gens, qu’une maturité ou une expérience de vivre nous donne le droit d’inventaire, de critique, de distanciation. Il n’en est rien : plus du temps s’écoule plus on retourne aux sources de soi-même sans que, pour autant, on en soit absout du passé.

 

De cette contradiction surgit l’impression intime que le rapport de soi aux autres ne fut qu’une déconvenue, parfois un grand bonheur, et que ce qui est et ce qui vient sont le sel de la vie.

 

Nés d’une matrice féconde, poissons sémiotiques, nous avons senti le passage à l’air libre, l’air qui donne aux poumons cette capacité de votre propre survie en toute indépendance.

 

Nous avons tous crié quelque chose à la fois de létal et de primal. Etait-ce de la douleur ou une conscience de notre humanité livrée au temps et donc à la mort ? Il n’appartenait, en tout cas, qu’à nous dès lors de vivre pour peu que l’on nous nourrisse néanmoins.

 

De ce jour nous gardons le secret de notre propre anéantissement, de notre propre triomphe plausible mais éphémère dans ce vivre au rythme de nos flanelles pulmonaires, de nos aortes.

 

Notre cortex travaille, nous abstrait de l’angoisse : nous écoutons les voix, différentes de celles que nous entendions dans le liquide, dans le ventre des mères, nous engrangeons toutes les indications utiles à notre survie, nous percevons ce qui s’avère doux ou dur, tendre ou violent : nous devons tout interpréter, tout placer à la mesure d’une croissance inéluctable, nous dresser sur nos jambes frêles, engager les premiers pas, les premiers mots, manifester nos premières colères, nos premiers rires, avoir envie de quelque  chose, de quelqu’un dans ce parcours de solitude où des humains nous accompagnent, nous guident, nous donnent des repères, des balises sur l’immensité du monde qui s’étale autour de nous.

 

Nous ferons longtemps de l’animisme, du copier-coller, comme des figurants sur la scène de la vie, cherchant bien souvent notre rôle, n’étant pas toujours sûr de prononcer la bonne tirade au bon moment.

 

Puis, nous appréhendons l’autre pour nous-mêmes, l’attirance vers lui ou vers elle, devient une sorte de rêve éveillé : nous aimons même si nous ne l’avons pas été. La vie n’est plus un apprentissage où des êtres chers nous disent : regarde, écoute, sent, voici la faune, la flore, l’histoire de l’homme…

 

Chacun se forme un monde à sa hauteur, une ambition quelconque, se dépasse dans l’action parfois désordonnée ou supposée l’être, tente la transgression, ose aimer, aller vers l’autre, se donne à connaître le non-dit, le non-su. Les portes de l’approche s’ouvrent, nous sentons bien qu’il faut se défaire, au moins provisoirement, de la tutelle : nous sommes curieux et parfois cruels.

 

De l’enfance nous passons à l’adolescence souvent le mors aux dents, pour les uns retardant ce pas, d’autres le précipitant. L’état d’adolescence alors semble un cheval à bascule entre deux postures : l’avant et l’après. Mais le corps parle, nous parle, nos émotions changent, l’a-présent, le futur nous happent, nous absorbent.

 

Nous imitons bien plus que nous inventons sans le percevoir vraiment. Notre sentiment prime sur l’affection des nôtres, de ce que l’on nommait la famille. Nous nous en séparons lentement, nous tournant avec fougue ou retenue timide vers les autres. Plus ils nous sont inconnus plus nous les trouvons beaux, avenants.

 

Combien d’années écoulées dès lors, combien de rêves effondrés, combien de frayeurs surmontées ? On ne songe même pas être déçu. C’est impensable même si de nouvelles peurs, celles de la découverte [la honte, la jalousie, la trahison, le désir, l’amitié, l’amour, la haine, la rancune par exemple], sont encore insurmontables.

 

Sans presque s’en rendre compte nous voilà immerger de nouveau mais cette fois dans un tourbillon implacable : la vie d’adulte. Nous avons rêvé une vie et voici qu’il s’en fait une autre, un peu à notre insu. Nous voulions être ceci ou cela et nous sommes autrement. Notre socialisation certes a parfois permis le choix mais bien souvent nous avons subi.

 

Chacune et chacun aura maîtrisé, soumis ou bien l’aura été. Nos rapports aux autres auront été ce qu’ils sont : toujours du passif. Je préconise donc l’instant, la suprématie de l’instant non pour une quelconque immobilité mais pour le mouvement lent de l’instant, sa fugacité, son sublime présent entre passé et avenir, son identité intrinsèque de notre conscience.

 

Je n’écris que des choses populaires pour vivre et respirer, aimer et croire mon prochain mon église, mon refuge car faute de quoi je serais mort suicidé. Je n’ai tenu en vie qu’avec ce pari et celui de l’amour, n’ayant jamais renoncé à le connaître même lorsqu’il me laissa au bord du chemin ou que, peut-être, je l’avais négligé.

 

Il faut sans cesse prendre soin des autres pour s’aimer un peu soi-même, se dépasser, surgir de soi, se surprendre et surprendre.

 

C’est si beau d’aimer sans être à genoux de prier dans sa tête, se dire j’aime, je suis saoul de cette beauté de tendresses arrosée. C’est si bien d’aimer et de l’être pour peu que l’on essaime des étoiles communes, que l’on repose sa vie contre un visage, sur une épaule dans la clarté ardente aux chevelures bouleversées.

 

 

Patrick Pérez Sécheret

 

 

 

 

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