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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Le Sahara Occidental dernière colonie en Afrique !

Publié le 22 Novembre 2013 par ruraledeprose

 

Des violations des droits de l’homme à la spoliation des ressources naturelles du peuple sahraoui : le Maroc développe au Sahara Occidental un colonialisme avec la complicité de la Commission de Bruxelles et des accords commerciaux illégaux, au mépris du Droit international  et des droits de l’Homme (résolutions de l’ONU, mission de la MINURSO, Convention de Génève) et du droit à l’autodétermination  du peuple sahraoui par référendum.

 

Je participais à la délégation de la Ville de Vitry-sur-Seine à la 38e Conférence européenne pour le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, à Rome les 15 et 16 novembre dernier. Cela m’a conduit, au-delà d’un compte-rendu, à vous adresser ce texte avec l’intention de le voir interroger certains des destinataires sur la cause sahraouie, dernière colonie sur le continent africain et qui pose à chaque citoyen du monde une question essentielle d’humanité et de droit.

 

La Ville de Vitry, qui a un long passé de soutien aux luttes anticoloniales, s’honore ainsi de participer aux travaux pour une cause juste et y contribue d’ailleurs par sa solidarité active au sein de l’Association des Amis de la République Arabe Sahraouie Démocratique (ARASD).

 

Le peuple sahraoui est depuis 40 ans le dernier pays d’Afrique, à n’avoir pas encore pu conquérir sont droit à un Etat libre indépendant et souverain. Après des années de luttes, il s’est vu confisquer sa victoire qui devait être assise en droit international par l’organisation d’un référendum accordé par l’Espagne dès 1973.

 

L’envahissement du sol sahraoui par les troupes marocaines en 1975, suivi d’une marche de colonisation, au mépris du droit international et des engagements pris par l’ONU, replongea le Sahara Occidental dans la guerre.

 

La jeune république dut faire face, organiser les camps de réfugiés qui perdurent, faire face au dénuement, au sous-développement imposé aux populations. Le Front Polisario a pourtant consenti à détruire du matériel de guerre en présence d’observateurs internationaux ce qui démontrait sa volonté d’un règlement pacifique du conflit provoqué par le Maroc, et pour contribuer à l’organisation du référendum d’autodétermination prévu.

 

La situation n’a guère bougé. Le territoire occupé prive tout un peuple de l’accès au domaine maritime, véritable richesse alimentaire de base, des richesses naturelles du sol en phosphates, en potentiel pétrolier, deux aspects essentiels pour le développement économique du pays. De véritables complexes hôteliers et autres essaiment sur la côte...

 

Le Maroc vient de lancer cyniquement en novembre un programme de « développement des provinces du Sud » (territoire sahraoui colonisé !) pour une somme de 12 milliards d’euros sur dix ans. Les objectifs affichés à une date qui commémore « La Marche Verte » d’envahissement du territoire sahraoui par le Maroc (6 novembre) visent à renforcer de fait le potentiel maritime (pêche), les activités agricoles (fruits, légumes), industrielles (minerais, phosphates…), c’est à dire l’assise de 3 pôles liés au commerce (productions sahraouis sous label Made in Maroc !). Ces pôles entérinent l’occupation et l’exploitation de territoires n’appartenant pas au Maroc ! C’est une intégration autoritaire des régions du Sahara Occidental dans le Royaume du Maroc.

 

Le peuple sahraoui est ainsi dépossédé de ses richesses et victime d’un développement colonial qui marque son territoire d’occupation à coups de milliards et de connivences marchandes et financières notamment françaises et espagnoles via la Commission de Bruxelles au mépris du droit international !

 

Si les accords commerciaux illégaux en vigueur entre l’Union Européenne, la France, l’Espagne et le Maroc étaient reconduits, mon pays participerait à nouveau à une violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes contraire à la Convention de Genève, des conventions existantes tant européennes qu’internationales (UE, ONU, OMC…) !

 

Toutes les richesses du Sahara Occidental (la partie libérée par le Front Polisario est un désert !) extraites ou produites sous occupation coloniale marocaine (80% des captures) seraient ainsi, à nouveau vendues illégalement, commercialisées en fraude avérée dans le plus grand silence des pays européens et des medias ! Même si, un certain comité spécial de l’Union Européenne n’envisage pas, à ce jour, de réorganiser un partage des eaux territoriales aux dépens des Sahraouis et confirme donc la spoliation de la zone de pêche sahraouie par le Maroc. Le texte technocratique sur lequel s’appuient les accords commerciaux existants à ce jour autorise donc sans autoriser…

 

Le peuple sahraoui est en droit de réclamer la restitution financière de la commercialisation de ses ressources et, pourquoi pas, nous, citoyens français et d’Europe, le boycott des produits commercialisés sous label marocain.

 

 

Droits de l’Homme bafoués !

 

Autre aspect des conséquences de cette colonisation forcée : la question du non-respect global des Droits de l’Homme dans la partie occupée, la répression, la spoliation d’emplois et de biens, la torture et, dernièrement, la mise à jour de 2 charniers (rapport de médecins basques et rapport américain sur la question avec saisine de la Cour européenne en raison de la nationalité espagnole-sahraouie des victimes). Un rapport sur ces questions a été présenté au parlement européen le 12 octobre dernier… La question se pose aussi des prisonniers politiques sahraouis et de la poursuite d’actions juridiques auprès des différentes instances pour saisir chaque pays européen sur la question.

 

Autre aspect dramatique de l’occupation marocaine : la construction d’un mur de près de 3000 kilomètres du Nord au Sud, coupant le Sahara Occidental en deux, bordé d’un champ de mines meurtrier gardé par l’armée, en violation, là aussi, du droit international et des interdictions d’utilisation d’armes de destruction contre les populations civiles !

 

Dans ces conditions, la Ville de Vitry s’efforce d’apporter une aide solidaire concrète au peuple sahraoui. Elle accueille chaque année  des enfants des camps de réfugiés dans ses centres de vacances l’été. Elle accueille des conférences, des délégations et des élus se rendent au Sahara occidental dans les camps de réfugiés pour livrer une aide ciblée tant les besoins sont grands.  

 

Comme d’autres collectivités de France et du monde, la Ville de Vitry condamne les actes répressifs de la colonisation marocaine sur une partie du territoire sahraoui. La défense des victimes de cette répression, la portée à connaissance des médias et des autorités onusiennes et européennes des faits concrets d’atteinte aux droits de l’homme, de disparitions de militants anticolonialistes ou de simples citoyens sahraouis en territoire occupé, la torture même, représentent un vrai combat de solidarité et de justice avec tout le peuple du Sahara occidental. Nous nous devons d’être solidaires au nom du droit international du peuple sahraoui à l’autodétermination dans le respect des résolutions des Nations Unies.

 

Nous avons en France une responsabilité vis à vis du peuple sahraoui car nos autorités, l’Etat, au nom des bonnes relations diplomatiques avec le Maroc ignorent sa politique expansionniste et les conséquences pour tout un peuple. La France s’honorerait, comme l’indique le Maire de Vitry-sur-Seine, Vice-Président du réseau français des villes pour la Paix, si elle prenait une action résolue pour que l’Etat sahraoui et son peuple retrouve l’intégralité du territoire qui lui appartient.

 

Alors que l’Etat français affiche une volonté de jouer un rôle actif dans la coopération  entre les deux rives de la Méditerranée, entre l’Europe et le Nord de l’Afrique, il ne peut ignorer le peuple sahraoui. Il ne peut ignorer que la République Arabe Sahraouie Démocratique est reconnue par 75 Etats, acceptée comme 51e Etat membre de l’organisation de l’Unité Africaine. Il ne peut ignorer les résolutions de l’ONU.

 

Il faut que chacun pèse pour obtenir l’application du droit international, les résolutions des Nations Unies (ONU) pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui par l’élargissement de la mission de la MINURSO*. Cela, je le répète,  au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et contre 40 d’occupation contraire à la Convention de Genève. Cela va dans le sens d’un résolution de la situation critique dans tout le Sahel, cela contribuera à la paix car la sécurité au Sahel passe par cette résolution de la question sahraouie, par de vraies coopérations de développement de la démocratie et des économies des pays concernés outre le Sahara Occidental : Mali, Mauritanie… à l’inverse du rôle de gendarme de la France aux relents néo-colonialistes et guerriers en Afrique.

 

Les medias ont un rôle à jouer pour informer les populations sur cette situation au Sahara occidental : ils en ont le devoir déontologique et, pour ma part, j’ose espérer qu’ils répondront présents sur le terrain même lors des initiatives et des actions que conduiront celles et ceux qui ont le peuple sahraoui au cœur et le respect du droit international.

 

L’action pour soutenir le légitime droit à l’indépendance du peuple sahraoui, élément central de la contribution de Vitry-sur-Seine, comme d’autres collectivités ou associations, sous différentes formes d’amitié et de coopération entre les peuples, est une action noble de respect humain.

 

Pour ma part, je vous appelle à soutenir la cause sahraouie car elle est nôtre au nom de l’universalité des droits de l’homme et du droit à la souveraineté des peuples !

 

 

Patrick Pérez Sécheret

Poète-écrivain

 

 

*Cette question sera examinée en mars…

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