Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Le Voile se lève... soyons patients...

Publié le 3 Juin 2011 par ruraledeprose in actualité lecture de l'auteur

Notre système de santé est en crise et patients et soignants en supportent les conséquences. Cadre de santé, infirmière, Françoise Charnay Sonnek ne tire pas ici un énième signal d’alarme mais exprime à sa façon un vécu confronté au seul critère de la rentabilité hospitalière. Tout d’abord, le titre du livre, nous renvoie aux hospices d’antan. Les malades, les mourants étaient confiés aux soeurs de charité dans ces lieux d’accueil et celles-ci portaient le voile. L’auteur raconte ce que furent les soins, notamment aux indigents, comment l’hospitalier est devenu un service public et les difficultés auquelles celui-ci est confronté aujourd’hui dans l’exercice de ses missions. Françoise Charnay Sonnek dit ce qu’est le métier d’infirmier, les obligations imposées par l’Europe du tout marché, la rationnalisation financière, nous parle de l’être humain et de l’écoute si indispensable pour confronter la maladie et la mort. Elle dit simplement, sans effet de manche ni slogan, l’état d’un métier essentiel. En lisant ce livre, me revint à l’esprit un autre livre témoignage poignant paru voici quelques décénnies, celui de Madeleine Riffaut « Les Linges de la nuit ». Journaliste à l’Humanité, embauchée clandestine dans les hôpitaux, elle publia ce reportage sur la situation de ceux-ci et les conditions de travail des personnels. Françoise se situe d’emblée sur le même terreau, la réflexion portée sur le bulletin de santé de notre société, la manière dont s’effectuent les soins et comment avec quels moyens humains, sur le statut des soignants autant le corps malade que l’esprit du patient ce qui importe fondamentalement dans l’accompagnement de la maladie. Un livre humaniste en diable où la soignante-patiente vit elle-même les deux situations et la douleur. Elle insiste sur le rôle de la parole, du dialogue entre patients et soignants, ce médicament indispensable et qui ne coûte rien pour le marché. « La parole est liée à l’humanité, c’est elle qui la différencie de l’animal ». Elle parle aussi du « care » qui ne rime à rien en français mais insiste sur le sujet atteint, malade, dont il faut prendre soin, livrer des soins au-delà de l’objet du corps : « le relationnel demande une autre implication de soi (le soignant) au-delà du simple geste concret (donner un cachet, rajuster un compte-goutte) et il est fréquent que l’encadrement ne le valorise pas », plus faute de personnel, de budget... « L’infirmière est  le soignant qui passe le plus de temps au lit du patient (...)Son rôle ne se limite pas à la seule exécution des prescriptions médicales, aux soins techniques ». Et, il faut des compétences pour cela et considérer que « ce qui est fondamental pour une société c’est l’éducation et la santé ». Françoise nous rassure : « c’est par la santé que l’être humain est en vie (...) Il n’en reste pas moins vrai que l’une des conditions est un retour à des valeurs recentrées sur l’être humain faisant émerger une société qui n’est pas régit par l’argent mais qui utilise l’argent pour se gérer ». Santé publique, vous avez dit santé publique Françoise et vous proposez de recibler sur le « au service des patients et non à celui de l’argent Roi... ». Une urgence sanitaire, sociale et morale. Vous dites les choses avec calme, d’une écriture précise et talentueuse, on vous écoute avec un certain respect, oui, il s’agit bien de soigner notre société d’êtres humains.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

 

Le Voile se lève, Les Points sur les i éditeur.

Commenter cet article

Alain 12/06/2011 19:26


Merci Patrick pour ce bel article d'un ouvrage que j'affectionne tout particulièrement !