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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Qui peut être satisfait des résultats des élections départementales ?

Publié le 2 Avril 2015 par ruraledeprose

On peut transformer tout scrutin en victoire à la Pyrrhus ou en défaite étrange et n’en tirer aucune leçon susceptible d’éclairer l’avenir et de mobiliser celles et ceux qui ne vont plus voter. La représentation démocratique déléguée ne représente qu’une minorité d’électeurs : les votants qui donc ont raison. Il n’y a aucune raison de s’en réjouir. D’autant que, les alliances à la carte à gauche localement en France continuent de polluer les perspectives d’une alternative à l’austérité : la gauche socialiste vote PCF au second tour, et vice-versa ailleurs, alors qu’un fossé existe entre les gauches, celle du gouvernement social-libéral de Valls et celle du Front de gauche. En fait, ces élections illustrent une fois de plus nos défaites démocratiques en France et en Europe.

La présentation des résultats des élections départementales s’apparente à une désinformation ou à une manipulation idéologique avec les scores en % affichés par rapport aux votants qui nous transportent dans une époque révolue... entretenant l’illusion d’un combat gagné, d’une grande victoire sur la droite et l’extrême-droite... Certes. Il est vrai que le département du Val-de-Marne lui reste à gauche et c’est bien.

Mais que nous disent en fait les chiffres sur Vitry-sur-Seine ? Tout d’abord que l’abstention est ENORME et, si on s’en tient aux études sérieuses réalisées pour définir qui sont les abstentionnistes (ceux qui souffrent de précarité), elle touche bien évidemment d’anciens électeurs de gauche. Ensuite, que publier juste les pourcentages du score en voix réalisé par les candidats, voix de ceux qui sont venus voter, tronque l’information sur la réalité de la représentation des opinions des citoyens et les raisons de l’abstention massive.

Dans l’analyse succincte ci-dessous, je ne mets pas l’ensemble des % par rapport aux inscrits sur les listes électorales car le nombre de voix dans les urnes parle en lui-même pour souligner le déficit démocratique que nous vivons, la désaffectation des urnes et le peu de représentativité in fine des élus sortis des urnes. Qui peut s’en réjouir et fêter l’événement ?

Sur le canton de Vitry-nord, la totalité des voix de gauche au 1er tour est de 5259, le PCF-Front de gauche réalise 2679 voix, le PS et alliés 1475 voix, Les Verts-Parti de gauche 1105 voix, 313 votes blancs (3,57% des votants). Les deux listes de gauche concurrentes au PCF au 1er tour réalisent 2580 voix ; cela face à une droite et extrême-droite qui réalisent 3348 voix. Dans ce canton, sur 22 998 électeurs inscrits, seuls 8368 sont venus voter soit 36,12%.

Au second tour les candidats du PCF-Front de gauche en lice recueillent 5182 voix (22, 53% des inscrits) soit une perte de 67 voix de gauche par rapport au 1er tour. La droite réalise 3126 voix (13,59% des inscrits), avec en marge 313 bulletins blancs (3,57% des votants). 200 voix sont perdues à droite par rapport au 1ertour (total voix de droite et d’extrême-droite).

Sur le canton de Vitry-sud, la totalité des voix de gauche au 1er tour est de 4858 voix sur 8067 votants (36,13%) parmi les 22 326 électeurs inscrits. PCF-Front de gauche 2501 voix, PS et alliés 1132 voix, EELV 1225 voix. Les droites recueillent 1288 voix et le FN 1516 voix (6,79% des inscrits). Au second tour, les candidats PCF-Front de gauche recueillent 5403 voix (24,20% des inscrits) soit 545 voix de plus sur le 1er tour et le Front National 2150 voix (9,63% des inscrits). Un petit sursaut républicain donc pour repousser le FN. Les votes blancs sont à 4,14% des votants soit 334 voix.

Ces élections n’ont rien réglé : la suppression des départements reste à l’ordre du jour d’une réforme territoriale inquiétante menée par un gouvernement de gauche pour l’avenir des services publics de proximité et pour des transferts de compétences vers les régions, les métropoles et intercommunalités avec les communes menacées de disparition… Ces élections démontrent que nous sommes au bout de la démocratie représentative, du système des partis et des modes d’élections par l’intégration verticale dans l’Union européenne qui décide en commission en lieu et place des chefs d’Etat des politiques à conduire dans nos pays. Une forme de dictature s’installe confortée par une désespérance sociale fabriquée de toute pièce qui nourrit le terreau de l’extrême-droite et une abstention massive. Les citoyens se sentent trahis à juste titre et aucune formation de gauche n’est en mesure de proposer une alternative crédible face aux cadavres du bloc de l’Est et de la social-démocratie. Le pot-pourri des révolutions et des idéologies repasse en boucle mais personne n’écoute car les moules sont inefficaces, les modèles abscons. Chacun reste avec ses illusions de peser sur le cours des choses.

Il faudrait à nouveau rêver, inventer un sens humain à la vie hors du marché et du fric. A gauche, les partis décident en vase clos, demeurent empêtrés dans leur passé révolu : ils ne servent plus à rien en dehors de leurs élus et du pouvoir qu’ils détiennent encore pour quelques temps. Encore que l’on pourrait éplucher leur bilan réel et mesurer leur efficacité réelle… dans toutes les assemblées élues.

La rationalisation par l’austérité assèche et assèchera toute possibilité d’investir pour répondre aux besoins humains. Déjà, on va augmenter les impôts locaux pour réduire le manque à gagner de la baisse des dotations de l’Etat et contribuer ainsi à réduire le sacro-saint déficit public de l’Etat… La spirale en marche est et sera infernale et tout le reste est démagogie.

Un nouvel esclavagisme est en route sous forme d’une dictature qui réduit et réduira toute velléité d’égalité, de liberté, de fraternité, annihilant peu à peu toute possibilité de solidarité par l’extension inexorable des précarités, des soumissions sous l’autorité d’une gouvernance apatride qui avance ses pions et tisse son réseau de surveillance de chacune et chacun d’entre nous en prévention de tout acte rebelle éventuel (voir le projet de loi liberticide en cours sur le renseignement).

En décembre auront lieu les élections régionales. Déjà on s’agite pour récupérer des miettes de pouvoir mais la droite est disqualifiée et l’union des gauches impossible en l’état. Le peuple va continuer de trinquer s’il ne se réveille pas ou s’il laisse une minorité d’électeurs à la besogne des urnes. L’avenir est un gouffre de désespérance propice au fascisme ordinaire, voilà tout. Mais la forme autoritaire est déjà en marche avec Hollande ou alors nous sommes myopes !

On trouvera mon propos désabusé mais le réel est sous notre nez et, pour ma part, je ne participe plus à l’opération harakiri en route. Je prends la parole comme je peux tant que je peux et personne ne parle ni ne parlera à ma place désormais car je crois malgré tout au seul sursaut individuel de la fraternité humaniste et aux hommes de bonne volonté qui sauront surgir dans l'adversité.20150329_205334.jpg

"Je suis dans la clarté qui s'avance"

Nazim Hikmet

 

 

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