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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Retour d'images, le film.

Publié le 2 Juin 2014 par ruraledeprose

 

Il n’avait pas pensé que des images furtives, des bribes de scènes de vie, pouvaient tant marquer et s’imprimer dans le cerveau. Il ne s’agit pas d’images télévisées mais de la vraie vie, avec des vrais gens qui ne passent pas à la télé ou alors à leur insu par ce qu’ils se trouvaient-là au moment du tournage, dans le plan d’un reportage, sur un trottoir.

Il y avait cette mendiante vindicative qui vous tirait par la veste pour obtenir quelque chose, ce chien sans laisse qui inondait une roue de bicyclette, ce garçon qui ressemblait à James Dean et qui racontait sa vie dans le couloir du métro, oreillettes, portable en poche, racontait sa vie forcément à quelqu’un et à tout le monde de surcroit.

Il y avait aussi une jolie vieille dame qui regardait à la vitrine d’une pâtisserie avec une belle félicité sur le visage, un ouvrier en bleu blanc très sale, maculé de traces de peinture, un ouvrier peintre, une petite fille avec un manteau bleu marine qui portait une poupée de porcelaine avec délicatesse, un oiseau fou qui mangeait dans la paume d’un agent de police, des soucoupes volantes qui ronflaient dans le ciel et frôlaient les maisons.

 

Il y avait une course d’éperviers sur une affiche, un ou deux pavés disjoints qui firent qu’il avait failli se foutre par terre en butant.

 

La caméra de ses yeux enregistrait ces fragments pour plus tard, pour un grand film sur les gens dans la rue et l’imagination, l’utopie qui devaient encore pouvoir servir à quelque chose.

Puis le soir tomba d’un coup sur ses chaussures et sur la ville, pas pour de vrai, juste parce qu’il avait décidé de fermer les yeux, de couper le film en chantier. Il n’y avait d’abord pas d’histoire, pas de scénario, juste des vues partielles, forcément partisanes.

Il décida d’être aveugle et il le fut. Ses yeux restèrent clos et il en éprouva un grand bonheur, il appréhendait le monde autour de lui, en lui, sans lumière, sans artifice. Il en avait fini de voir. Il pouvait à présent connaître ce qu’il y avait de meilleur en lui, vaincre l’indifférence, l’apathie, la compassion, plein de machins qui font contourner les portes, empêchent d’ouvrir les fenêtres et, le pire, n’existent même pas, même plus, lors que vos yeux sont clos.

Il pouvait imaginer, revoir de tête des images, les repasser certes. Il n’en fit rien qu’un grand vide et se précipita dedans. Pour voir de quoi il retournait.

Personne n’a jamais su ni son prénom, ni son nom et chose étrange on ne le retrouva pas, d’ailleurs personne ne le chercha.

Copy-right 2014 -Patrick Pérez Sécheret

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