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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

De la question du nombril chez les intellos...

(Manifeste inconséquent mais jubilatoire)

 

C’est une certitude Ottavi : le budget national français de la culture recule de plus de 4%, non inclus les transferts vers le patrimoine opérés auparavant. Si vous avez une église du 12e siècle, elle va vous coûter bonbon, un musée, ce sera encore pire. On décentralise les responsabilités pas les crédits. Je suis assez heureux pour ma part de ne pas être intermittent, ni directeur de CDN, ni reconnu à l’internationnal pour mes installations contemporaines, ni nobélisable. Ce qui ne signifie pas que je ne dois pas, comme tout un chacun, faire de sorte de maintenir mon standinge, de prévoir mes frais d’obsèques pour que les mômes ne se trouvent pas dans l’embarras. Je peux donc dire : j’ai des moyens. Enfin, encore. Que tout soit marchandisé, marchandisable nous conduit à une adaptation au marché, à prendre ou conserver une part de celui-ci. Donc, à plier, à faire le beau, à lécher les médias, à répéter que voici la fin de l’histoire, que c’est chacun pour sa pomme et le pastis d’abord... Que voulez-vous, moi, j’ai mal à ce monde désagrégé, mal à l’espoir et je me soigne en grimpant sur les tables de bistrot pour dire des mots moitié couverts par le choc des verres et les propos de comptoir, forcément. Certains écoutent. Le verbe n’est pas perdu. Il nous reste au moins cela comme souffle de vie, comme liberté. Certains n’ont pas vu que ce qu’ils considèrent comme une remise en cause de leur carrière, de leur parcours artistique, est en fait une économie imposée car, en fait de déficit, tout coûte cher et il faut tout réduire, tout raboté. Cette paupérisation accentuée  va nous ramener aux cavernes et à la lampe à huile, si de l’huile il en reste. La finalité n’est rien d’autre qu’une mise en esclavage des peuples pour assurer l’accumulation des richesses d’une infinie minorité par une gouvernance. Le beau mot : gouvernance ! Un truc qui échappe aux citoyens, un machin en haut qui applique des directives bancaires et financières, un fascisme rampant qui lustre les bottes du grand patronat. Bien sûr, il y a quelques voix qui s’élèvent, feutrées, souvent hors medias, des économistes, des sociologues, des psychologues, des poètes, quelques directeurs de théâtre, une ou deux concierges, quelques artistes dits de variété... Mais cela est faible face à l’urgence d’ouvrir sa bouche, de ne plus expliquer les causes par les conséquences. Il ne s’agit plus d’exister, d’être invité, de s’accrocher comme un morpion aux restes. Il faut prendre la parole, la donner, l’écouter. La poésie peut donc quelque chose et j’en suis ravi car la désespérance est pire que la mort prématurée comme La haine, écrivait Hugo, est l’hiver du coeur. Je suis ravi qu’une multitude de créateurs, d’artistes de toute discipline, aient compris la gravité de l’hégémonie du capitalisme financiarisé, mondialisé. Nos paradis fiscaux sont nos voix, nos guitaires, des trétteaux, des restes de festivals, des couloirs de métro, des tavernes... Déguingandés, nous prenons la parole, nous écrivons sur les plages entre quelques bigorneaux et coquilles de praires. Nous sommes vivants parmi des survivants. Notre chandelle éclaire peu mais préserve encore de l’obscurité totale, de la nuit de la misère consumée. Hauts-les-coeurs, hautes les voix ! Résistons à fond la caisse. Nous avons notre ego en exil, apatride, nous sommes des passeurs, des optimistes pour le retour des Jours heureux. Et tous les tragédiens nous les merdons.

 

Patrick Pérez Sécheret, 11 juin 2013.