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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

dictatures et démocraties : la fin par la faim?

Grain de sel pour le nouvel an. L’actualité me renvoie en pleine figure des réalités masquées par des régimes autoritaires qui profitent depuis des décennies de leur pouvoir sans apporter aux populations de simples réponses aux besoins du quotidien : se nourrir, se loger, avoir un travail. En revanche, ces pays regorgent de richesses, entassent des profits qui ne bénéficient pas à leur peuple mais à une poignée de nantis et de dirigeants aveugles des réalités. Ces sociétés policières maintiennent l’ordre public, un décor de démocratie représentative en spoliant leurs peuples, en laissant s’exacerber toutes les tensions et en créant de fait un espace de recours pour l’intégrisme religieux sur le dos de la misère et dans l’absence de perspective.

 

Le recours à la violence, infligée au quotidien aux populations, se transforme en colère, en émeutes justifiées. Ainsi, les fortunes entassées sur le malheur des peuples, permises par la sueur des peuples qui garantissent un taux de croissance élevée et les profits des investisseurs, ces fortunes incarnées et permises par le pouvoir politique apparaissent pour telles : injustes, immorales. Sur quoi peut déboucher un régime autoritaire lorsque la rue lui parle avec colère, s’immole même dans un geste d’appel et de désespoir ?

 

J’évoque ici bien évidemment l’Algérie et la Tunisie mais le Maroc ne vaut guère mieux derrière l’illusoire tranquillité touristique. Là-bas les choses se passent au sud par des ‘marches vertes’ d’occupation du territoire sahraoui par les Marocains pauvres qui vont s’accaparer des emplois, des fonctions en en écartant le peuple colonisé, au mépris du droit international et des résolutions de l’ONU. Un mur de 3000 kilomètres a été édifié par le Maroc, protégé par des milliers de soldats, pour permettre l’exploitation des richesses naturelles du Sahara (phosphates, pêche...) et les emplis attenants, existants ou à venir. Cette spoliation est soutenue implicitement par la France qui a des accords commerciaux sur le sujet et s’oppose donc à l’application de la résolution de l’ONU pour l’autodétermination du peuple sahraoui.

 

Mêmes causes, mêmes conséquences : la misère, la faim, la révolte qui gronde. Les dirigeants qui dressent les peuples les uns contre les autres pour la sauvergarde de leurs propres intérêts et ceux des sociétés exploitantes,  des actionnaires, sont-ils des dictateurs, des démocrates ? L’exemple des conséquences du Traité de Lisbonne en Grèce, en Irlande, demain au Portugal, imposant des mesures d’appauvrissement des populations pour rembourser les banques par ailleurs aidées à coups de milliards, n’est-ce pas aussi un passage par l’asservissement des peuples progressif vers l’autoritarisme, une forme mondialisée de  dictature ?

 

Ces accumulations d’abus au détriment des populations, le non-respect de la dignité humaine, du travail qui sous toutes ses formes produit la richesse, la précarisation, font le lit des intégrismes et encouragent racisme, xénophobie, notamment contre les musulmans. Ce faux paradoxe est une arme pour les régimes corrompus et les grandes sociétés qui en profitent mais aussi pour l’Europe libérale.

 

Sans faire d’amalgame je dis quelques mots sur la situation au Proche-Orient, sur la Palestine et Israël. L’Etat d’Israël poursuit la colonisation pure et simple des terres palestiniennes, du quartier-est de Jérusalem annexé en 1980 (illégal pour le droit international). Les Palestiniens en exil ne peuvent faire valoir leurs droits de propriété en raison de leur absence, d’autres, locataires ou même propriétaires sont expulsés. En Cisjordanie, dans la bande de Gaza, un peuple se trouve abandonné et l’Autorité palestinienne démunie pour voir aboutir un Etat digne de ce nom dans un territoire morcelé, coupé, occupé et en voie de colonisation. En Israël, des voix s’élèvent mais le gouvernement reste inébranlable. Un gouvernement démocratique qui procède ainsi l’est-il encore vraiment, peut-il l’être quand il spolie aussi les productions palestiniennes avec la bénédiction de l’OCDE ? Ces politiques attisent là-aussi tous les ressentiments d’injustice réelle, les velléités terroristes, font le terreau des intégristes de tout bord, des deux communautés.

 

A l’autre bout du monde vous me direz, Cuba, un des derniers pays à dictature socialiste* s’ouvre quant à lui au marché, pris à la gorge par ses propres contradictions, un blocus épouvantable et les réalités implacables : dans l’incapacité de continuer à payer les fonctionnaires trop nombreux, le régime cubain envisage la suppression de 1,8 millions de postes, le quart de la population en activité pour un salaire mensuel moyen de 13 euros. Sachant que Cuba importe les ¾ des produits alimentaires consommés sur l’Ile, que les acquis sociaux (santé, éducation...) se réduisent (fonctionnaires) que va-t-il rester au peuple cubain qui s’appauvrit chaque jour davantage ?  L’ouverture au capitalisme devrait attirer les investisseurs étrangers, les capitaux...

 

Et je n’ose parler de la Corée du Nord, ni de l’ex-Soudan, du Mali, de l’Afghanistan, de la Côte d’Ivoire...

 

On peut trouver scandaleux que je place la misère des peuples à équivalence des dictatures qui les gouvernent ou de leur démocratie, certes : jusqu’alors, hormis la répression, le sang n’a pas coulé à Cuba. Pour le reste, on peut se consoler que nombre de pays d’Amérique Latine essaient, après des années de dictature, de trouver la voie d’un développement équitable pour leur peuple. Jusqu’à quand ?

 

En conclusion, il faut restaurer l’être humain au coeur de l’organisation de nos sociétés, ne pas accepter les communautarismes, les groupes sociaux protégés, les castes, il faut que les peuples recouvrent leur souveraineté. Il faut trouver d’autres remèdes pour ne plus reproduire les mêmes effets, redistribuer les richesses en maintenant de grands secteurs publics utiles à tous, maîtriser les énergies, leurs productions, les transports, les politiques de logement...  Cela se nommait il n’y a pas si longtemps en France : l’économie mixte. La mondialisation financière a fait son chemin sur le dos des Pays de l’Est ruinés où, au final, les procès d’opinion apparurent au grand jour comme un procès de production de l’économie collectiviste socialiste*. Il faut une mondialisation au service des peuples et elle ne peut pas venir sans une volonté politique, sans l’intervention des peuples, des citoyens, sans révolte, sans révolution quelle que soit la forme que celle-ci peut prendre.

 

La dignité des esclaves des temps actuels ne peut s’obtenir sans leur liberté et le droit à disposer d’eux-mêmes, des richesses qu’ils produisent et dans des échanges de biens et de marchandises utiles à tous, respectant l’environnement, les sols, les productions locales et ceux qui les produisent localement. La vitesse, les coûts de production, la concentration de celles-ci entre les mains de grandes sociétés de distribution, les modes de consommation qu’elles nous imposent, nous a fait perdre le sens même de la vie, des courtes distances nécessaires à l’Humanité..

 

En écrivant cela, je n’invente pas la poudre, je pense simplement que le temps de s’indigner est dépassé : il faut résister et ouvrir des fronts de libération des humanités, en inventer les formes, convaincre de ce sursaut nécessaire, écologique et politique au lieu de se raccrocher aux morpions que représentent le nationalisme sous toutes ses formes y compris l’européanisme judéo-chrétien.

 

Je persévère donc à réfléchir, à ne pas sombrer dans le pessimisme ambiant qui préluderait notre renoncement à voir la lumière de la fraternité, de la solidarité et de la liberté triompher un jour.

 

 

Patrick Pérez Sécheret

 

 

* j’écris volontairement socialiste et non communiste. Le communisme n’a jamais existé, il reste à inventer.