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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Du Rêve communaliste (essai)

 
L’idée de mise en commun reste louable bien que le poids des idées dominantes sur la propriété, le bien acquis, l’enclos comme disait Rousseau, le sentiment d’appartenance, soient si bien ancrés que même celui qui ne possède que sa pauvreté ou sa misère semble corrompu au gain. Personne ne souhaite être démuni, pauvre et tout le monde aspire donc à devenir riche, à l’abri des aléas de la vie qui ne sont que conséquences des causes de l’organisation sociale de nos sociétés.
                L’idée de mise en commun des biens essentiels à la vie de toute communauté humaine reste d’actualité mais l’expérience douloureuse des pays dits socialistes – et donc dits communistes- demeurent une faillite sans appel dans la mémoire collective. Conjuguer l’égalité sociale et la solidarité avec les libertés fondamentales d’expression, d’opinion politique ou religieuse, n’est pas chose aisée, d’autant qu’il en est qui préconisent et préconiseront toujours le droit d’opprimer, de soumettre, d’exploiter autrui au nom d’une bonne cause ou d’une bonne foi.
 
Finalement, c’est bien le système économique dit socialiste, son organisation étatique qui ont fait faillir le bloc de l’Est et toutes les autres expériences socialistes dans le monde. Cuba en est un exemple, tout comme le Vietnam et la Chine. Les velléités centralisatrices du pouvoir, l’idée de la transformation possible de l’être humain en citoyen docile, éclairé par un parti unique, consentant et obéissant d’un ordre nouveau ont donné des monstruosités, des camps, des asiles.
De même, le monde dit libre, celui de la libre circulation des biens et des personnes, a produit d’autres aliénations dont celle de la consommation et de l’obsolescence des produits sensés rendre le monde heureux, des guerres aussi, récurrentes, pour la défense d’intérêts mercantiles.
Ce que l’on nomme la gauche est une conception d’un bonheur possible encore tout jeune, à peine deux siècles si l’on situe son origine à la Commune de Paris, un concept d’organisation sociale égalitaire, ce qui ne signifie pas uniformisation, d’accès aux biens et services produits par le travail de tous et dans des conditions de dignité, de juste répartition du fruit de ce travail par une socialisation des moyens de production et la fin de leur accaparement par une minorité qui exploite la majorité contre une rémunération que l’exploité a d’ailleurs imposé.
La gauche reste donc une idée neuve et le type d’organisation sociale à inventer pour dépasser à la fois le capitalisme et un socialisme autoritaire. La gauche a pris du retard idéologique sur le capitalisme mondialisé à savoir que les medias, les contenus culturels des enseignements, la chaine éducative et formative sont au seul service de celui-ci et qu’un matraquage permanent, journal, s’opère pour convaincre la grande masse populaire de sa pertinence et du fait désespérant qu’il n’y a pas d’autre alternative, d’autres solutions.
La gauche et le peuple ont divorcé sur plusieurs décennies en raison d’une adaptation des élites qui se sont retrouvées dans les rouages du pouvoir –formées par lui- et ont peu à peu renoncées à transformer la société, se plaçant peu à peu au service du capital marchand et des banques, du système financier en renonçant à le maîtriser et à imposer que les bénéfices soient réinvestis dans l’intérêt général et donc la satisfaction des biens élémentaires de tous.
Cela a conduit à des reculs sociaux sans précédent dans tous les domaines, à une mise en concurrence acharnée des hommes et des territoires. Le délitement ou l’effacement de l’Etat laissant le champ libre à la dérèglementation et au concept à chacun selon ce qu’il peut se payer y compris pour sa santé, son logement, son éducation, sa nourriture, etc.
Nous sommes bien confrontés à ce choix impossible dont parlait Milos Forman : le zoo ou la jungle – à l’aune de l’histoire des sociétés- et alors toute notion morale ou de moralité est une soumission à ces états.
Le sursaut populaire, le grand élan du ou des peuples, sont devenus aléatoires car aucun tribun, aucun parti, aucun mouvement, ne se distingue pour éclairer la route à part à l’extrême-droite. Aux illusions perdues succèdent l’incapacité de peser dans un autre sens car les partis, les mouvements ont montré leur incapacité et leur limite à se survivre à eux-mêmes dans un système de délégation de pouvoir.
Les partis de gauche n’ont plus l’imagination nécessaire pour dépasser leur incapacité à mobiliser et à convaincre le peuple d’une direction, d’une proposition rationnelle pour que la vie change enfin. Ils sont les rouages d’une machine affolée et leurs discours inaudibles.
Robert Hue écrit qu’ils vont mourir ! Bien. En attendant, c’est le peuple qui trinque et qui meure, ce sont les pires haines, les pires expressions d’intolérance qui gagnent du terrain car l’on dresse toutes les factions du peuple les unes contre les autres.
Face à cela, rien n’est pire que la méthode Coué de gauche au rassemblement de la gauche… dans la rue et dans les urnes. Mais la gauche est étroite et mal à droite. Ceux qui n’ont pas trahi sont toujours embourbés dans leurs schémas du passé, leur rapport de force pour maintenir ou conquérir de nouveaux espaces de pouvoir tant que la démocratie d’ailleurs le permet encore car les lois scélérates, de refonte territoriale notamment, si elles s’appliquent nous ferons entrer dans un espace de gouvernance autoritaire voire dictatoriale confirmant d’ailleurs les penchants de la 5e République et de ses coups d’Etat permanents.
Que faire, aurait-dit Lénine, à part encore deux pas en arrière ?
Il reste que possédants et possédés, chacun n’attend que sa survie, la protection de son bien, si possible l’extension de sa possession et donc de son bien-être, par la cooptation ou éventuellement le mérite, et que cela passe inéluctablement par la maintenance de l’exploitation et de l’oppression des autres. Et, dans ces temps troublés, par le racisme, la xénophobie.
Il reste le doux rêve d’une humanité qui finirait par comprendre que l’immédiat n’est pas une morale mais un passage, un relais entre humanités et que la survie de l’humanité et de l’idée d’humanisme passe par la durée et l’épanouissement individuel de chacun. Comment organiser cela, aller vers une transition permettant cela et pas simplement de revenir à un âge d’or d’avant.
Dans ce contexte, le FN aujourd’hui n’est pas un problème à 12% des inscrits juste une conséquence et un alibi pour le gouvernement socialiste, un épouvantail agité si qui ne m’aime pas refuse de me suivre... Le problème est la gauche et le Parti dit encore socialiste qui renie ses valeurs fondatrices : la transformation sociale, l’intervention économique, le pacifisme.
Tout pouvoir corrompt. Toute délégation de pouvoir génère de l’abus de pouvoir pour conserver le pouvoir et des reniements de promesses à l’aune du grand réel et des contraintes sacro-saintes de l’économie de marché, des équilibres des comptes des Etats, etc.
Tout pouvoir devrait être révocable et contenu dans un mandat unique, toute élection à la proportionnelle.
Certains crieront à l’anarchie, à l’in-gouvernance. Pipeau. La démocratie ne peut pas demeurer un leurre mais doit prendre toute sa place dans la diversité des courants d’opinion, dans l’équilibre de consensus dans l’intérêt général et non celui des nantis, des banquiers.
La démocratie ouverte, pluraliste, proportionnelle permettrait l’émergence de nouveaux citoyens non issus des écuries partisanes et un retour aux débats publics, à la confrontation des arguments.
La démocratie ne serait plus une simple délégation mais une association à la décision, à une codécision et donc certes à une forme d’anarchie de fait.
Je mesure que cela pose le grand problème du niveau culturel pour y parvenir, je veux dire de la capacité des citoyens de faire le choix de la finalité de la société ainsi autogérée : celui de répondre aux besoins de tous les êtres humains en harmonie et sans marché, de leurs permettre de s’épanouir en se cultivant, en confrontant leurs utopies et leur imaginaire, en respectant la nature et l’environnement durable.
Je penche pour cette idée d’anarchie communaliste de démocratie de proximité, de courte distance, poussée jusqu’au bout du possible des grands rêves d’amour et de fraternité de l’Humanité, ceux de Thomas Moore et de St-Just, ceux de Pépé Mujica …
Oui, le bonheur reste une idée neuve en Europe (Saint-Just) et dans le monde et Un jour viendra couleur d’orange, un jour de parme de nuages au front, un jour où les gens s’aimeront, comme un oiseau sur la plus haute branche.  (Louis Aragon).
Chacun y peut un peu quelque chose à partir de ce qu’il est, de ce qu’il dit, de ce qu’il fait de sa vie.
Patrick Pérez Sécheret
Poète-écrivain
 Copyright décembre 2014.
20141101 155206