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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Epître agnostique sur la barbarie et les cénotaphes

Ces temps de guerres dans notre monde ont les mêmes sources, les mêmes causes qu’autrefois. Les champs d’opération militaire ou terroriste se sont déportés là où l’Occident a, pendant des années, maintenu un néo-colonialisme éhonté, privant les populations d’une vraie souveraineté économique et politique via des présidents-dictateurs. Ces pays soi-disant libérés du colonialisme se retrouvent aujourd’hui en crise, proies des investisseurs, américains,  chinois et des anciens pays comme la France qui ont chasse- gardée sur leurs richesses territoriales.

 Il s’agit de l’Afrique et de populations en déshérence, du Sahara Occidental, dernière colonie occupée sur ce territoire, mais du Moyen-Orient aussi avec la Lybie,  l’Irak, la Syrie, le Liban en proie au chaos politique, aux fous de Dieu, pays créés artificiellement après les protectorats anglais et français et sans tenir compte des populations, de leur origine, de leur religion. Ainsi, les Kurdes autrefois gazés, se retrouvent toujours sans véritable pays, dispersés entre la Turquie et l’Irak. Sans parler des problèmes que posent les déplacements de populations fuyant l’extermination, y compris au Soudan Sud, les camps de réfugiés qui n’en finissent pas et débordent d’autres frontières comme la Jordanie… sans omettre la situation toujours bloqué en Palestine et les multiples résolutions de l’ONU inopérantes depuis 1948.

A cela s’ajoute l’horreur annoncé en Ukraine après l’annexion de la Crimée par la Russie. Tout semble rouler pour les vendeurs d’armes dans le monde avec la France aux premiers rangs jouant les gendarmes au Mali, au Tchad. Tout cela n’a pour seul et unique objectif que le partage des richesses des sous-sols à l’échelle mondiale, la pérennisation de la spoliation de pays moribonds, déstabilisés à volonté, désétatisés.

Cette horreur permanente se camoufle sous l’aide humanitaire : on se fat entretuer, on vient en aide, on aguerrit tous les fanatiques et l’on voit presque impuissants défilés images et commentaires fourbes sur ces réalités de notre planète. La domination capitalistique mondialisée se partage le gâteau, thésaurise à volonté avec la bénédiction des dirigeants élus (faut voir comment !) « démocratiquement » et tour à tour valets serviles inconditionnels de la raison suprême des profits, de l’asservissement et de la paupérisation des peuples par des politiques d’austérité et de récession qui visent toujours plus de profits, de concurrence, de communautarismes ainsi engendrés, de division du monde du travail au sens large, assommé médiatiquement d’âneries, de mensonges, de graphiques truqués…

La liberté demeure l’insurrection morale et pourquoi pas physique face à ce monde imposé sans raison contre l’être humain partout. La liberté suppose la résistance constante à la récession de la raison humaine, à croire encore possible un système social et politique libre au seul service de l’humanité, de ses besoins fondamentaux (manger à sa faim, boire, se loger, participer à la création des richesses par une fonction utile à la société, s’éduquer, s’épanouir).

Croire en cela n’est pas une utopie, un idéalisme, c’est simplement ne pas accepter une once de barbarie, en démasquer les causes et non les conséquences, agir pour retourner la domination d’une caste de possédants sans foi ni loi, aux discours insipides où les mots de solidarité, de fraternité, de liberté, d’égalité, ne sont plus que des justificatifs d’une marche forcée vers d’autres formes d’assujettissement des peuples, leur abêtissement par la précarité et l’inculture au seul prétexte de l’accumulation financière sans frontière.

Nous pouvons y faire quelque chose. Nous pouvons si nous sommes capables de dépasser à la fois les schémas d’organisation politique des cités, les partis ancrés sur des stratégies du maintien existentiel (conserver des élus ou mourir), toutes les structures qui ne représentent qu’elles-mêmes juste investies par des minorités par délégation de pouvoir, si nous inventons comment faire des Jours Heureux avec abnégation, dans un diversité de pensée, d’opinion philosophique ou religieuse, sans renoncer aux valeurs humanistes énoncées plus avant qui en seraient le socle fondateur.

Nous pouvons. Rien ne serait pire que l’indifférence et la poursuite d’une animalisation des hommes qui deviendraient des hardes de loups sans scrupule dans les ghettos des cités, sans repère autre qu’une vague idée de survie dans une jungle du chacun pour soi en quête de survie et de pouvoir sur une meute. A quoi auraient servi sinon tous les combats émancipateurs de notre humanité ? A faire de nous des abbés Pierre en guenille, des bénévoles des restos du cœur, chargés par le capital de contenir la misère, d’anéantir par l’assistance et la compassion tout esprit de révolte pour la dignité et le droit humain ? Nous pouvons faire autre chose, autrement et, comme l’écrivait le poète kabyle assassiné, Younes Matoub, donner congé aux mensonges.

 

(Copyright 2014).