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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

L’imagination du futur 2 / La Imaginacion del futuro 2

Ce scénario théâtral est inspiré d’une pièce chilienne nihiliste, voire libérale, visant à déstructurer l’histoire et la réalité au profit d’une fin de l’histoire et d’un horizon humain de désespérance totale : il n’y a pas de système d’exploitation et d’oppression économique, il n’y a pas de solution hors la gouvernance capitaliste et libérale qui soumet des peuples, les mécanisent au service d’un pouvoir autoritaire et de ses intérêts particuliers : il  faut donc dénigrer et détruire toute appétence à un monde meilleur de démocratie directe remettant aussi en cause les délégations de pouvoir et le régime partidaire.

La pièce chilienne, dont il est fait mention, a été représentée au théâtre Jean-Vilar à Vitry-sur-Scène le samedi 22 novembre dernier devant 700 spectateurs. A contrario d’une critique j’ai opté pour une réécriture du scénario (La Re-sentida) par respect pour Allende, le peuple chilien et le devoir de mémoire car, si tout peut être revisité surtout avec humour (ce dont est dépourvu le scénario en question), critiqué –liberté d’expression et d’opinion sacrée- tout ce qui annihile la réalité, travestit la mémoire pour les générations futures est de nature à voir se reproduire les atrocités du passé. Mon scénario est à disposition sous copyright et remplace une critique improbable que j’aurais sans doute commis au vitriol tout en saluant globalement la prouesse et le talent des comédiens.

Patrick Pérez Sécheret, poète-écrivain

 

Acte 1

Sur scène règne un grand bordel où des comédiens s’affairent en tous sens. En fond, la façade du Palais de la Moneda en ruines (il a été bombardé lors du coup d’Etat militaire de septembre 1973) à Santiago du Chili. S’installe au centre de la scène où on a placé un bureau présidentiel et un fauteuil un militaire gradé ressemblant à Augusto Pinochet. Il prend la parole alors que les comédiens sont rassemblés à l’avant-scène comme une équipe tournant un film ou un clip.

Le général :

Mes chers concitoyens, en cette heure grave pour le pays, après trois années d’anarchie et de tentative d’instauration du communisme au Chili, la paix civile est rétablie. Le gouvernement socialo-communiste a choisi le déshonneur à la reddition et à contraint l’armée à intervenir. L’ordre est à présent rétabli et toute résistance est en cours de régularisation car nous avons des espaces pour cela même si, pour quelques temps, la pratique sportive s’en trouvera lésée pour nombre d’entre vous, de même que les établissements universitaires qui resteront fermés le temps d’une rénovation nécessaire (bouchage des trous de balles et lessivage du sang sur les murs). Le commerce reprend, les boutiques sont approvisionnées car le carburant est disponible tout comme les produits de premières nécessités….

Le général est interrompu par : coupez ! Premier comédien s’avance vers lui :

Non ce n’est pas possible. Trop dur, trop clivant ! Il faut convaincre que l’horreur est salvatrice, donner de la hauteur de vue, vanter les bienfaits du libre marché, de la concurrence, le rôle primordial de la famille et du bon dieu.

Second comédien :

Il faut que l’on voit votre regard, déposez vos lunettes noires sur le bureau et placez dessous le fusil mitrailleur américain, il va effrayer les auditeurs.

 

Troisième comédien (une bourgeoise) :Vous parlez à des femmes, à des mères éprouvées par les privations, les nationalisations, la perte de repères judéo-chrétiens. Vous devez materner, vous êtes le papa de la nation chilienne, son sauveur suprême, son guide héroïque.

Premier comédien : on reprend mon général. Moteur.

Le général :

Mes chers Chiliennes et Chiliens, en cet heureux dénouement d’un processus qui menait notre patrie aimée à la ruine et au chaos, je m’adresse à vous le cœur libéré. La paix et la concorde sont revenues, vos familles vont pouvoir vivre normalement, les maris vaquer à leur travail en confiance, les femmes vont pouvoir faire bouillir quelque chose dans leur casserole, les enfants iront sans crainte au catéchisme…

Il est interrompu par le premier comédien :

Coupez ! Non, non, le ton est mou, sans conviction. Il faut donner de l’ampleur aux mots, faire le service après-vente correctement. Vous devez parler en père de famille, en confident du désarroi des riches et de ceux qui pensent le devenir en exploitant les autres, en continuant de confisquer les terres mapuches. On attend de vous un message rassurant, un retour à l’ordre sans ambiguïté.

Troisième comédien :

Vous devez faire bander la bourse, mouiller les bourgeoises dans leurs bas de soie ! Vous devez être sexy mon général. (on entend des rafales de mitrailleuses et des cris).

Premier comédien :

On reprend. Moteur.

Le général (qui a déposé ses lunettes noires et masquer son fusil) :

Mes Chers Chiliennes et Chiliens, en cette heure heureuse et lumineuse, sous le regard bienveillant du dieu tout puissant, la paix civile succède à l’anarchie totalitaire communiste dépravée, l’ordre est rétabli et vous pouvez à présent retrouver une vie familiale normale, faire des enfants qui vivront en toute sécurité dans vos maisons, dans la ville et le pays. Il nous faudra encore quelques semaines pour éradiquer définitivement quelques foyers de résistance sporadique dans les poblaciones, pour effacer les traces murales des mots d’ordre ignobles de soi-disant artistes inféodés à Cuba et à Moscou. Oui, nos mères, nos femmes, nos enfants peuvent aller en toute quiétude avant les couvre-feu, profiter des bienfaits de la fortune, du rétablissement du commerce et des transports par l’approvisionnement rapide des compagnies pétrolières amies nord-américaines… (il s’endort visiblement).

Premier comédien : coupez. Le général est fatigué. Il doit se reposer un peu.

On aide le général à sortir de scène alors que fait son entrée un corps de ballet nu, juste tatoué de faucilles et de marteaux, sous un déluge de chants patriotiques militaires. Le ballet évolue dans des postures pornographiques. Un texte s’affiche sur l’écran : Le communisme est un grand bordel, tout appartient à tous et tous appartiennent à tous, on copule en chœur, on spolie les propriétaires de biens immobiliers ou de terres, on enseigne le collectivisme à nos enfants dans les écoles, on nationalise la presse libre, les médias…

 Le ballet sort en file indienne enfin en s’enfilant de façon explicite.

Acte 2

 

On a réaménagé le bureau du général en fond de scène et placé au centre une petite estrade avec un micro.

Premier comédien :

Le général va arriver. Il faut changer le décor de fond. C’est trop triste.

 

On change le décor et apparaît une vue du port de Valparaiso. Sur les écrans s’affichent un texte : Ici à Valparaiso a commencé la reconquête des libertés démocratiques grâce à la vaillance de notre armée de l’air formée et encadrée par le Pentagone. Reconnaissance éternelle aux Etats-Unis d’Amérique et à Kissinger et aux grands consortiums internationaux américains pour leur aide financière conséquente ayant permis de bloquer tous les moyens de transports par route permettant l’approvisionnement alimentaire des villes chiliennes, d’exaspérer ainsi les classes moyennes et populaires par la pénurie.

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(à suivre comme un feuilleton en live)

 

Copyright 2014 patrick pérez sécheret.