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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Les Jardins

Pour écrire, il suffit d’écrire. Pour écouter, il ne suffit pas d’entendre. Pour sentir, il faut humer, transhumer. Pour voir, il ne suffit pas de regarder. Pour toucher, il ne suffit pas de prendre, sauf son temps. Et, dans les jardins parfumés de thé vert, des rosiers frissonnent, à la pointe des tiges qui semblaient mortes, de petits mamelons bruns. Quelqu’un m’a dit cela, chut, les rosiers se réveillent de l’hiver juste quand il faut, ils sont devins. Dans les jardins, il y a tout le poids de l’âme qui submerge la vie même, les sanglots de l’aube comme un sperme sur l’herbe, des fourmis précautionneusement aux grands yeux qui s’affairent, des oiseaux dont on ne sait plus ou pas le nom, on dit des oiseaux, de vieux mendiants élégants qui tirent sur leur pantalon trop court, rentrent les manches élimées des poignets de leur chemise sous la veste, des bateaux anciens miniatures qui rêvent de prendre la mer un jour ou de sortir de l'asile, du soleil aussi, dans les jardins, sur les vieux murs mousseux. Et moi, je me promène une arme à la main pour flinguer la mort, la peur et l’ennui d’un tir précis de poème écarlate : la balle est en caramel mou. Dans les jardins, hier à l’allure d’une sardine dans une boite, le passé secoue ses tapis mais rien n’y fait, dans les jardins, le présent floute les souvenirs, déchire les chemises du temps, dans les jardins, s’il n’y a pas forcément d’avenir, il y a des roses qui ont compris l’amour et qui, à leur rythme, sans alarme, sans presse, viennent nous le murmurer pour peu que nous soyons vivants ou malades, c’est-à-dire, à l’opposé de la vitesse. Les rosiers se hâtent lentement dans les jardins. Quelqu’un m’a dit cela, chut...