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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

l'utopie contre un Etat d'exception en France

Lentement, sûrement, notre République française s’enfonce, en toute légalité, sur le chemin du renoncement complet à ses valeurs. Au-delà de la sémantique, les lois votées, les décrets pris réduisent peu à peu les libertés publiques fondamentales au nom de la lutte contre l’immigration clandestine, de la délinquance et tout l’arsenal politico-judiciaire est calibré pour ce combat aux relents des années quarante. De la garde à vue prolongée à 72 heures en passant par la suppression du juge d’instruction, de la suppression du juge pour enfants à la déchéance de nationalité, en passant par l’accroissement des fichiers croisés informatiques des citoyens (une demande de logement) et ce depuis leur plus jeune âge, tout indique que des dispositions prises ouvrent la porte à un régime d’exception par la mise à bas de tous les gardes-fous démocratiques en France. Du délit au crime il n’y a qu’un pas : l’utilisation de l’arsenal mis en place contre toutes celles et tous ceux qui pourraient s’opposer un jour à l’autre à la dérive néo-pétainiste du pouvoir. Certes, ce pouvoir est issu des urnes et non désigné par le Parlement à sa solde, mais ce n’en est que plus grave au regard du nombre d’électeurs ayant, par rapport aux inscrits, voté pour lui et aux résultats des élections (européennes, régionales) intervenues depuis.

 

Le Président de la République fait ce qu’il a promis, et même au-delà voir les retraites, et son entreprise de démolition de tout le socle social, de tous les droits sociaux (travail, santé, éducation, petite enfance...) contribue à créer les conditions de replis sur soi, à attiser telle catégorie sociale contre l’autre, à préparer les conditions, par la délation encouragée même, la ghettoisation de quartiers entiers de banlieue, d’émeutes et de révoltes.

 

Le pouvoir dispose quasiment de la main-mise sur tous les medias lui permettant de formater l’information, de distiller le renoncement à toute solution autre que la fatalité qu’il imprime à la marche politique du pays à pas forcés vers la marchandisation des hommes et des territoires.

 

Le pouvoir est au seul service des intérêts supérieurs de la finance mondialisée, du système bancaire et financier auxquels il laisse les mains libres, le sauvant en passant d’un désastre boursier et faisant supporter au peuple les conséquences des causes de la crise que nous traversons.

 

Face à cela, des résistances s’organisent, des réseaux y compris de désobéisance. Mais cela ne fait pas le poids. Les forces de gauche et progressistes cherchent vainement une union de projet susceptible de dégager les conditions d’une alternative politique par les urnes tout en tentant, de scrutin en scrutin, de consolider ou de sauver des élus, des positions. L’abstention sanctionne alors la gauche comme la droite et le match nul. Les désespérances parmi les couches populaires, toutes les catégories sociales, conduit à la politique de l’autruche donc, à renvoyer dos à dos gauche, droite, les politiques. Et, pendant ce temps le rouleau compresseur fossoyeur des libertés publiques et de la souveraineté nationale avance au nom de la réduction des déficits, des critères du Traité de Lisbonne (d’ailleurs bafoué pour voler au secours des prêteurs sur gage aux pays mal notés en raison de leur déficit) et l’addition est supportée essentiellement par le monde du travail mais aussi les retraités...

 

Dans ce contexte, perdure la voix inaudible du parti communiste français et à moindre mesure des autres composantes de la gauche, entre surenchère et signe distinctif pour conserver ou gagner un leadership, assurer une suprématie populiste du poulain électoral désigné lors des présidentielles. Les défections en ses rangs n’y changeront rien : l’émiettement de chapelles ne construit pas une église et une église sans fidèle est un forum qui tourne en rond avec un dernier quarteron de militants et d’élus. Mais jusqu’à quand?

 

Il est tellement évident que le mot communiste à lui seul procure aversion et répulsion, non au regard de ce que sont réellement les communistes français mais parce que l’échec -les conditions de l’échec- du socialisme réel à l’Est pèse de tout son poids. Ce mot de peut faire rêver que les idéalistes qui croient que, dévoyé, il demeure un projet de société idéale débarassée de toute oppression et exploitation.

 

Mais le mot ne fait plus rêver. La majorité des peuples d’Amérique Latine engagés dans un système de réappropriation sociale des moyens de production et sur la base d’élections libres, n’appelle pas à une société communiste et le mot lui-même est absent des références révolutionnaires dans ce processus. Cuba reste isolé en raison du blocus certes mais aussi parce que le système ne répond pas aux aspirations populaires, aux besoins des populations. Tout comme au Vietnam où l’on fait du capitalisme sans le dire. La Chine a fait des émules.

 

On se dira bien que dans les anciens pays de l’Est, les gens vivent plus mal mais les gens ne veulent pas revenir en arrière et chaque élection confirme qu’une page sanglante est tournée et qu’une liberté d’opinion, d’aller venir, de voyager vaut mieux qu’un ghetto social sans perspective.

 

De là nous voici donc devant le challenge de dessiner un autre monde commun mais respectueux de la diversité de tous, d’inventer une souveraineté plus directe où la délégation de pouvoir ne peut s’exercer que pour un seul mandat et pour une durée limitée et révocable.

 

On ne peut plus rêver d’une société égalitariste où tout un chacun est un rouage d’un appareil idéologique auquel il obéit au nom d’intérêts supérieurs et pour son bien. Il n’y a pas d’avant-garde du peuple, de parti guide.

 

Que reste-t-il dès lors? Le sursaut républicain? De qui, avec qui, comment, quand?

 

Le premier obstacle à vaincre me semble être la peur sous toutes ses formes : peur du lendemain, peur de perdre un acquis, peur de perdre sa place dans le rang social, peur du voisin concurrent ou différent, peur du métissage de nos sociétés, peur des catastrophes naturelles, peur de l’autre et peur de soi-même.

 

La vitesse et le  temps jouent avec cette peur à la fois écologique, psychique, et pysique, construite de défaites en défaites depuis les 30 glorieuses, alimentée par les medias, le traitement calibré de l’information, entretenue par une consommation invraissemblable de médications de toutes sortes, de béquilles de consommation à faire croire que le progrès de la médecine, l’invention de produits miracles (nanotechnologies par exemple) pourront créer un homme nouveau à l’abri des assauts de la fatalité. Une fuite en avant pour contenir sa peur sans être vraiment dupe que ce temps viendra à temps pour soi-même, pour se sauver du chaos.

 

Si bien que la mort apparaît davantage un accident qu’une inéluctable promenade inscrite dans nos gènes. Mort sur la route, trop vite, trop imbibé d’alcool, une mort fautive, pas soigné à temps, mal soigné, avion mal révisé, digues pas assez hautes, prévision peu fiable... La mort est une conséquence de l’accident provoqué. Les faits divers sont illustrant de ces peurs et les excitent, par bonheur cela est arrivé à l’autre, j’ai traversé dans les clous...

 

Face à cela, la méthode Coué, l’huile de Coudes, Lourdes, la religion en général deviennent des refuges que l’arsenal sécuritaire soutient à bras levés : on vous protége braves gens mais vous avez votre responsabilité dans l’affaire. Courbez l’échine, obéissez, délationnez, il y aura peu d’élus, les plus faibles n’auront que ce qu’ils méritent parce qu’ils auront été les plus faibles, trop jeunes ou trop vieux.

 

Politiquement, quelles réponses ou concept opposer à cette pesante idéologie dominante qui fragmente toutes les vies, creuse la fosse de la démocratie et des libertés publiques?

 

Et s’il manquait simplement du rêve, de l’utopie, une façon de voir le monde au lieu d’en être spectateurs? Il y a le choix entre une espèce de nazification lente des esprits encadrée par des lois et la légitimité de la révolte humaniste et libertaire. Mais l’outil peut-il résulter des urnes, de la votation démocratique telle que nous la connaissons, telle qu’elle est pervertie? C’est pourquoi j’ai foi en ces réseaux modestes de résistance et de relocalisation des actions comme des productions, en ce chemin le plus court en distance entre les populations, les produits. Il faut tout relocaliser et ce rêve n’est pas utopiste mais une reconquête de nos libertés avec le concours de la nature et des outils de production.

 

Produire autrement, consommer autrement, mettre en réseau autrement, est faire autrement de la politique, donner force à l’idée que penser global reste agir local.

 

Toute décroissance en ces termes est une ineptie inacceptable car la mondialisation financière jouit de sa suprématie, certes avec la complicité des Etats, des gouvernements, des machines internationales comme l’OMC, le FMI, les banques centrales, mais surtout par sa main-mise sur tout ce qui est utile, nécessaire aux populations, en contrôlant et les productions et les distributions, pesant à son gré sur les prix, pouvant décider de famine, de conflit en gendarme de la planète pour ses seuls intérêts de domination et d’asservissement des peuples.

 

Le dépérissement de l’Etat est en cours, recentré sur le maintien de l’ordre nouveau mondial. Faut-il tenter de le sauver par l’alternative bi-partiste ou au contraire s’appuyer sur la décentralisation existante proche des citoyens?

La machine financière quant à elle s’éssouffle, a besoin du travail produit et de vendre celui-ci et le coût moindre de production par délocalisation n’est déjà plus la panacée. Car la force de travail, sous toutes ses formes, reste la poule aux oeufs d’or et tuer la poule est perdre la ponte. Cette contradiction est une raison d’optimisme et de l’utilité du contrôle local de la production et de la répartition de ses fruits. Il faut donc nécessairement frapper au tiroir-caisse : maîtriser les moyens de production en raccourcissant les circuits de distribution et en les contrôlant, en fixant ainsi un juste prix qui pourrait d’ailleurs se concrétiser et généraliser peu à peu à l’écart des monnaies existantes sous forme de troc équitable, d’échanges de produits ou de savoirs, de services. Les accapareurs, quant à eux, privés de l’outil d’accaparer, ils devront produire leur quote-part pour obtenir des moyens d’existence sous contrôle collectif décentralisé et populaire.

 

L’utopie est l’avenir de l’humanité. Et faire chemin ensemble en ce sens n’est pas a priori justement utopique et en tout cas, aujourd’hui, ne passe pas iter facto par des partis ou mouvements politiques existants, parti communiste compris.