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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Paris-Damas, regards croisés

le 25 novembre aura lieu à l'Institut du monde arabe à Paris, l'inauguration de l'exposition Paris-Damas : regards croisés. Cette exposition donnera à voir le travail d'artistes plasticiens ayant cheminés avec des poètes du monde entier sur ce thème. Un ouvrage édité paraîtra à cet effet comportant notamment mon poème inédit sur le sujet. Pour venir, pensez à réserver auprès de : info@europia.org


Le Chemin de ach-Cham

 

 

 

J’ai gouté en songe l’abricot de la ville

et cru voir des anges déchus

épouser le mont Kassioun

Zeus dans la course du peigne 

caressait des mandarines d’ocre

 

J’ai cru voir au palais Azem s’allumer les caravansérails

pour l’accueil de l’aube séculaire du poème des poèmes

et des langues éphémères

 

puis d’une épée le jour fut vêtu d’or et d’argent

sur l’horizon il fut possible d’éteindre la poussière des nuits

de plonger des yeux dans le corsage d’avril

 

L’humaine condition dans ma paume refermée

tel un coeur de nouveau-né aux yeux absents

l’origine des larmes à l’issue du désert

iradiait de brume la vanité des empires

 

le chemin de ach-Cham s’ouvrait

dans un ressac de rapines de grands saccages

à chaque pierre épousé

 

Le monde avait grandi ainsi

fragile balancier

à recoudre les plaies

à rebâtir les ruines infiniment

 

et dans la grande mosquée

où repose Jean Baptiste le chemineau du monde

j’ai recouvré l’ombre fraiche

et la raison d’aimer

 

Le chemin était brocardé de saphran de la mer à ach-Cham

j’ai gouté l’abricot pour de vrai

relier l’homme à l’homme

toutes les bonnes volontés

de ceux qui croyaient à dieu

ceux qui n’y pensaient plus

 

Le monde s’écarquillait dans une divine promesse

d’humilité et de fratries nouvelles

 

le chemin de ach-Champ ouvrait sur l’avenue

des immenses courants d’air de la pensée libre

des cités radieuses entourées de blé

l’enfance était choyée

 

toute enfance était reine du présent

et tout travail une oeuvre de peine récompensée

 

J’ai cru pleurer à fendre l’âme

mes pas étaient de soie

sur la terre bien aimée

ma patrie ceinte de dignité

 

les armes endormies aux musées

témoins de toutes les cruautés

 

A voir ainsi le monde l’envie vous vient de vous noyer

dans un champ de coquelicots blancs

d’immaculer sa vie à l’onde du pamphlet juste

l’envie vous vient de plonger les yeux

dans le corsage d’avril

 

mais le prix du blé flambe

on ne trouve plus de pain au Caire

on meurt dans l’émeute du ventre

devant les boulangeries du monde

 

on déssale la mer mais l’eau manque à Chypre

l’eau manque à Barcelone...

 

Le monde a soif d’une nouveauté étrange :

manger pour vivre

boire pour survivre

 

Le chemin de ach-Cham interroge

au-delà du sexe des  anges et des dieux assoupis

sous l’olivier trempé de perles noires

sur une terre confisquée

Où mettre son pas

quel sentier ravir à la peur

 

Le monde saigne abruti de publicités

de langues de mode

d’effusion de clinquant

de portables qui résonnent de voix mortes

d’agioteurs patentés d’égoïsme

 

Le monde flambe en silence

l’empire des pulsions barbares s’éveille

 

Le chemin de ach-Cham brise mon rêve

mon rêve fendu s’oublie

sur la boue sèche de la barada

 

je crie mais nulle bouche ne s’ouvre

une frontière invisible s’est invitée entre les hommes :

la haine

la haine torridement complice

 

Je crie mais le gris reste gris

le noir reste noir

le blanc s’émaille s’écaille de sang

laboure la terre

et ne pousse qu’un cri

au zénit du chemin d’ach-Cham :

 

le cri d’un enfant nu

sans terre

où poser sa misère

et sa mélancolie

juste un cri d’azur

couronné d’un espoir nu

d’abricot séché

 

Mais c’est ici mes frères

mes soeurs du bout du monde

qu’essaime l’Humanité

sur le chemin d’ach-Cham

 

Patrick Pérez Sécheret

 3 avril 2008