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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Pour la souveraineté du peuple sahraoui

La 2e conférence internationale d’Alger a été ouverte par Mohamed Abdelaziz, Président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) en présence des représentants du Comité National Algérien de Solidarité avec le peuple sahraoui, de la République arabe sahraouie démocratique, des familles de prisonniers et de disparus sahraouis, du comité pour le respect des libertés et des droits humains au Sahara Occidental, des délégués de 36 pays venus des 5 continents*. J’y participai en tant qu’ami de la RASD, invité au titre d’intellectuel et d’écrivain. C’est un grand honneur d’avoir participer à cette conférence internationale d’Alger, un immense honneur et je veux exprimer ici modestement le pourquoi de mon engagement pour la cause du peuple sahraoui. Une cause pour laquelle, le moins que l’on puisse dire, les intellectuels de mon pays ne sont pas très bruyants. Comment ne pas être attentif, solidaire des droits les plus élementaires d’un peuple dont le pays constitue la seule, la dernière colonie d’Afrique encore debout, peuple victime d’une spoliation de ses biens naturels, de ses droits, au mépris de la Charte des Nations Unies. Comment ne pas être aux côtés des hommes, des femmes, des enfants d’un pays que l’on déchire par un mur de milliers de kilomètres, mur de la honte et illégal ? Depuis la chute du mur de Berlin mais d’autres murs se sont dressés en Palestine, au Mexique, au Sahara occidental... Comment ne pas être aux côtés du peuple sahraoui comme je le fus aux côtés des victimes et des résistants à Franco, à Salazar, à la Junte grecque, aux côtés des vietnamiens, des angolais, de l’ANC, aux côtés de ces peuples en lutte pour leur liberté et l’indépendance nationale qui suppose la souveraineté territoriale ? L’internationalisme demeure encore une valeur humaine et ce mondialisme-là nous pouvons le bâtir.

 

Je suis allé à Alger pour parler et témoigner du chemin qui conduit à la fraternité universelle à l’indéfectible résistance des peuples pour leur souveraineté bafouée, de tout temps, d’ici et de maintenant au Sahara Occidental. Fils d’un père espagnol, né à Blida en Algérie en 1896, parce que sa famille avait migré sur ce territoire occupé par la France, j’ai retenu toute ma vie l’exemple de mon père qui quitta une famille de colons, un milieu de colons..., qui ne supportait pas l’exploitation, le colonialisme. En 1916, ce père pacifiste est mobilisé pour participer à la Grande Guerre. Blessé, gazé, la seule médaille qu’il reçut fut la naturalisation française. Et, dans cette guerre, à ses côtés il y avait des algériens, des sénégalais, des malgaches...  Plus tard, ce fut la seconde guerre mondiale et mon père fut à nouveau mobilisé comme réserviste puis démobilisé. Sur les plages de Corse et de Provence, les libérateurs se retrouvèrent des hommes des mêmes pays : tirailleurs algériens, sénégalais...  Je dis cela pour confirmer qu’il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va et quelle cause l’on défend, savoir qui de tout temps a défendu au prix du sang les libertés et le retour à la démocratie, aux souverainetés. J’avais rêvé de poser un jour le pied et mon coeur en terre d’Algérie, dans ce pays indépendant dont je ne possède qu’un seul souvenir de mon père : une carte postale de Verdun qu’il adressa à son frère à Blida en 1917. Je suis fier de cette filiation de la terre qui dépasse le temps, les guerres, c’est une filiation de l’esprit et de valeurs humaines fondamentales. Nos racines, notre vécu forgent ce que nous sommes. Je suis heureux d’avoir pu me rendre quelques heures à Blida en Kabylie, sur les pas de mon père.

En 1961, pour mes 10 ans, j’ai vu le premier mort de ma vie en partant à l’école communale. J’habitais à Paris dans le 13e arrondissement et j’ai vu sur le trottoir cet homme baignant dans son sang, affalé sur lui-même assis dos au mur. Mon père m’a expliqué ce qui se passait, ce que l’on faisait à ceux qui voulaient l’indépendance de l’Algérie. En ce mois d’octobre 1961, il y a 50 ans déjà, on torturait dans le commissariat près de chez moi, à deux pas de la piscine où j’apprenais à nager, la police faisait la chasse dans les jardins publics où nous ne pouvions plus aller jouer... Je suis ainsi fier que dans ma ville de Vitry-sur-Seine nous ayons depuis 2007 une stèle du souvenir du 17 octobre 1961. Il reste à obtenir que le crime d’Etat soit reconnu par le gouvernement français.

 

Les valeurs universelles de la Révolution française, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tout cela n’a rien à voir avec le colonialisme ou néo-colonisalisme, avec l’idée d’un peuple ou d’êtres supérieurs aux autres. Les droits de l’homme sont synonyme d’égalité, de liberté et de fraternité. Ajourd’hui, sur les rives de la Méditerranée, des espoirs se sont levés et il appartient aux peuples de décider de leur avenir et nous ne pouvons, nous européens nous ériger en donneur de leçon de démocratie alors que nous subissons une dictature du sytème monétaire, financier, bancaire mondialisé qui dicte aux Etats les politiques à conduire, des politiques d’austérité, de reculs sociaux sans précédent en Europe, d’exclusion. Aujourd’hui il y a un peuple méprisé, relégué entre un mur et le désert, spolié de son territoire mais un peuple qui a proclamé sa république : le peuple sahraoui. Nous étions ensemble pour lui à Alger, pour témoigner avec conviction et fraternité des conséquences répressives de la colonisation marocaine sur une partie du territoire sahraoui avec la complicité du gouvernement français et de l’Union européenne qui veillent sur leurs intérêts maritimes pour la pêche, sur les phosphates et autres minerais utiles à l’armement, à AREVA... Et nos amis sahraouis, qui ont déposé les armes, fait preuve d’une volonté de paix, de respect du droit international, ne voient toujours pas s’appliquer les résolutions de l’ONU. Leur droit à l’autodétermination, reconnu en 1973 par l’Espagne qui décolonisait ainsi le Sahara occidental, n’est toujours pas à l’ordre du jour. Les forces de l’ONU sur place, la MINURSO, dans la partie occupée par le Maroc et qui devraient organiser la consultation, se contentent d’observer les atteintes aux droits de l’homme sahraoui... Ma solidarité de poète et écrivain français s’exprime pour cela, pour dire, comme nous sommes nombreux à le dire  en France et à Bruxelles, nous avons une responsabilité vis à vis du peuple sahraoui. Les autorités françaises, l’Etat, au nom des bonnes relations diplomatiques avec le Maroc, ignorent la politique expansionniste de ce dernier et les conséquences pour tout un peuple. La France ne pourrait que s’honorer si elle prenait une action résolue pour que le peuple sahraoui recouvre l’intégralité du territoire qui lui appartient dès lors que l’Espagne s’est retirée.

 

C’est aussi pourquoi il est indispensable que la défense des victimes de la répression marocaine, la portée à connaissance des médias et des autorités onusiennes et européennes de faits concrets d’atteinte aux droits de l’homme au Sahara occidental, de disparitions de militants anticolonialistes ou de simples citoyens sahraouis en territoire occupé, la torture même, soient dénoncés.  C’est un vrai combat de solidarité et de justice avec tout le peuple du Sahara occidental. Ce combat est celui du droit à la souveraineté nationale, territoriale du peuple sahraoui, son droit à l’autodétermination donc à l’application immédiate des résolutions des Nations Unies. Un silence de plomb pèse sur la situation qu’impose le royaume du Maroc, avec un certain nombre de complicités de pays, dont la France. De nombreuses missions civiles au Sahara Occidental occupé montrent que dans les principales villes aucune liberté d’expression des sahraouis n’est tolérée, que les manifestations pacifiques pour des droits élémentaires sont réprimées et souvent avec violence. Cela dans l’indifférence de la communauté internationale et des médias. On parle peu en France de ce qui se passe au Sahara occupé, peu des camps de réfugiés. Des élus, des avocats, des juristes, tels Roland et France Weyl, des personnalités témoignent, alertent l’opinion, les institutions. L’association des amis de la RASD contribue avec efficacité à donner une visibilité à la fois de la répression colonialiste et des mouvements de résistance pacifique, à les aider face au silence des Etats puissants qui implicitement laissent les mains libres au Maroc, face aux médias complices de surdité. Le peuple sahraoui est l’un des derniers, le dernier d’Afrique, à n’avoir pas encore pu conquérir sont droit à un Etat libre indépendant, souverain. L’envahissement du sol national par les troupes marocaines en 1975, suivi d’une marche de re-colonisation, au mépris du droit international et des engagements, replongea le Sahara Occidental dans la guerre.  Mais qu’ils se méfient ceux qui méprisent un peuple et sa jeunesse, une jeunesse qui entend, à partir de sa culture et de ses traditions, pouvoir vivre comme les jeunes du monde. Qu’ils se méfient tous de la jeunesse indignée au sahara comme ailleurs ! La jeune république sahraouie a du faire face, organiser les camps de réfugiés qui perdurent, faire face au dénuement, au sous-développement imposé aux populations. La situation n’a guère bougé. Le territoire occupé prive tout un peuple de l’accès au domaine maritime, véritable richesse alimentaire de base, des richesses naturelles du sol en phosphates, en potentiel pétrolier, deux aspects essentiels pour le développement économique du pays. De véritables complexes hôteliers et autres essaiment sur la côte... Quelle prétention à vous dire ici pour la cause sahraouie, moi simple poète, ces mots. Parce qu’ils croient en la force de la culture comme ferment de démocratie et de liberté. Parce que tout échange culturel, tout lien entre artistes, créateurs, écrivains de nos pays, sont porteurs d’émancipation humaine, de respect d’autrui. Je veux contribuer à cela et en France à faire connaître la situation et la culture du peuple sahroui.

 

Lorsque je participe à des rencontres littéraires, des salons, je lance un poème, dédié aux enfants sahraouis, parmi d’autres et beaucoup de gens m’interrogent alors car ils sont ignorants de ce qui se passe au Sahara occidental, ils ne savent pas ce que vit le peuple sahraoui. Ainsi, plus se croiseront nos routes, plus nos chants et nos mots seront propagés, plus leur cause sera portée. A Alger, j’ai fait une courte intervention orale avant la clôture des travaux.  J’ai dit qu’un peuple, un Etat, qui ne respecte pas la souveraineté d’un autre peuple, est négationniste de la diversité culturelle et n’est pas un peuple libre car culture et démocratie sont indivisibles. D’elles se fondent tous les droits des citoyens y compris sociaux. La culture est ce qui rapproche les hommes et les peuples et signifie respect mutuel, dialogue, échanges. Le Maroc ne répond pas à ces critères. Il annexe, occupe un territoire qui ne lui a jamais appartenu avec la complicité du gouvernement français. Je crois que nos échanges à Alger témoignent de cette volonté de citoyenneté et de souveraineté qui élèvent l’esprit, aiguise la curiosité, nous enrichit humainement.

 

Voilà pourquoi ils nous faut travailler du local au mondial, à tous les échelons pour que les sahraouis puissent vivre en paix, libres. Notre solidarité doit s’exprimer dans tous les domaines du champ de la culture. Donner à connaître la culture sahraouie, en France en ce qui me concerne, par des relations humaines, des livres, des spectacles, des échanges de familles, l’accueil d’enfants sahraouis, les promouvoir, est un acte de soutien à la résistance d’un peuple en lutte pour sa souveraineté territoriale et culturelle. Il n’y a pas de droit sans culture ni de justice car il y a négation de l’autre par la force et la violence.En France, pour faire progresser la cause sahraouie, il nous faut interroger les candidats à la présidentielle et aux législatives : Demanderez-vous l’application du droit international et l’organisation sans attendre du référendum d’autodétermination du peuple sahraoui ? J’invite à ces questions chacune et chacun. Par ailleurs, plus nous serions nombreux à parrainer un prisonnier politique sahraoui ou sa famille, plus nous serons nombreux à nous rendre dans les camps de réfugiés plus le silence sera brisé et su ce que fait le roi du Maroc au Sahara occidental, comment il laisse torturé, tabassé homme, femme, vieillard et enfant qui relèvent la tête...   Comme d’autres, je ne manquerai pas de questionner les candidats (en tout cas je préconise qu’une réponse claire soit donnée dans le programme populaire partagé du Front de gauche) pour savoir ce qu’ils comptent faire au nom de mon pays, si oui ou non la France soutient la demande d’émancipation du peuple sahraoui et l’organisation, sans attendre, du référendum d’autodétermination, conforme en cela à la patrie des droits de l’homme.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

 

* Les pays des participants : Afrique du Sud, Algérie, Allemagne, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Botswana, Brésil, Canada, Cuba, Chili, Espagne, Ethiopie, Finlande, France, Ghana, Grande-Bretagne, Grèce, Italie, Liban, Mauritanie, Mexique, Nigéria, Pays-Bas, Pérou, Russie, Sahara occidental, Sénégal, Suède, Suisse, Tanzanie, Tunisie, USA, Vénezuela.

 

 

 

 

La résolution finale de la conférence

 

 

Les participants

 

-         réaffirment la légitimité du combat de libération nationale du peuple sahraoui et sa résistance pacifique contre l’occupation marocaine. Les participants félicitent et encouragent les sahraouis dans cette lutte pour leur liberté et leur dignité.

-         exigent des Nations Unies l’application immédiate de ses résolutions sur le Sahara Occidental à travers l’organisation d’un referendum d’autodétermination accepté par les deux parties dont le plan de règlement de 1991 et endossé par le Conseil de Sécurité qui en est le garant et qui a créé la Minurso à cet effet.

-         dénoncent les violations répétées des droits de l’homme par le Maroc au Sahara Occidental et en appellent à l’ONU, à l’Union Européenne, à l’Union Africaine, aux ONG internationales et à tous les militants des droits de l’homme de par le monde, à garantir rapidement, par tous les moyens possibles, le respect des droits de l’homme par le Maroc, et exiger la libération immédiate de tous les prisonniers sahraouis.

-         dans ce cadre, la conférence internationale interpelle le président et le gouvernement français à adopter une position digne de la France, patrie des droits de l’homme, afin de permettre l’élargissement du mandat de la Minurso à la protection des droits de l’homme dans les territoires occupés du Sahara Occidental.

-         dénoncent le pillage systématique par le Maroc des ressources naturelles du Sahara Occidental en contradiction flagrante avec les dispositions des résolutions des Nations Unies sur la souveraineté permanente des peuples sur leurs ressources naturelles.

-         demandent de l’ONU et à toutes ses agences spécialisées ainsi qu’à toute la communauté internationale d’apporter une aide humanitaire suffisante en faveur des réfugiés sahraouis.

-         Condamnent l’attaque terroriste survenue dans les camps de réfugiés dans la nuit du 22 octobre et exigent la libération immédiate des otages, tout en exprimant sa solidarité avec le peuple sahraoui, en particulier les habitants des campements de réfugiés.