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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Articles avec #actualite lecture de l'auteur catégorie

Réveille-toi Nâzim!

Publié le 16 Mai 2014 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

A Soma en Turquie

on meurt au travail

on brûle dans les mines

Nâzim

comme fétus de paille

pour une poignée de dollars la tonne

à Soma en Turquie

Nâzim

L’air est lourd comme du plomb…

A Soma en Turquie

des hommes sont bêtes de somme

pour la Soma Holding

Nâzim

les femmes et les enfants

les sœurs et les frères versent des larmes

de colère de douleur

pour Mustafa Ocan Aziz et Nejat...

Nâzim

 

Aujourd’hui encore

A Soma en Turquie

on assassine les hommes

au nom des profits

de la Soma Holding

dans ton pays

Nâzim

on recherche nos morts

sous les éboulis de pierres

la rage au coeur

on enterre nos frères

Nâzim

L’air est lourd comme du plomb

Il faut faire fondre du plomb Nâzim !

  

Patrick Pérez Sécheret

15 mai 2014, Honfleur, France.

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Mon pays étranger, Sandrine Charlemagne, La Différence.

Publié le 26 Décembre 2012 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Dès les premières phrases, avec singularité, l’auteure nous introduit dans un théâtre au décor précis, d’une écriture tenant du reportage de voyageur égaré au ton journal, d’une autobiographie au présent, fragmentée de lumière, de chaleur, de vies froissées. « En cet instant, je crois au soleil. A son disque de feu irradiant le port de Marseille. Il est onze heures trente. Dans le bleu implacable du ciel, deux mouettes se suivent, en cercles concentriques. Les oiseaux tournent, et nous autres, tournons à notre façon. Aujourd’hui, en ce jour d’août de l’an 2000, je m’en vais sur la terre paternelle. Ce pays que je n’ai jamais vu. Destination Alger.» Un nouveau monde est là sous la semelle des souliers, monde d’allées venues, d’évidences baroques, de réalités sociétales empreintes de morale religieuse, monde de contrastes où l’avenir n’est pas encore né, comme confisqué. « Et sous le ciel qui se découvre d’un bleu saisissant sur ce vaste infini, c’est comme si j’avais vécu durant toutes ces années passées, emmurée vivante. Comme si une porte hermétiquement close tombait soudain avec fracas pour m’arracher mon premier cri. »  Sandrine Charlemagne est en quête du père dont il ne lui reste, ça-et-là que des souvenirs de violence, de mots durs. Entre le pays réel, l’Algérie de fin de siècle vingtième, d’égorgements de poètes, d’exactions, de haine et de peur, attisées par un pouvoir alors lui-même aux abois. L’auteure chemine ainsi, s’éloigne d’Alger vers Médéa dans ce pays où désormais les artistes « vivent comme des clochards. Persécutés. Proscrits. Tout le monde traîne la patte, pour ainsi dire, la bouillasse jusqu’au cou. Tout cela au nom d’une religion mortifière applaudie par des groupuscules gangrenés. » Sur le trajet, Mahmoud épèle le passé et le maintenant : ici, on boit l’alcool en cachette comme on se cache d’une impuissance à pouvoir peser sur quoi que ce soit. On passe Blida, des check digits. Bel-Abbès semble le bout de ce monde et des images remontent en surface. « Me revient une scène de mon enfance : ce jour où j’avais chipé la collection de pièces de cinq francs du pater, pour filer acheter des bonbons. Et la fureur du pater après, la punition à coups de martinet qui avait amoché mes jambes. » Alger s’éloigne « miniature embrumée à présent » « Lieux de cendres à recouvrir de milliers de pétales. Des hommes en uniforme quadrillent le périmètre. » Etrange voyage dans un pays étranger, vers l’enfance, se laver de scories, dans la fureur d’un monde clos ou seule le personnage de Nina vient rafraîchir le récit de l’auteur, façon d’un amour pur, cette désespérance brûlante de l’absence... Nous ne serions donc que les autres, bâti de leur regard, de leurs mots égarés ? « Je connais des parfums, des couleurs, des musiques. J’ai attrapé au vol quelques mots d’histoire. (...) J’aurais voulu naître là où mes cris baptisés par un tourbillon de sable auraient percé la solitude d’une h’mada. » Puis, la violence s’invite à nouveau, barbare, sourde à la une d’El Watan. L’auteure interroge : « Ils ont tout bousillé. Mais qui, Ils ? » Silence. « Le soleil rougeoie, il pique l’horizon de serpentins incandescents ». Sidi Bel-Abbès s’endort ou se pinte en quelques bars, place du triangle de la mort. C’est qu’ici, « On meurt d’ennui. Mais on est habitué à mourir ». Le mot hourria se murmure en cocktails, en fumerie, la main sur l’épaule d’une putain, jusqu’à l’aube... Entre temps, un chant hurle dans un autre bar : « Si on perdait notre mentalité de colonisés, je jure sur le Coran, et, que dieu m’entende, on s’en tirerait. » Le livre déploie ses pages, des ailes d’humanités indignées. « Je voudrais parler. Mais je ne trouve pas les mots. Je voudrais comprendre ce peuple. Savoir quoi faire de la moitié de mon sang ! » Pourtant, les phrases souvent courtes, acérées parfois, caracolent, racontent, touchent le lecteur, révélant une part de beauté, des retrouvailles avec la félicité et l’avenir qui peut lui ressembler, un jour l’autre... Nina, Malek, Djamila, Nedjima, Farah, Mahmoud, Boualem, Rafik... les personnages créent ici un roman car l’histoire n’est pas écrite, en chantier, et l’auteure « ballottée dans les méandres du cerveau, les souvenirs qui fouaillent, qui rongent (...) Ballottée sur les courants bleu-gris du gouffre océan, ballottée dans le taxi-co sur une route de poussière avec les turbulences de (sa) ma tête et que la pyorrhée en finisse dans le sérail du théâtre. » Théâtre-roman, poétique, politique. Sandrine Charlemagne n’est pas du genre à figer ses rêves -ceux d’avant, ceux d’ici. L’anthropologie est sociale, littérature avant tout, traces. Comment quitter ce pays-livres qui narre un livre-pays enfui et qui chante encore ? Ici, « On graisse la patte d’un sous-fifre pour valider un dossier pas tout à fait conforme. On graisse la patte ailleurs pour obtenir un poste, même le plus ingrat (...) Les richesses naturelles du pays, les richesses faramineuses, qui en profite au juste ? » Il faut tourner les talons, les pages avec lenteur. « L’atmosphère électrique finit par retomber. Le trajet se poursuit, de nouveau en silence. Le pays défile. Champs d’oliviers. Collines. Arbousiers pris d’assaut par de petites chèvres noires. A ma droite, un cimetière. Pierres blanches grossièrement taillées. Des pierres unies qui se ressemblent toutes. La mort n’a pas de piédestal : équitable sobriété. » Presque le point final mais le chemin s’ouvre à nouveau, les êtres se frôlent encore un peu, le désir danse. « Dans un coin du mur surgissent les yeux noirs du pater (...) Ce soir, ses yeux ne me font plus peur. Ils pleurent, on dirait. » Le voyage de Sandrine Charlemagne s’achève dans une volée de moineaux, maigre insigne d’identité. Elle « divague dans le blanc du ciel et voit une citadelle rouge dans un désert de pierres. » J’ai vu la citadelle et il nous faudra retourner quelques jours en Algérie, l’étrange pays à venir, pour apaiser les sanglots, l’amertume indicible de ce qui n’est plus que du sable en mémoire, apaiser les corps d’aujourd’hui d’un rire silencieux car ce livre n’est pas un fin en soi, ni, lecteurs, en nous. Il est beau, une promesse d’aube vraie.

 

Patrick Pérez Sécheret

Ecrivain-Poète

Article in blog : perez-secheret.over-blog.com

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pensées du jour

Publié le 13 Décembre 2012 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Enfin, penser à écrire :

-         L’amour en ruines

-         Le clou défait, correspondances avec l’ex-ambassadeur à Parténia

-         Ainsi parlait julien-arthur despintes, choriste de presse à genoux.

 

 

Téléphoner à la lune en PVC, ne pas laisser d’adresse mail ni de mensuration

Régler l’addiction au bar du marché : 27 euros cinquante de Chardonnay

Prendre le pouls d’Isabelle : c’est mieux que rien du tout

Echanger lacets des chaussures en général, lacets ronds à acheter pour six trous

Ne pas oublier de faire cuire la daurabe avant qu’elle ne fouette un max

Passer un SMS à Etoile : lui dire que l’amour fume encore 

Faire perdre Bruno à la belote : pari peu risqué

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récital musical et poétique à El Camino le 15 décembre 19h

Publié le 7 Décembre 2012 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

récital musical et poétique

au restaurant El Camino* (Paris 11e)

avec

 patrick pérez sécheret

 dominique ottavi

 

autour de leurs derniers livres parus La Tête dans un coquillage (amapola éditeur)Pas l’amour (L’Harmattan éditeur)

 

carnet-poème de Chiloé

hommage à pablo neruda

 samedi 15 décembre 2012

à partir de 19h

 Réservation indispensable auprès du restaurant si vous souhaitez participer à la soirée (15 euros : entrée et plat chilien)

 *16, rue Guillaume Bertrand - 75011 Paris - tél. 01 48 06 48 34

Métro St-Maur

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Bergmman fait le bonheur de Sophie (Marceau)

Publié le 3 Novembre 2011 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Un fragile d’apparence, mal servie par une mise en scène qui la corsète, Sophie Marceau fait ce qu’elle peut pour dévider le texte de Bergman. Dévider est le verbe, une vie s’évide devant nous, une histoire d’âme avec justesse de la voix, économe des gestes comme une lente fatigue du corps, l’enveloppe de bleu pâle de la désespérance tout humaine. Sophie Marceau porte les sentiments, les chaos de l’existence de Viktoria, dans une beauté épurée, preignante. Le scénario de Bergman file ainsi plus d’une heure sa pelote de phrases secouées d’absences, de craintes, de folie, d’approche de la mort, à petites goulées. L’actrice est seule, magnifique, sobre. Son talent nous offre un petit bonheur triste et doux qu’il en est lumineux. (Théâtre du Rond-Point).

 

Patrick Pérez Sécheret

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Lettres à Jean Ferrat

Publié le 26 Septembre 2011 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

J’ai apprécié le spectacle Lettres à Jean*. La belle et juste voix de Marie Sol porte les chansons de Jean avec force et retenue, comme il faut « souffler » la poésie. J’ai fait quelques remarques à Alain Bourgasser, le metteur en scène, à la sortie car ce travail mérite sans doute encore un peu de placement scénique. En tout cas, le parti pris des lettres, d’associer celles et ceux qui appréciaient Jean, qui le gardent au coeur, me semble original, judicieux, bien dans l’esprit de ce que l’homme chansonnier aurait souhaité.

 

Je vais pouvoir à présent parler de ce spectacle et voir si nous pouvons le programmer sur Vitry ou ailleurs. J’en serai en tout cas son ambassadeur. Ce spectacle s’il rend hommage à Jean est avant tout un hymne à l’amour, à la fraternité, aux simples gens du monde du travail. Les chansons de Jean Ferrat sont le fil rouge de la représentation, avec précision, soulignant s’il en était besoin que l’ardéchois humaniste était un grand poète du genre humain. Certaines chansons sont un écho de l’histoire de ce genre humain debout par tous les temps.

 

* spectacle soutenu par Claude Feron, la Compagnie de l’Escampette, textes et mise en scène de Alain Bourgasser, musique et chant Eric Bonn et Marie Sol.

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il est minuit et je vous entends...

Publié le 3 Juin 2011 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Dominique Ottavi est auteur, compositeur, interprète, écrivain, conteur et poète. Il s’exprime en français et en corse. Il est minuit et je vous entends vient troubler nos certitudes, bousculer nos nostalgies d’une petite fenêtre ouverte sur l’intime, sur ce que tout un chacun de voir et n’entend pas lorsque l’artiste conteur est sur la scène de sa propre vie. Je dis intime car nos parts de rêve et d’utopie, notre saga familiale, nos amours, pèsent lourd sur notre chemin d’en vivre. Dominique en sait quelques plaies.

 

On en sort blessé, grandi, ébloui, plus humain. Et Dominique ouvre avec ses mots et ses phrases vraies, son coeur amapola à chacun de nous. La fraternité roule ses déliés, la typographie flamboyant, ses sanglots, ses bleuitées au fil des pages, nous rassure à propos de nos désespérances qui se confortent en action phonologique au détournement de la peur, du malheur, on recouvre une dignité, une fierté humaine. Je vous laisse lire ce poème-roman ruban défilé de  couleurs et d’odeurs : « Je me suis lancé des défis, j’en ai remonté des plaines (...) En haut de la falaise je n’ai plus eu d’alibi ». Livre décousu qui tresse pourtant la belle chose des rencontres, des croyances profondes en étendard. « Emporté par la lumière qui jaillit de lui, il se met debout, debout face à la vie, bras en croix, il tourne le dos à la falaise de sa souffrance ». On imagine sans peine la postière aux yeux ciel comme ceux de Maloë et rien, rien n’altère la soif de vivre, d’en dire contre-vent la contradiction, l’entre deux de mourir, on y viendra somme toute, et de vivre autrement, à l’écoute, à l’esbrouffe de soi et des autres, du vrai soleil de la non-résignation au bordel du monde. « Ton dieu, il savait l’harmonie du monde au travail de son jardin. Diable ou mort, il regardait passer les saisons ». L’enfance à nu, l’amour, sont ici confession, harmonie : « une main nue manque ». Elle est tendue, nous la tendons avec Ottavi et Beloeil à travers l’embrasure sublime de la couverture de Libissi. Il est bien minuit et on vous attend... pour une part de rêve ou de vrai, pour de faux, pour de vrai...

 

 

Patrick Pérez Sécheret

 

Il est minuit et je vous entends, Amapola éditeur, Ajaccio.

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Le Voile se lève... soyons patients...

Publié le 3 Juin 2011 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Notre système de santé est en crise et patients et soignants en supportent les conséquences. Cadre de santé, infirmière, Françoise Charnay Sonnek ne tire pas ici un énième signal d’alarme mais exprime à sa façon un vécu confronté au seul critère de la rentabilité hospitalière. Tout d’abord, le titre du livre, nous renvoie aux hospices d’antan. Les malades, les mourants étaient confiés aux soeurs de charité dans ces lieux d’accueil et celles-ci portaient le voile. L’auteur raconte ce que furent les soins, notamment aux indigents, comment l’hospitalier est devenu un service public et les difficultés auquelles celui-ci est confronté aujourd’hui dans l’exercice de ses missions. Françoise Charnay Sonnek dit ce qu’est le métier d’infirmier, les obligations imposées par l’Europe du tout marché, la rationnalisation financière, nous parle de l’être humain et de l’écoute si indispensable pour confronter la maladie et la mort. Elle dit simplement, sans effet de manche ni slogan, l’état d’un métier essentiel. En lisant ce livre, me revint à l’esprit un autre livre témoignage poignant paru voici quelques décénnies, celui de Madeleine Riffaut « Les Linges de la nuit ». Journaliste à l’Humanité, embauchée clandestine dans les hôpitaux, elle publia ce reportage sur la situation de ceux-ci et les conditions de travail des personnels. Françoise se situe d’emblée sur le même terreau, la réflexion portée sur le bulletin de santé de notre société, la manière dont s’effectuent les soins et comment avec quels moyens humains, sur le statut des soignants autant le corps malade que l’esprit du patient ce qui importe fondamentalement dans l’accompagnement de la maladie. Un livre humaniste en diable où la soignante-patiente vit elle-même les deux situations et la douleur. Elle insiste sur le rôle de la parole, du dialogue entre patients et soignants, ce médicament indispensable et qui ne coûte rien pour le marché. « La parole est liée à l’humanité, c’est elle qui la différencie de l’animal ». Elle parle aussi du « care » qui ne rime à rien en français mais insiste sur le sujet atteint, malade, dont il faut prendre soin, livrer des soins au-delà de l’objet du corps : « le relationnel demande une autre implication de soi (le soignant) au-delà du simple geste concret (donner un cachet, rajuster un compte-goutte) et il est fréquent que l’encadrement ne le valorise pas », plus faute de personnel, de budget... « L’infirmière est  le soignant qui passe le plus de temps au lit du patient (...)Son rôle ne se limite pas à la seule exécution des prescriptions médicales, aux soins techniques ». Et, il faut des compétences pour cela et considérer que « ce qui est fondamental pour une société c’est l’éducation et la santé ». Françoise nous rassure : « c’est par la santé que l’être humain est en vie (...) Il n’en reste pas moins vrai que l’une des conditions est un retour à des valeurs recentrées sur l’être humain faisant émerger une société qui n’est pas régit par l’argent mais qui utilise l’argent pour se gérer ». Santé publique, vous avez dit santé publique Françoise et vous proposez de recibler sur le « au service des patients et non à celui de l’argent Roi... ». Une urgence sanitaire, sociale et morale. Vous dites les choses avec calme, d’une écriture précise et talentueuse, on vous écoute avec un certain respect, oui, il s’agit bien de soigner notre société d’êtres humains.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

 

Le Voile se lève, Les Points sur les i éditeur.

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Les vers à pieds au Verre à pied (rue Mouffetard) le 26 mai...

Publié le 19 Avril 2011 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

Au Verre à pied

rencontre vernissage dédicace avec

 

Patrick Pérez Sécheret

poète-écrivain pour la parution de son livre

 

Les Vers à pieds

Proésies, fariboles, épigrammes et grainailles, fâtrasies,

recettes de cuisine, propos de bistrot...

 

Les Points sur les i éditeur

 

Jeudi 26 mai 2011

de 17 à 20 h  

______________

 

Après 20h, on passera à table  (réservation indispensable) 

lecture musicale de l’auteur en compagnie de

Dominique Ottavi

_________________

Le Verre à pied, 118 bis rue Mouffetard 75005 Paris, tél. 01 43 31 15 72

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Rousseau Jean-Jacques à Chambéry (carte postale)

Publié le 15 Novembre 2010 par ruraledeprose dans actualité lecture de l'auteur

De passage en Savoie, en promeneur solidaire, mon périple d’amitié m’a permis de découvrir la vanité de quelques personnages fades et, donné le goût utile de relire Jean-Jacques Rousseau. Sans revenir ou dévoiler ici ce que fut l’aventure de l’érection d’une statue dédiée à son oeuvre littéraire et révolutionnaire, je m’attarde simplement à retracer ma promenade dans cette ville qui respire l’Italie. Il y a pour sûr une histoire de statues, ici comme ailleurs, celle de Jean-Jacques donc, qui après avoir été dressée fut cassée aux pattes par les héritiers de l’Action française, des anti-dreyfusards nostalgiques, et qui se trouve à présent à la sortie de la ville sur la route qui monte aux Hauts de la ville, à la ZUP. C’est dans un virage à votre droite, un belvédère inaccessible constitué d’une pelouse sur laquelle la statue du philosophe en pied contemple la ville ou plus exactement la montagne en face. Tout semblerait pour le mieux, l’herboriste dans son élément, en marche avec sa canne pour une ultime balade champêtre, la capitale savoyarde rendant hommage à son illustre visiteur et habitant quelques années la maison des Charmettes à l’enseigne de Madame de Warrens, son hôtesse et initiatrice en amour... De fait, il n’en est rien, car à quoi sert cette statue d’hommage, perdue, presque cachée, isolée, à moins qu’à pédibus on se risque sur la route... A pas grand chose donc. Alors on continuera à grimper jusqu’à cette ville hors la ville dans la ZUP des Hauts de Chambéry. On pourra m’objecter que Rousseau sert de trait d’union entre la basse et la haute ville, réconcilie tous les citoyens chambériens... peut-être, et que, à soir tombé, les autobus qui desservent le haut deviennent aléatoires... sans doute le no-man's land de sous-bois n’incite guère aux sorties nocturnes... Bref, on redescend vers la ville basse et on se rend à pieds au château pour prêter un oeil à la statue de style pompier, pré-soviétique ou post-nazie, d’un certain personnage des belles lettres auquel on a d’ailleurs donné le nom à une voirie aussi, une statue de maître bien que celui-ci n’aie pas laissé de souvenir marquant à la Nation française ni à ses ex-colonies, ni même à ses rapatriés de l’Empire. La scolastique ne paie plus. Passez donc à la visite du vieux Chambéry, sans regret, et arrêtez-vous dans un bistrot boire un verre d’Apremont à la santé de Jean-Jacques dont on va fêter le tricentenaire de la naissance sous peu.

 

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Pour un ignorant, amoral, même pas français ni savoyard, et audidacte, c’est un coup de maître, non ? J’oubliais, visitez les Charmettes, la maison où vécut et écrivit quelques temps l’un des plus contemporains écrivains du 18e siècle. Il y puisa de l’énergie selon les saisons, dans les jardins en paliers qui lui offrirent l’inspiration, la réflexion, éveillèrent son appétence pour les choses de la race végétale, l’écologie avant l’heure... Une maison-musée avec justement une exposition (jusqu’au 31 décembre prochain) à propos de « la guerre des statues » qui relate les péripéties de la statue de Jean-Jacques réalisée par Mars-Vallett et inaugurée à l’occasion du cinquantenaire du rattachement de la Savoie à la France... Après quelques pas dans les jardins vous aurez envie d’une lecture ou relecture d’utilité publique, de salut public, Vous aurez le choix entre Les Confessions, L’Emile, Les Rêveries d’un promeneur solitaire... La belle Chambéry vaut le détour assurément et rendez-vous en 2012 pour fêter la naissance de Monsieur Rousseau Jean-Jacques au pied de sa statue, sur la pelouse. Je vous y donne déjà rendez-vous. Après notre forfait nous pourrons aller casser la croûte à Corbel dans le massif de la Chartreuse à l’auberge Thimelet.

 

Patrick Pérez Sécheret

 

L’illustration reprise ici est empreintée au dépliant annonçant l’exposition de Christine Crozat « à pied d’oeuvre », abritée aux Charmettes en judicieux prolongement de la statue et emboîtant le pas du philosophe avec poésie et délicatesse.

 

 

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