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journal des écritures

critiques d'art et littérature, humanisme et résistance, poésie, chansons

Elections régionales : tribune politique. Et oui !

Publié le 29 Septembre 2015 par ruraledeprose

Au premier tour des élections régionales de décembre prochain, la liste qui recueille la majorité absolue des suffrages exprimés reçoit un quart des sièges à pourvoir, arrondi à l’entier supérieur. Les sièges restant sont répartis selon la règle de la plus forte moyenne entre toutes les listes ayant obtenu plus de 5% des suffrages exprimés. Il y a peu de chance que la droite, l’extrême-droite, la gauche et la gauche de la gauche franchissent le seuil majoritaire. La Droite en raison du FN, les gauches, avec les Verts, en raison de leur désunion.

Si aucune liste n’obtient la majorité absolue, il est procédé à un second tour. Seules sont autorisées à se présenter les listes ayant obtenu plus de 10% des suffrages exprimés au premier tour. Par ailleurs, entre les deux tours, les listes peuvent être modifiées, notamment pour fusionner avec des listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés.

La répartition des sièges se fait alors selon les mêmes règles que pour le premier tour, à ceci près que la majorité absolue n’est plus requise… et que le FN peut être en tête au second tour dans certaines régions.

Selon la configuration du 1er tour, au second la gauche se trouvera, comme la droite selon les régions, en posture de repousser le FN en appliquant « le front républicain ». Or, cela suppose que les gauches obtiennent, chacune, au moins 10% des suffrages exprimés au 1er tour pour être présentes au second, elles peuvent aussi fusionner si des listes obtiennent moins de 5%.

Si le FN ou la Droite arrivent en tête au 1er tour, les gauches devront choisir. Dans le cas d’une forte poussée du FN au 1er tour, elles pourraient appeler à voter pour la Droite et s’exclure de tout élu dans l’assemblée, ce que préconise Anne Hidalgo. Vice-versa pour la Droite. Cornélien ! Mais une partie de la gauche pourrait bien le faire. Idem d’ailleurs si la gauche arrive en tête au 1er tour. On ne peut envisager de fusions de listes entre droite et gauches…

Mais, on voit mal les états-majors renoncés à avoir quelques élus en se faisant harakiri au nom du front républicain d’autant que les marges sont aujourd’hui étroites entre les valeurs des uns et celles des autres :

- une droite qui laboure sur le terrain nauséabond du FN en matière d’immigration et d’éducation,

- une gauche social-libérale qui fait aussi bien que la droite au pouvoir en matière de cadeaux aux grandes entreprises, en matière de récession sociale et d’austérité.

Devant blanc-bonnet et bonnet-blanc, nous serons d’ailleurs nombreux à hésiter à placer dans l’urne un bulletin blanc ou à choisir le front républicain.

Demeure la position de la gauche, la vraie, que l’on dit radicale, de celle des Verts coupés en deux, des centristes notamment du MODEM et disons-le de la droite encore républicaine.

Seul le risque d’élection d’une majorité FN peut permettre une sorte d’union tacite mais seules les urnes dicteront le résultat ainsi que le taux d’abstention. Donc, il va y avoir d’ici décembre beaucoup de discours sur le sujet, gauche socialiste et droite se disputant la paternité des valeurs républicaines. Le PS et le gouvernement vont jouer la carte de l’extrémisme à nos portes… alors qu’ils portent une lourde responsabilité par les politiques menées dans le renforcement des votes FN.

La gauche de gauche (on cherche une appellation pour ne pas dire carrément que le PS est à droite et pour ne pas se ranger tout à fait dans la radicalité de gauche, du front de gauche…) peut se renforcer et créer des surprises en quelques endroits mais cela ne suffira pas.

Jamais sans doute, au carrefour d’un bouleversement de notre organisation territoriale républicaine, les enjeux et les incertitudes d’un scrutin n’auront été aussi fondamentaux et dangereux pour la démocratie.

On ne peut pas se dire que là où le FN a géré des villes, par exemple, il a perdu ensuite les élections car le FN s’est rajeuni, renouvelé et beaucoup de ses cadres sortent des mêmes écoles que la crème de gauche ou de droite. Le FN a l’art de la démagogie et d’un double langage : une tirade de gauche empruntée au Front de gauche, une tirade de droite néo-raciste et, en gros, des propositions économiques et sociales hétéroclites de gestion qui ne tiennent pas la réalité.

On ne peut pas non plus accepter qu’au nom de l’union de la gauche, et face au bilan socialiste et social libéral, nous devrions faire l’union au 1er tour et renoncer à toute possibilité d’alternative politique.

Le choix est cornélien pour tout démocrate et pour tout républicain. Les élections régionales ne sont pas anodines, elles impacteront directement notre quotidien au regard des compétences qui sont et seront celles des régions demain sur tout le territoire, de la disparition des départements et des communes (transfert de compétences aux régions, aux métropoles, aux agglomérations) et donc de milliers d’élus de proximité. Le FN est en embuscade, le PS joue sa survie, la droite son retour au pouvoir et l’autre gauche reste hésitante pour partie entre autonomie et union avec le PS…

En tout cas, puisque je me mêle de cela, la souveraineté du peuple pourrait s’exercer pour la dernière fois sur des enjeux de société et d’organisation de celle-ci. La recentralisation effectuée par les réformes territoriales, ne nous y trompons pas, est un pas décisif pour dessaisir le peuple du contrôle des politiques qui seront conduites, le sous représenter par des technocrates au service du tout marché, de la toute concurrence et donc de la liquidation des services publics.

Comment peser par notre vote, afin qu’à l’issue du scrutin, nous ayons des élus qui résisteront au pouvoir central, aux directives européennes, et conduirons des politiques de défense et de développement des services publics avec des investissements utiles pour répondre aux besoins et pour l’emploi ?

Copyright 2015 – patrick pérez sécheret.

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Je veux rêver encore un peu le Lancashire...

Publié le 29 Septembre 2015 par ruraledeprose

Je veux rêver encore un peu le Lancashire...

Je veux rêver encore un peu

les tulipes noires sur un grand champ de neige

les bigarreaux sur le drap de l’enfance insolente

au seuil du givre

Je veux rêver encore un peu

le goût susurré des marges de dire

la faim de l’impudence

la soif d’un lentement frémir

Je veux rêver encore un peu

l’écho de sonnailles de vos rires

le cœur lavé de toute vétille

le corps plus que léger

Je veux rêver encore un peu

les collines et les landes

bouleversées de trilles

d’oiseaux marins

Je veux rêver encore un peu

la mer d’Irlande

la sorcière à la fenêtre du château

aux soleils verts peut-être

je veux rêver

le Lancashire

26 septembre 2015 – copyright patrick pérez sécheret.

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Burnley dans le Lancashire...

Publié le 28 Septembre 2015 par ruraledeprose

Burnley dans le Lancashire...

Week-end d’amitié pour fêter cinquante-cinq ans de relations, d’échanges entre les villes et les populations de Burnley et Vitry-sur-Seine. C’était à l’occasion, le 25 septembre, de la remise du Prix de l’Europe à la commune de Burnley et son comité de jumelage pour les liens culturels, linguistiques, sportifs et autres qu’ils enrichissent depuis des décennies avec Vitry. L’occasion surtout de découvrir ou redécouvrir la ville et ses environs, les collines de Pendle, les villages de Pendleton, Barrow, Dowham, Simonstone, Mitton… aux maisons de pierres en grés du pays. Les paysages sont apaisants et charmants sous le soleil de l’automne naissant. On mange très bien et des produits de proximité, des fermes alentour (légumes, fromages, mouton, agneau… mais aussi les poissons car la Mer d’Irlande n’est qu’à 40 kilomètres). Un endroit plaisant, aux gens accueillants, tout imprégné de la main de l’homme dans les paysages aux arbres remarquables, de l’histoire de l’Angleterre en terre de Cromwell, de la guerre des roses, d’une architecture des maisons, des églises marquées par le souci de sobriété et d’unité mais non d’uniformité. Une région où l’on se sent l’âme à revenir voir, écouter, sentir, goûter une certaine quiétude et un silence envoûtant de sorcières…

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Le ridicule ne tue pas au PS...

Publié le 21 Septembre 2015 par ruraledeprose

Le ridicule ne tue pas au PS...

Le Parti socialiste propose officiellement un référendum de consultation publique pour le rassemblement de toute la gauche aux élections régionales de décembre prochain sur la base du soutien au gouvernement ! Certes, la gauche désunie perd mais là la proposition ressemble davantage à un sauve-qui-peut, une nouvelle fuite en avant dans la rhétorique. Des années durant nous avons été utiles à gauche contre la droite et l'extrême droite mais dès lors que, comme en Grèce, la droite et la gauche socialiste ou social-libérale applique les mêmes politiques de régression sociale, s'alignant sur les directives des grands patrons et des banques via l'Union européenne, on ne peut accepter. Le vote en Grèce hier prouve que la résistance est la solution, non pas pour faire n'importe quoi demain après démagogie, mais pour défendre l'essentiel du message qui aurait du être celui de l'Europe : l'être humain d'abord et partout. Certes la gauche de la gauche n'est pas unie non plus partout pour les prochains scrutins mais des convergences larges ont vu le jour et il est possible d'infléchir le cours de l'histoire désastreux que connait notre pays. A l'heure où le ministre de l'économie de Hollande affirme haut et fort qu'il faut démolir l'emploi à vie des fonctionnaires (c'est à dire fermer les crèches, les écoles élémentaires, les gymnases, les bureaux d'aide sociale, les théâtres, ne plus réparer les voiries ni le patrimoine, ne plus investir...) alors que la fonction publique est un ensemble de services pour toutes et tous indispensables à toute vie sociale organisée, à la vie quotidienne des gens, comment pouvoir soutenir et faire alliance avec de tels personnages, un tel parti qui n'a plus de socialiste que le nom? Je ne fais pas l'amalgame avec les militants socialistes en désaccord et qui le manifestent, ni les électeurs attachés à la gauche unie mais aujourd'hui il faut choisir le chemin de l'alternative à gauche, cesser de faire le lit de la droite et de l'extrême droite par des politiques de désespérance sociale pourvoyeuses de pauvreté, de précarité, d'absence de droits. Pas de double langage et si la consultation prévue a lieu, imposons ensemble un camouflet au Parti socialiste en votant contre la politique de Hollande car, enfin, c'est énorme d'organiser une consultation de ce type alors que l'assemblée nationale devrait être dissoute ! Votons même en ce sens, pour que notre peuple s'exprime : dissolution de l'assemblée nationale !

Copyright 2015 septembre - patrick pérez sécheret.

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San Antonino

Publié le 10 Septembre 2015 par ruraledeprose

San Antonino

Vous avez gardé mes calots bicolores depuis des lustres et j’ai perdu l’adresse de la poche de votre tablier. Je suis un impardonnable distrait qui longe les murs au soleil pour ne pas prendre froid de son enfance, qui se rappelle de l’ombre assise en tailleur sur l’avenue des mers où une sorte d’éternité existe et boulègue nos cœurs. San Antonino qui pouvez-vous ?

Copyright 2015 – patrick pérez sécheret.

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Carnets de Balagne

Publié le 9 Septembre 2015 par ruraledeprose

Carnets de Balagne

De la terrasse de la chambre, à Pigna, vue sur le golfe à quelques kilomètres, la montagne des deux côtés, hanches grises et blondes dentelées. Sur la droite, on discerne un cimetière dressant de petits monuments blancs à la mémoire des morts qui passent leur éternité en vacances face à la mer. Pas de bruit. Des Milan-royaux, tâchés de roux orangé sous les ailes passent et repassent en vols lents sur un ciel cérulé un peu embrumé de chaleur.

Il faut descendre jusqu’à Algajola pour trouver la fraîcheur des vagues juste avant de découvrir Corbara, un petit restaurant où l’on déguste des moules à la crème, du foie gras, du jambon de pays arrosés d’un Renucci de Feliceto. Un vin fruité de mûres mais âpre et tanique. Mais vite, le retour à Pigna s’impose comme un retour au monastère de tranquillité aux petites ruelles empierrées qui courent entre les maisons aux épaules serrées les unes aux autres avec modestie, d’où jaillissent les fleurs, les parfums au fil des calades, des placettes ombragées. Le silence n’est troublé que de quelques voix d’artisans sur le pas des portes, du braiement d’un âne dans un pré en contrebas, du tintement léger des cloches de l’église.

L’accueil au Palazzu di Pigna est presque fraternel et empreint d’une certaine élégance qui colle aux lieux marqués de quatre siècles d’histoire. Celle-ci se décline avec sobriété et magnificence à la fois, dès le perron franchi et l’escalier monté. Dume, le maître des lieux vous enveloppe de sa voix grave et musicale, vous installe en bienvenue au cœur d’un petit paradis terrestre. Le premier soir on soupe simplement de charcuterie du pays puis de gâteaux maison. Le soleil qui descend à gauche de la terrasse glisse lentement sur l’eau derrière la montagne, la couleur du ciel passe du rouge à l’orangé puis s’éteint lentement laissant sur la mer quelques filets d’or.

Il faut se lever assez tôt pour goûter poétiquement le jour, pour mériter d’un bain de mer sans s’attarder sur le sable et se rendre au village voisin de San Antonino, le plus ancien village de Corse dit-on, avec ses traverses voûtées sous les maisons à flanc de roche. Tout d’abord, on accède après la montée magnifique sur un petit plateau, une lande assez désertique au beau milieu de laquelle vous accueille l’église, blanche et un peu austère mais très chargée et pour tout dire un peu kitch. La petite chapelle dédiée à St-Antoine, à quelques pas, est plus sobre, souriante de simplicité. Ensuite commence l’ascension pour mériter ce village qui, vu d’en bas, ne semble pas très joli.

De pas en pas, sous l’effort, il vous délivre alors toute sa douceur, sa beauté en dédale circulaire de ruelles jusqu’au sommet dévoilant peu à peu un panorama splendide sur la Méditerranée avec ses bleus sombres et ses turquoises, la plaine, les petites vallées verdoyantes, la montagne et son maquis jusqu’au Nord, les villages incrustés si proches et si lointains dans leur écrin de chênes et d’oliviers où l’on distingue quelques troupeaux clairsemés en liberté. Une halte au restaurant « Bellevue » s’impose pour un repas roboratif, simple et bon : un seul plat, un seul menu et la gentillesse bourrue du patron dont l’œil pétille aimablement à l’adresse des jolies femmes. Après le repas on monte encore pour prendre un café à L’Escalier, autre restaurant charmant dominant le village, à 200 degrés de vue ou presque au-dessus des toits, une vision époustouflante du site vous clou le bec.

En descente on s’arrête pour goûter et acheter des produits fabriqués sur place et de grande tenue : confitures d’orange, de clémentine ou de figue, vin d’orange ou de citron, liqueur ou vin de myrte (dont les billes bleu-mauve me rappellent les airelles des serres cévenoles), gâteaux, miels… On ne trouve rien de tape à l’œil touristique même sur la place de l’église ou à peu près. L’image, la terre de Corse sont ici bien défendues.

Il faut effectuer à pieds le chemin à travers la nature depuis Pigna, via le monastère de Corbara, jusqu’à San Antonino : une galerie de senteurs vous y attend dans un paysage qui grandit sous vos yeux et laisse la mer au loin comme un refuge. Le paysage alors se révèle de pas en pas, en une symphonie de terre sablée, de plantes épineuses, de chênes nains tourmentés, de ruisseaux au bord desquels des abris de pierres sèches vous offrent leur ombre bienvenue de fraîcheur. Un pays paradisiaque est sous vos yeux éblouis. Au retour, les vagues de la mer vous épuisent définitivement. Aucune obligation de se rendre à l’Ile Rousse, même si l’on admire et respecte Pascal Paoli !

Ici, il faut vivre aux villages simples, au bâti strict et sobre, les pensées ballotées par le vent fougueux de la Balagne qui froisse, sans aucune brutalité pourtant, les branches des oliviers séculiers et des figuiers engrossés de belles couilles violet-foncé. La quiétude vous prend par la main et par le cœur en reflets turquins, azurés avec quelques pointes d’indigo. Pigna semble intacte du temps passé même si on l’imagine en hiver sous la neige et le froid et un peu désertée, le Palazzu clos dès la Toussaint.

Après quatre jours à Pigna, on peut s’installer à Feliceto à quelques kilomètres, un village plus en hauteur et moins protégé des automobiles, en débarquant à l’hôtel Mare i monti, une grande maison bourgeoise un peu musée, assez triste, témoin de la réussite d’exilés corses en Amérique revenus cousus d’or... Le vin ici est bon et le raisin de la treille en terrasse, surplombant la vallée, fond dans la bouche malgré sa peau dense. Un peu surfait mais assez calme, avec le charme désuet d’une grande demeure ancienne où cependant il manque le soleil au petit déjeuner dans les courants d’air…

En passant à Corsa, petit village on déguste un excellent gâteau de châtaigne, moelleux et fait maison. Le restaurant est surmonté d’une aire de rapaces, des Milan-royaux qui paradent au-dessus de vous, attendent que l’on dépose sur la murette quelques morceaux de viande pour fondre aussitôt dans un éclair. Il faut faire aussi la visite de l’atelier de potier à Occhiatana, place de l’église : là Isabelle Volpei crée de beaux objets sous votre nez dans son antre qui n’a rien d’une boutique pour touristes. Ne pas hésiter à acheter des bols splendides dans les tons vert et bleu.

Retour à Pigna ensuite pour assister à un concert de polyphonies avec l’ensemble A Ricuccata formé de cinq voix. Un bon moment d’unité et d’harmonie mêlant des chants anciens et plus récents. Pourquoi les hommes sont-ils en discordance et tendent-ils pour certains d’atteindre la beauté en accordant leur chant, leur souffle pour composer sans autre instrument un hymne à la vie, à l’esprit, à la concorde intemporelle de l’univers ?

Belgodère : le temps s’évide à la terrasse du Café de France, seul lieu animé du village. On diffuse non-stop de vieilles rengaines en corse et en italien comme si le temps était suspendu alors qu’il dévale déjà la montagne où le soleil s’endort. L’église St-Thomas sent la moisissure mais tout cela exprime pourtant une douceur de vivre, une nonchalance doucereuse, grave et joliment italienne. Comment dire que de l’un vienne vers l’autre le tendre et de l’autre le doux de l’un sans mélange inutile, à former un tout simplement de passage ?

Au-dessus de Feliceto, au sommet d’un mont, se terre une maison de brigand. Il faut prendre un sentier après les dernières maisons du village et grimper assez rudement à travers le maquis de buissons de myrte, de mûres et autres arbustes pointus à fleurs orangées où petites boules orange. Beaucoup d’épines de rigueur dans la beauté des lieux comme pour mériter de cette nature offerte qui fait regretter de ne pas porter de pantalon. Le sentier pierreux débouche sur une passe entre deux monts où coule un ruisseau calme et musical au pied d’une bergerie de pierres sèches.

Je me demande si je pourrai écrire ici quelques poésies tant tout est déjà dit à vermeille à mes yeux, à mes narines. On ne trouvera pas la maison du brigand, on se sera égaré grave dans le maquis en voulant prendre une petite sente en retour mais sans issue. Remontée pénible sous le soleil pour retrouver le chemin balisé de rouge et redescendre vers la vallée en sécurité. On ramène des égratignures significatives aux jambes et aux bras. Après ces 3 heures de marche, on fera une tournée des villages alentours à travers la montagne jusqu’à Monticello, village au-dessus de l’Ile Rousse, assez triste mais beau de rudesse. Le restaurant de la place, bardé de recommandations (Gault et machin, Michelin…), comme il se met à pleuvoir, vous accueille dans sa partie bistrot à l’intérieur : c’est moche et sans âme, bruyant de voix fortes. Le sel de la mer a blondi des blés et accusé la neige de mes cheveux. Je m’efforce de noter quelque peu ce voyage agréable qui, en quelques jours, nous fait découvrir vraiment ce pays inconnu de France. Dehors, il fait doux, la lumière demeure malgré le ciel gris. On finira par aller nager un peu avant de trouver une table pour se restaurer de la belle promenade dans le maquis et les monts de Balagne.

Autre jour : fin de journée à Algajola pour une courte baignade sous le vent fort qui secoue la mer. On est seul sur la plage et dans l’eau tiède irisée d’écume. Retour à Pigna pour souper à Amandria di Pigna, à l’entrée du village : mets délicieux, merveilleux avec La Pluma iberica, un morceau d’échine de cochon noir importé d’Espagne que l’on grille et mange saignant. Un délice. Aussi, une poire de bœuf grillée, un régal arrosé d’un rouge goûteux mais fort en alcool. Le tout suivi d’un alcool de myrte succulent. On rentre un peu gris à Feliceto mais bienheureux.

5 septembre

Recherche d’un marché traditionnel de produits locaux et atterrissage par hasard à Lumio, village superbe surplombant le golfe et sur paravent de montagnes au nord. Juste quelques producteurs qui feront le bonheur du repas de midi : fromage de brebis, tomates sucrées, pain, figues dont les noires sont légèrement confites par le soleil. Retour à San Antonino pour acheter du vin d’orange, des cartes postales, du saucisson… Dégustation des achats de Lumio à l’abri du vent sur une placette jouxtant une petite chapelle ouverte dédiée à une jeune femme du village prématurément disparue. Arrêt ensuite en grimpant dans un petit café ouvrant sur la vallée nord baignée de soleil et de quiétude. On repasse au couvent de Corbara en retour avant de rejoindre Mare i monti pour la dernière soirée ici.

Sur les sentes des bosquets de myrte aux fruits mauve-pâle, des figuiers aux feuilles amples telles des mains géantes de grenouille avec des couilles vertes mûres à merveille, des orangers exhalant cette fragrance étrange sur les terrasses, des oliviers ancestraux aux troncs noirs tourmentés de rixes anciens : voici un peu de la Balagne et son vent entêté, ses villages aux maisons de pisé les unes aux autres serrées des épaules et des cœurs, les jardins ruisselant de glycines et de lauriers à fleurs rouge-sang…

Quel village serait le plus beau des villages, auquel décerné l’entour époustouflant d’oliviers de hêtres d’acacias en flamme ? San Antonino sans doute, pour sa majesté aux quatre points cardinaux, son église et sa chapelle au-dehors du village sur un plateau dénudé…

Lumio un peu snob avec son panorama sur le golfe bleu turquoise et bleu marine au large…

Pigna assurément pour sa rigueur, ses granits au ton jaune, gris ou vert amande, ses ruelles en escaliers, son Palazzu surgissant au bout de l’allée romaine pavée bordée de murs aux pierres ocrées, sa porte couleur bistre de bois tressée, son escalier princier lumineux dans l’ancienne tour desservant les suites et les chambres, pour du rêve en sobriété monacale, ses meubles anciens et tapis de goût.

Pigna sans doute, terre apaisante un peu magicienne d’ombres et de lumières, de simplicité et d’histoire intacte. Mais il faudra y revenir, marcher vers d’autres villages, les aimer comme ils semblent vous aimer en silence et fierté, avec humilité, n’en choisir aucun de particulier dans sa simple humanité et gouter l’émerveillement, en septembre, à satiété avec respect pour un peuple et son pays.

Copyright 2015 - patrick pérez sécheret.

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Carte postale de Pigna (Corse)

Publié le 8 Septembre 2015 par ruraledeprose

Carte postale de Pigna (Corse)

D’un regard les âmes s’entretissent

les corps dissonent en indigo prélude

à la pointe diaphane de la ligne d’horizon

On s’efface peu à bleu du monde à Pigna

le cœur saoul de jasmin

de fragrances de figue ou de liqueur de myrte

La soif s’alentit sous le ciel d’épure aux étoiles rouies

d’ambre et d’absinthe

au bout du silence du turquin de la mer

Tout est là dehors à la terrasse du Palazzu :

la sévérité de la beauté

le velours des voix en harmonie

l’impudence sanguine des fleurs de laurier

L’homme ici est ancré au granit ocre

au maquis de chênes torsadés

la vie effilée entre les montagnes coiffées de brume chaude

La mer étale vous aspire voyageurs

d’une paresse ténue au passage d’amour

des couchants d’orange et de rose

L’humilité vous ceint d’une étole à Pigna

d'une étole d’humanités

6 septembre 2015 – Pigna, Corse.

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L'Europe : une dictature.

Publié le 8 Septembre 2015 par ruraledeprose

L'Europe : une dictature.

Il ne s’agit pas d’une crise paranoïaque de ma part, ni d’en rajouter sur le grand complot, mais le « cas » grec interroge fortement. Alors qu’un gouvernement, légitime pour négocier une dette commise par les amis politiques de la commission de Bruxelles, avec toutes les malversations qui s’y rattachent- ne peut que continuer de prendre des mesures austéritaires pour son peuple afin d’obtenir de l’aide, autant dire une perfusion provisoire, on doit s’interroger à la fois sur la dette et sur la légalité des décisions européennes. D’autant que le FMI (fonds monétaire international) lui-même admet que la dette n’est pas remboursable aux conditions imposées par Bruxelles et, sans le dire, que la vraie solution serait de l’annuler ! C’est quoi une dette publique ?

Ce sont des services publics, des investissements utiles aux populations à priori, investissements que l’on rembourse peu à peu en amortissant ceux-ci : une école va servir pendant des décennies tout comme une crèche, un gymnase, une voirie… Cela fait marcher le bâtiment et permet des emplois. Mais dès lors que l’on privatise tout pour rembourser la dette, que l’on licencie les employés, les fonctionnaires des services publics, que reste-t-il de productif voire de lucratif même ? Sans parler des réponses aux besoins élémentaires des populations : se soigner, se loger, s’éduquer, manger ?

En fait, la politique appliquée pour le remboursement de la dette (une somme due) rajoute de la dette via les taux d’emprunt pour rembourser et pille tout un pays qui ne peut produire en parallèle de richesses pour rembourser. Il s’agit d’une forme d’esclavage moderne digne de ce que les nazis avaient érigé en système, moins les camps de la mort certes. Mais toute ou partie d’un peuple réduit à la misère, à se vendre pour tenter de satisfaire des besoins pour simplement vivre comment nommer cela ? D’autant que jamais, jamais comme aujourd’hui la richesse accumulée entre les mains d’une minorité n’a été aussi scandaleusement énorme ?

La mobilisation de ces richesses pour le développement durable apportant des réponses durables aux besoins des populations, partout d’ailleurs sur la planète, permettrait de résoudre quasiment tous les problèmes posés à l’humanité : la faim, la malnutrition, les conflits, les guerres, permettrait une gestion humaine de la planète qui a suffisamment de ressources pour nourrir, vêtir, éduquer, cultiver tout un chacun. D’où vient l’idée qu’il n’y aurait pas d’alternative ? De quel chapeau magique de grands bonimenteurs à la solde du malheur des peuples ?

L’humanité souveraine voilà le projet, des peuples amis et souverains voilà le projet pour éradiquer la misère et la pauvreté, le fanatisme, les préjugés raciaux, les exils forcés, etc.

Tout devrait nous inciter à tendre à cet objectif par un rassemblement citoyen soucieux de l’être humain, d’un sursaut écologique absolument nécessaire alors que le système financier, les banques ne servent à rien sinon à maintenir un pouvoir de domination sur les peuples et leurs dirigeants à la botte.

Je suis fâché avec la politique vide de sens mais sans politique au sens noble, sans vraie parole audible rien ne sera plus crédible et nous nous enfoncerons toujours davantage dans une soumission globale. Voulons-nous être des esclaves ou des hommes libres ? Une vraie question que tous les discours démagogiques sur les vertus du marché, de la concurrence, de la réussite de quelques poignées sur le dos des autres, ne peuvent masquer.

Copyright 2015 – Patrick Pérez Sécheret.

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